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n’y a plus rien qui, de près ou de loin, fasse songer au maître ; on ne s’étonne plus qu’on ait pu nommer aussi Raphaël devant la Sainte Famille avec le S' Joseph sans barbe. De pareils jugements nous confondent. Ne nous hâtons pas cependant d’accuser des hommes tels que Mariette et Crozat, et gardons-nous de les amoindrir dans notre estime. L’effort qu’ils ont fait à leur heure a été considérable autant que sincère, et les services qu’ils ont rendus ne sauraient s’oublier. Leurs erreurs sont imputables surtout à des moyens trop restreints d’investigation. Kn ce temps-là chacun vivait chez soi et de sa propre lumière; aujourd’hui chacun vit chez tous et de la lumière universelle. Aussi, bien des fautes de discernement pardonnables au siècle passé, ne le sont plus maintenant. Grâce aux éléments innombrables de comparaison, l’étude de l’art a pris rang désormais parmi les sciences ; il n’est plus permis de raisonner sur des probabilités, il faut de toute nécessité baser son opinion sur des faits, et, là comme ailleurs, la méthode expérimentale est la seule sur laquelle se doive appuyer la critique. Toutes les galeries, toutes les collections, tous les musées de l’Europe sont dans le domaine public; l’esprit libéral a forcé toutes les portes et mis à la disposition des plus humbles tous les éléments de la certitude. Les moyens de locomotion rapides et économiques ont supprimé les distances. Enfin des procédés de reproduction rapides comme la lumière permettent de juger les œuvres, non plus
d’après des interprétations plus ou moins intelligentes, mais sur elles-mêmes pour ainsi dire et sur des images reflétées comme dans un miroir. Quelque riches qu’aient été des collections comme celles de Mariette et de Crozat, qu’était-ce en comparaison de tout ce que nous possédons aujourd’hui ? Soyons donc humbles vis-à-vis de tels hommes, et, tout en démontrant qu’ils se sont parfois trompés, reconnaissons qu’ils ont été des précurseurs et qu’ils resteront pour nous des maîtres.
LA. SAINTE FAMILLE DE LA MAISON CANIGIAN1 (A la pinacothèque de Munich).
C’est entre les portraits d’Agnolo Doni et de Maddalena Doni et la Mise au tombeau, que Vasari mentionne la Sainte Famille de la maison Canigiani. « Fece anco a Domenico Canigiani , in un quadro, la Noslra Donna con il putto Cesù clie fa fesla a un San Giovannino porlogli da sauta Elisabetla, chc montre lo sostiene, con prontezza vivissitna guarda un San Giuseppo'... » C’est donc encore à l’année 1500 qu’il
1. Vasari, t. VIII, p. 10. — De la maison Canigiani, ce tableau passa entre les mains des Médicis. On le voit figurer dans l’/nrenlario delle robe délia Tribuna del to89 al iOdl , où il est ainsi
faut rapporter ce tableau. Il est d’ailleurs, par l’esprit comme par le style, tellement voisin de la Sainte Famille au Palmier, qu’il est presque impossible de dire à laquelle de ces deux Vierges appartient la priorité. M. Passavant nomme d’abord la Sainte Famille au Palmier' ; M. Waagen, au contraire, pense que la Sainte Famille Canigiani acté peinte la première s. Celte question, au fond, est de peu d’importance, mais dès qu’il y a doute nous préférons aller du simple au composé. Voilà pourquoi nous avons étudié le tableau de la galerie du duc de Bridgewater, qui ne contient que trois figures, avant celui de la pinacothèque de Munich, qui en compte cinq. Une chose paraît certaine , c’est que ces deux œuvres ont été inspirées par le même modèle ; c’est qu’elles relèvent l’une et l’autre de cette belle période florentine, pendant laquelle Raphaël, sans renier ses premières
décrit : Un quadro in Invoie d’una Xoslra Donna con /iglio in collo, S. Anna, un S. Giov. e S. Giuseppe, allô tir. 2 1/2, larg. 1 1/8 , di mano di llaff0 da Urbino , 1589, fol. 30. On lo retrouve sous la rubrique suivante dans les inventaires de 1635 et de 1638 ; L'na Madonna con noslro Sig. a sedere in collo nudo e mostra ragionare con S. Giovanni tenuto in collo da S. Elisabetta e un San Giuseppe rillo , appoggialo a un bastone con più angiolini m aria, di mano de tia/f° da Urbino. La fille de Côme III, Anna Maria, s étant mariée à l'Électeur palati n, Johann Wilhelm, la Sainte Famille de la maison Canigiani entra dans la galerie de Dusseldorf, d'où elle passa dans la pinacothèque de Munich.