‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 94 sur 226 · Isaïe, xlvi · texte numérisé non relu

Isaïe, xlvi

S. Voir nombre de trails dans les Évangiles apocryphes.

en qucle de miracles, pourrait-il réver quelque chose de mieux fait pour échapper à la raison et pour s’imposer à la foi? Et quel plus admirable problème l’art peut-il se poser que de faire voir Dieu dans un petit enfant, que de montrer la Vierge dans Marie? Raphaël l’a compris ainsi, et les plus nobles efforts de sa vie se sont concentrés dans ce sublime objet. Se gardant soigneusement des fantaisies dangereuses, il est resté toujours dans la voie de la nature et dans la vérité évangélique. S’il place un palmier dans son tableau, c’est seulement parce que, dans cet arbre aux formes monumentales, il trouve un élément pittoresque qui lui plaît. D’ailleurs rien de plus naïf, de plus naturel et de moins cherché que sa composition. Joseph apporte des fleurs h Jésus, et Jésus, des bras de sa Mère, s’élance avec amour vers son père d’adoption. La scène est familière et cependant elle est divine, parce que tout y est sincère et profondément pénétré de l’esprit de l’Évangile. Chaque instant de la vie présente des motifs semblables, et de cette prose Raphaël a fait jaillir une poésie céleste.

Un charmant dessin, conservé au musée du Louvre, donne la première idée de celte composition1. La Vierge est assise et posée presque définitivement. De la main droite elle supporte le corps de Jésus, et de la main gauche elle le retient h l’aide d’une écharpe

1 . Ce dessin a passé de la collection Lawrence dans la galerie de Guillaume li, roi de Hollande. Le musée du Louvre l'acheta 600 florins (environ 1 ,500 francs) k la vente de cette galerie.

qui, des épaules de la mère, passe autour du corps de l’Enfant1 2 3. Le geste est charmant, exempt d’effort, plein de sollicitude. La tête, vue de profil à gauche, est bien construite. Les traits respirent la bonté, la grâce. Voilà déjà la Vierge et ses douces vertus. Ce ne sont encore cependant que quelques lignes rapidement tracées à la pointe d’argent, mais l’esprit y est et l’émotion vous saisit. L’œil et la bouche expriment la même pensée, répètent la même sollicitude. Les cheveux, relevés sur les tempes et rejetés en arrière, ont des ondulations que l’on saisit à peine et que l’on comprend déjà. Le voile est seulement indiqué; mais on sent où il pose et ce qu’il deviendra. La forme du cou et la courbe des épaules sont d’une adorable chasteté. La poitrine, qui se présente de trois quarts, est simplement enveloppée dans le corsage des femmes florentines*. Le modèle était ainsi vêtu, et il n'y aura rien ou presque rien à changer à cet ajustement. Sous les manches plates, attachées aux poignets, on voit le galbe des bras; de même que sous les plis de la robe et du manteau on suit le mouvement des genoux et le dessin des jambes \ .. Voilà donc une figure parfaitement religieuse et strictement

1 . La main gaucho do ta Vierge est d’un très-beau dessin. Deux doigts seulement, l’index et le médius, passés dans le nœud de l’écharpe, suffisent pour soulenir l’Enfant. On ne voit, de l’autre main, que l'extrémité des doigts.

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