‹ Les vierges follesChapitre 2 sur 14 · LES VIKRGES FOI.T.KS · texte numérisé non relu

LES VIKRGES FOI.T.KS

plaidé en leur faveur quelques circonstances atténuantes, il n'a jamais varié sur le principe.

Quiconque pratique le mal clans la société doit porter la responsabilité de ses actes.

Les filles publiques n'ont donc point à réclamer contre les lois de la morale ([u'elles ont outragées, contre l'autorité qui les surveille, contre l'opinion du genre humain qui les flétrit. Qui donc songe à faire l'apologie du vice et de la débauche? Qui oserait défendre la cause des prostituées, quand tout le monde sait que la prostitution est le tombeau de l'amour et de toutes les vertus sociales ?

Qui ne voudrait au contraire interdire aux générations futures cet antre des plaisirs honteux et faciles, où l'homme, pour triompher de la femme, n'a besoin ni d'être jeune, ni d'être beau, ni de plaire : il lui suftit de compter ses écus. Plus on condamne un pareil état de choses, plus il importe de rechercher l'origine du mal, et plus aussi il y a intérêt pour la société à connaître exactement la situation des mallieureuses créatures qui vivent du déshonneur. Quand on tient a fermer une plaie dangereuse et profonde, il faut d'abor<l la sonder.

Quel est l'agent responsable de cet odieux traiic iiratiqué sous diverses formes et assurant à l'homme qui

paye la possession matérielle de la femme? — Est-ce la société?

L'état social d'un peuple représente toujours la somme d^^s progrès accomplis par les générations successives, les conquêtes de la civilisation sur l'état de nature, le travail accumulé des âges pour fonder un ordre moral. Imparfaite comme toutes les œuvres humaines, la société ne vit qu'à la condition de se réformer et de se transformer sans cesse. Elle n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était au dernier siècle ; elle ne sera pas dans cent ans ce qu'elle est aujourd'hui. On peut lui demander des institutions nouvelles, une protection plus efficace du faible contre le fort, une conception plus élevée des droits et des devoirs, mais cet ordre fondé sur la loi et sur le consentement du plus grand nombre, qui de nous aurait intérêt à le renverser? N'accusons donc point la société; accusons les obstacles qui s'opposent malgré elle au développement de la dignité humaine et de la justice. Pour vaincre ces obstacles, que faut-il? l'union dr-s j)ens(.'urs et des hommes de bonne volonté. C'est à l'inilialive personnelle, c'est à la lijjcrté d'examen et de discussion, c'est à la conscience de chacun qu'appartient la recherche des moyens les plus pratiques pour réduire la misère et limiter la prostitution.

5 janvier 187o.

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