‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 71 sur 226 · Le bras gauche · texte numérisé non relu

Le bras gauche

2. Le bras droit seul, qui s’empare de la croix, n'est pas indiqué dans le dessin de la collection Wicar.

est le fils de la Vierge, mais il est aussi le Fils de Dieu. Que dire encore de la spontanéité du geste et de son irrésistible simplicité; de la manière idéale et savante dont le corps est compris? Raphaël connaît à fond la nature, cela est incontestable; mais la nature seule est impuissante à créer un tel ordre de beauté ; il y faut surtout cette idée 1 qui se présentait h chaque instant à l’esprit du maître et à laquelle il s’attachait avec une infatigable persévérance.

Le petit S' Jean complète ce tableau. Agenouillé devant la Vierge et devant Jésus, il dépose à leurs pieds sa moisson de fleurs. Tenant de la main gauche l’extrémité de la croix, il lève la tête et les yeux vers le symbolique roseau. La croix, aux mains du précurseur, n’est encore qu’un symbole ; elle devient un fait aux mains de Jésus, et le fait même de notre rédemption. La relation qui unit le fils d’Elisabeth au Fils de Marie est charmante ici au point de vue de la forme, et plus charmante encore au point de vue de l’idée. Le cœur de l’homme est un sanctuaire où Dieu a allumé le feu céleste, et jamais ce feu n’a brûlé avec plus de vivacité que dans le cœur de ce petit S' Jean. Nulle crainte que dans un semblable foyer la flamme languisse ou s’éteigne, nulle crainte que les liens qui unissent ces deux enfants puissent jamais

1. « ...Je me sers d'uno certaine idée qui se présente à mon esprit. Si cette idée a quelque excellence, je l’ignore, mais je me donne de la peine pour la posséder. » ( Lettre de Raphaël à Dat- Ihazar Casliglione.)

se relâcher ni se rompre. « De même que la flamme s’élève en haut, »

Per la sua forma ch'è nata a satire \

ainsi, par nature, notre âme tend à monter. Dieu seul, il est vrai, sait nous aimer, nous respecter et nous élever, comme, dans ce tableau, le Sauveur aime, respecte et élève son précurseur. Il respecte en lui sa propre image; il lui communique quelque chose de sa propre beauté, de sa propre grandeur, et le veut associer à son destin. Voilà ce que signifie la croix, tenue en haut par Jésus et en bas par S' Jean. On comprend, dans la Vierge de la maison d’Albe, ce mélange d’amour et de respect que Dieu ressent pour l’homme, qui est lui-même un mélange de misère et de grandeur.

Le paysage encadrant le groupe divin de ses lignes grandioses et suaves rappelle cette campagne romaine qui, lorsqu’elle s’est emparée de l’âme, la possède et fait partie de ses plus chères affections. Les prairies des premiers plans, émaillées de petites fleurs blanches et bleues, font songer à ces tapis de verdure odorante, sur lesquels on marche avec tant de bonheur aux alentours de la Ville éternelle. Derrière la Vierge, les plaines ravinées, ondulantes, çà et là coupées de clairières et de bosquets , s’étendent entre les collines et les monts largement découpés. Une

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