‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 87 sur 226 · V., dans ce volume, p · texte numérisé non relu

V., dans ce volume, p

î. V., dans ce volume, la Vierge glorieuse.

3. D’où le nom de Vierge à la Chaise, Madonna délia Sedia, donné à ce tableau. — La Vierge à la Chaise se trouvait déjà, en 1389, cataloguée dans l’inventaire de la Tribune de Florence. Elle est maintenant au palais Pitti. — Un carton original, dessiné à la pierre noire, était, dit-on, à Varsovie, dans la collection Sieratowey. On ne sait ce qu’il est devenu. Un autre carton , qui avait appartenu au grand prieur Inghirami de Volterre, a été vendu, en 1818, au comte de Looz. — La Vierge à la Chaise est contenue dans une circonférence de cercle, et elle ne saurait remplir un espace autrement disposé. Rien ne donne, au point do vue de la composition, une plus haute idée de Raphaël. Tout converge au centre du cercle, et chacun des points de la circonférence reçoit un reflet de la lumière centrale.

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dilTus. A côté paraît S' Jean , dans l’extase de la prière et de la contemplation. Rien de plus simple, et cependant rien de plus saisissant. C’est toujours l’Enfant aux bras de sa Mère, avec un autre enfant auprès d’eux. Aucune action dramatique, aucune violence dans les figures. Partout l’immobilité, le repos. Mais dans ce groupe, où le calme est parfait, où la vie réelle cependant circule avec abondance, le sentiment de la divinité élève la nature à des hauteurs où d’ellemême elle ne saurait atteindre. •

La partie la plus pure de la gloire de Raphaël est d’avoir vu, à travers les images de la Vierge et du Verbe, la marche progressive de l’amour, allant du corps li Pâme, et de l’âme remontant jusqu’à Dieu. Raphaël sait trouver Dieu partout. Il est évident qu’un modèle humain s’est placé devant lui quand il a peint la Vierge à la Chaise. On veut même que la Fornarinc n’ait pas été étrangère à ce tableau. Mais la Fornarine, quelque belle qu’elle se montre à nous dans ses portraits , ne dépasse point la limite des sens. Son visage a de la fraîcheur, son regard est éclatant, ses traits s’épanouissent au souffle du bonheur et de la santé; mais ce n’est qu’une femme. Il y a, il est vrai, dans toute femme chrétienne, quelque dégradée qu’elle soit, une flamme intérieure, que les cendres du monde peuvent couvrir, mais qu’elles n’éteignent jamais. L’arL peut écarter ces cendres, faire jaillir la flamme et lui rendre son énergie première. Il se fait alors une véritable transfiguration; la réalité, sans dis-

paraître, s’épure, s’ennoblit, se transforme au point de se faire oublier, et là où il n’y avait qu’une femme, on ne voit plus qu’une Vierge. Mais pour opérer ce miracle, quelle mesure il faut garder, quelle justesse de goût il faut avoir, de quelle singulière puissance de génie il faut être doué! Si l’artiste s’arrête à moitié de sa tâche, il n’arrive qu’à la profanation. C’est ainsi qu’ont fait un grand nombre de peintres de la fin du xv* siècle et du commencement du xvi''; pour avoir présumé de leurs forces, ils sont tombés dans l’impiété, et souvent dans leurs Vierges on ne voit que du scandale. Raphaël, en résumant le travail de la Renaissance, a regardé l’abîme d’un œil suret l’a franchi sans effort. Si la Fornarine est derrière la Vierge à la Chaise, ce n’est rien moins qu’un monde qui les sépare. Les deux beautés sont mesurées par les deux amours : l’amour terrestre a pu mettre à la main de Raphaël le pinceau qui a peint le portrait du palais Barberini1; l’amour divin seul a armé le maître d’une force suffisante pour produire la Madone du palais Pitti.

La Vierge à la Chaise relève directement de Dieu par la tendresse dont elle entoure et semble vouloir protéger Celui qui protège tout; mais elle est richement parée, et elle appartient au monde par l’éclaL extérieur dont le monde l’environne. Elle lui appartient surtout par l’amour qu’elle lui donne et par le senti-

1 Le portrait de la Fornarine est dans la galerie Barberini.

iii LES VIERGES DE RAPHAËL.

ment intérieur qui imprime à sa beauté la compassion, voisine de la tristesse. Sa tête, vue de trois quarts à droite, se penche doucement vers la tête du Sauveur, sur laquelle elle se repose. Les cheveux1 2, divisés en bandeaux légèrement ondés, découvrent complètement l’oreille et les joues. Le front a de belles proportions : il est moins élevé que dans les figures ombriennes, et plus haut que dans les antiques. Les yeux, pensifs, brillants, bien ouverts, regardent à gauche5 avec une gravité voisine de la douleur 3 *. Le nez est droit, régulier et n’a rien de l’accent particulier du modèle que l’on prête trop complaisamment à Raphaël pour ce tableau. La bouche pas davantage : elle est moyenne, d’un admirable dessin, nullement souriante, en parfait accord de sentiment avec les yeux ; les plis en seraient presque sévères, si la bonté ne dominait tout dans cette figure. Le galbe du visage enfin est d’un bel ovale, ni trop long, ni trop court, et ne rappelle en rien non plus le portrait de la galerie Barberini. Donc, loin de nous le souvenir de la Fornarine, loin de nous toute réalité vivante. Cette image est purement impersonnelle. Nous sommes en présence de la Vierge; c’est elle, elle seule que

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