LA VIERGE DE LA MAISON D’ALBE
(Dans la galerie de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg).
C’est de 1510 à 1512 que furent peintes la Vierge d’Albe, la Vierge de la maison Aldobrandini, et la Vierge au Diadème. Raphaël était à. Rome depuis plusieurs années déjà. Tout en peignant les fresques du Vatican il songeait à la Vierge, à l’enfant Jésus, au petit S1 Jean, et rêvait pour la beauté une éternelle alliance avec la foi.
La Vierge de la maison d’Albe nous ouvre les perspectives de la campagne romaine. Marie, assise à terre, lisait, tandis que sur elle reposait l’enfant Jésus. Tout à coup le fils d'Elisabeth accourt, les mains chargées de fleurs, et se prosterne devant le Sauveur. Mais Jésus, sans regarder les fleurs, sans regarder non plus sa Mère, s’empare de la croix de roseau que porte aussi le précurseur, et l’élevant d’un geste souverain, la montre comme le signe triomphant du monde régénéré. La Vierge alors abandonne son livre, et, tout en se penchant vers S1 Jean, fixe sur la croix scs yeux
en 4 BB4 par le comte do Luckner. — On voit également dans la galerie des Oflicos, à Florence, un tableau qui ne contient que la Vierge et l’enfant Jésus, mais dans lequel un artiste inconnu s’est évidemment inspiré de la pointure do Raphaël.
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remplis d’appréhensions et d’amour. Il est difficile d’imaginer une conception qui soit à la fois plus simple, plus recueillie, plus lumineuse, plus douce, plus ravissante et plus religieuse.
En comparant les premières Vierges peintes à Rome par Raphaël avec celles qui marquent la fin de son séjour à Florence, on est frappé par un remarquable contraste. Les dernières Vierges florentines, la Vierge Colonna' surtout et la Vierge de la galerie Esterhazv*. trahissent de nouvelles aspirations qui ont laissé leur trace avec une vivacité presque brûlante dans l’œuvre du maître. Raphaël est tourmenté du désir de l’inconnu. 11 n’est pas encore entré définitivement dans sa voie. Urbin, Pérouse, Bologne, Florence même ne lui suffisent plus. La placidité de la jeunesse fait place aux ardeurs de la virilité. Il comprend ce qui lui manque, et il ignore ce qu’il lui faut. Sa vocation le pousse en avant, mais il ne sait pas où elle le mène, et il se hâte vers un but mystérieux. A Rome, le voile tombe, la lumière brille, le mystère disparaît; Raphaël voit clairement où il va, et un grand calme se fait en lui. Ce calme dans la beauté, cette sérénité dans l’harmonie, qui font défaut aux dernières Vierges florentines, on les trouve à un haut degré dans la Vierge de la maison d’Albe, et l’on reconnaît en même temps que l’impression morale, pour être différente de