Jean, i
eore, sur la robe rouge de Marie, un repentir du bras gauche de Jésus. Jules Romain ou plutôt François Penni n’ont-ils pas pris une certaine part à l’exécution de cette peinture? Il est possible, cela même est probable; car les ombres ont foncé dans certaines parties, notamment dans le cou de la Vierge. Cependant il est certain que si le maître s’est fait aider, le disciple s’est effacé derrière lui, et que c’est non-seulement la pensée de Raphaël, mais, dans une certaine mesure, sa main aussi qu’on reconnaît dans ce tableau.
Il existe plusieurs répétitions de la Vierge délia Tenda. La peinture originale est à la pinacothèque de Munich, où nous l’avons vue pour la dernière fois en 1865, dans un pitoyable état, reléguée dans une salle basse hors de la galerie, et sur le point de subir l’épreuve suprême d’une restauration'... Quelles ont été antérieurement les pérégrinations de cette peinture? On ne sait au juste. D. Ant. Conca* et P. Ximenes parlent avec enthousiasme d’une Vierge semblable qui se trouvait au palais de l’Kscurial, et Mmo de Humboldt, en 1808, confirme cette assertion. Selon Buchanan, ce tableau aurait été volé en 1813, et serait passé en France. De là il aurait été en Angleterre, où sir Th. Baring l’aurait acheté 4,000 livres sterling (100,000 fr.), puis cédé au prince Louis de Bavière, moyennant 5.000 livres (125,000 fr.). D’un autre côté, dès
(. Cependant à celte époque on n'v avait point encore touché. 4. Uescrizione délia Spagna, l’arma, 1793-1797.
l’ année 1789, une Vierge identique se trouvait aussi en Angleterre, chez M. J. Purling, et il se pourrait bien que ce fût cette dernière qui eût été acquise successivement par sir Th. Baring et par le roi Louis de Bavière... Le duc de Devonshire posséderait la première esquisse de cette peinture, dont on voit encore un exemplaire un peu lourd dans la galerie de Turin.
LA VIERGE A LA CHAISE ( Dans la galerie Pitti , à Florence).
Nous arrivons, avec la Vierge à la Chaise, au point culminant de la pensée développée dans ce chapitre. Tout ce qui est beau sur la terre n’est qu’un voile destiné à tempérer l’éclat de l’éternelle beauté. Raphaël, parvenu à l’apogée de sa force, semble lever ce voile et voir Dieu face à face. Tout à l’heure, dans la Vierge délia Toula, il s’essayait à montrer, au milieu du luxe et de la magnificence, la Vierge, l’enfant Jésus et le petit S1 Jean. Cette tentative, heureuse déjà, ne le satisfait pas encore complètement, et il laisse d'ailleurs en partie à l’un de ses élèves le soin de la mettre en œuvre. Mais presque aussitôt il reprend la môme idée, l’isole davantage encore des conditions vulgaires et
accidentelles de la vie, la considère cette fois comme une pure abstraction, et, la dégageant de toute interprétation secondaire, il ne s’en rapporte qu’à lui-même du soin de la formuler définitivement. La Vierge à la Chaise est le produit de l'inspiration d’un moment unique, et comme un trait de lumière qui marque un des trois sommets où Raphaël a placé la Mère du Verbe. Sur la première de ces cimes, nous avons vu déjà la Vierge aux Candélabres1 * 3 ; la Vierge à la Chaise brille, sur la seconde, d’un éclat plus vif encore; sur la troisième, la Vierge de Saint Sixte nous apparaîtra bientôt rayonnante des célestes clartés *.
Assise sur une chaise ( sedia ) s dont on voit un des montants, la Vierge presse dans ses bras l’enfant Jésus. L’un et l’autre regardent le spectateur, et se montrent éclatants de beauté sur un fond sombre et