‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 73 sur 226 · Ces hautes montagnes sont au centre et à droite · texte numérisé non relu

Ces hautes montagnes sont au centre et à droite

nérale a conservé sa limpidité. La tête de la Vierge, bien qu’entièrement reprise1, témoigne encore de sa délicatesse et de sa fraîcheur natives. On comprend la finesse de coloris, la suavité exquise que devait avoir cette figure, et, telle qu’elle est encore aujourd’hui, on s’y attache comme à. la pensée du maître. L’enfant Jésus, très-compromis également, n’en demeure pas moins aussi une merveille. Sur ce beau petit corps nu, il y a de la transparence et de la clarté partout , de l’obscurité nulle part ; blanc et rose dans les parties claires, blond dans les ombres, la lumière l’enveloppe et le caresse, en mettant en relief les contours et le modelé qui, sans rien de sec, sont d’une irréprochable pureté. Le petit S' Jean, plus coloré et plus près de la réalité que Jésus, présente des relations de couleurs tout aussi heureuses. Le ton chaud et presque roux de la chevelure, ainsi que la coloration blonde et fauve de la toison, forment un bel accord avec les chairs, qui sont un peu halées. Le paysage enfin, d’une gamme très-douce, complète cette mélodie, dont toutes les notes sont justes et pénétrantes.

Voilà, donc une œuvre essentiellement simple, et dans laquelle rayonne la splendeur du grand art. Raphaël arrive tout naturellement au sublime. I!

I. Celte tête est retouchée dans son ensemble, et notamment dans la fente qui la traverse verticalement, en coupant la tempe et la joue gauches. La main gauche a été également retouchée et est devenue lourde. Le pied droit, qui a eu un meilleur sort, est admirablement chaussé.

ni. 14

ilo LES VIERGES HE RAPHAËL.

cherche le beau, et le poursuit sans s’arrêter au joli. Nulle part son âme ne se montre plus émue que dans cette peinture, nulle part on ne la voit plus pénétrée de ce sentiment d’indéfinissable tristesse qui est le fond de la nature humaine et qui est comme le sceau divin de la beauté terrestre. Le bonheur ici-bas n’est qu’une lueur qui passe, l’ombre est toujours là qui en obscurcit la clarté. Quelles que soient les joies dont l’homme s’enivre, et quelque remplie que soit la coupe, la douleur est au fond. Nous regrettons et désirons sans cesse. Quoi? Nous sommes impuissants à le savoir, et c’est dans cette ignorance même qu’est le mystère de notre immortalité. Voilà ce que l’art doit nous faire saisir. Cette appréhension, réelle et immatérielle à la fois , donne à toutes les Vierges de Raphaël leur charme incomparable, leur vraie poésie, leur séduction la plus haute. C’est par là qu’elles ont prise, non -seulement sur les yeux, mais sur l’âme; c’est par là qu’elles sont divines. La Vierge d’Albe, malgré les altérations qu’elle a souffertes, le fait admirablement comprendre.

SM

Page 1