I . Spirilus vadeiis et ticyi rediens. l’s. lxxvij
définitive. C’est ainsi que « nous nous élevons, comme dit Platon, des beaux corps aux belles âmes, et des belles âmes à l’éternelle beauté. »
Cependant il y a, dans la Vierge à la Chaise, quelque chose de plus élevé encore et de plus beau que la Vierge, c’est l’enfant Jésus. Assis sur la draperie bleue qui enveloppe les genoux de sa Mère, il nous regarde fixement, recule comme frappé de nos misères, et se presse contre le sein virginal qui l’a conçu. Le corps du Sauveur se montre presque de profil à gauche vers Marie, tandis que sa tête, tournée vers nous, se présente de face. Un léger vêtement couvre l’épaule ainsi que la poitrine et dégage les jambes, la cuisse et le bras gauches. Ce corps d’enfant est pris sur nature et appartient entièrement à l’humanité; mais la tête est d’un Dieu. Trois flammes rayonnent de cette tête d’enfant et brûlent avec mystère dans l’obscurité du fond; les cheveux épars semblent obéir à une impulsion qui vient de l’esprit; les yeux brillent avec éclat; la bouche, aux plis sévères, est grave, et la face tout entière est immobile, fixe, majestueuse, solennelle, presque terrible. Dieu est patient, parce qu’il est éternel ; mais il est juste en même temps que bon , et tout en se manifestant encore comme l’Agneau qui efface les péchés du monde, il s’annonce déjà comme le souverain juge qui les doit condamner. On est en présence du «Verbe incréé, qui agite la matière et la pénètre de son esprit, Mens agitai violcm; du Verbe incarné, qui remplit le monde invisible de sa vertu
corporelle, Caro instaurât mcntem. Il a dit, et tout a été fait; il a commandé, et tout a été créé1 2 3 4... En lui était la vie1, non pas la vie tirée du néant, mais la vie qui découle de l’éternelle et vive génération, la vie qui est la source de toute vie*. » Cet Enfant, en effet, ne parle pas un langage humain: « Il éclaire, il tonne, il étourdit, il abat tout esprit créé sous l’obéissance de la foi *. » C’est ainsi qu'il apparaît lorsque l’Evangéliste, « par un rapide vol fendant les airs, perçant les nues, s’élevant au-dessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, entonne son livre par ces mots : Au commencement était le Verbe... Le Verbe! c’est-à-dire la parole intérieure, la pensée, la raison, l’intelligence, la sagesse, le discours intérieur, sermo, discours sans discourir, où l’on ne lire pas une chose de l’autre par raisonnement, mais discours où tout est substantiellement toute vérité et qui est la vérité même*. » Raphaël, captivé et assujetti par un entendement intérieur, a peint cet Enfant d’une main calme, exempte d’effort et d’agitation. Voilà pourquoi, devant une semblable conception, la raison se trouble, admire et se tait.
Le petit S' Jean-Baptiste, au fond du tableau, s’efface sur un plan secondaire, et sa beauté, bien que