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DE LA CONDITION DE LA FEMME DANS NOTRE SOCIÉTÉ

Nous ne sommes pas, disons-le tout de suite, de ceux qui réclament pour la femme dans la société une position semblable à celle de l'homme ; nous soutenons que son éducation présente s'y oppose ; nous croyons môme qu'il y a entre l'homme et la femme des différences organiques et naturelles que celle-ci ne pourra jamais franchir. D'un autre côté, tout en

reconnaissant ce que la confusion des rôles pourrait avoir de funeste, nous n'admettons pas non plus que la femme doive être la vassale de son mari. Nous demandons pour elle l'égalité des droits et des devoirs dans la diversité des fonctions.

La femme est plus dépendante que l'homme de sa condition sociale.

Les femmes du monde, riches, jeunes, bien élevées, trouvent en général dans les agréments de leur personne et surtout dans la galanterie française, si déhcate sur ce point, des armes contre le pouvoir de ceux qui manient les intérêts pubhcs. Souvent même sa faiblesse devient pour elles une source de domination. Il n'est pas rare en effet de voir dans le monde des affaires importantes conduites par des femmes et amenées par elles au succès, dans des circonstances difficiles oi^i les hommes les plus influents auraient échoué. Quoique la loi se montre rigide envers les femmes en leur enlevant la gestion de leurs biens et en les condamnant plus sévèrement que l'homme dans le cas d'adultère, plusieurs trouvent encore dans les ressources de leur nature et dans la puissance de l'opinion, si favorable en France au beau sexe, les moyens do s'élever pour le moins à notre niveau.

Le joli mot de Beaumarchais que la femme est traître en mineure pour ses Liens, en majeure pour ses fautes, vrai devant la loi civile, ne l'est plus autant devant les usages du mo^ide. Elle a reçu de la nature et do l'éducation, en bien des cas, le secret de se

faire pardonner ces fautes si rigoureusement punies, ou, le plus souvent encore, l'adresse de les dissimuler. Quant à ses biens, si elle n'en a pas la libre jouissance, ce qui serait fréquemment pour elle une cause de ruine, elle a du moins l'art d'obtenir de l'homme tous les objets de sa fantaisie, et cet art se trouve rarement en défaut. On peut donc dire, sans vouloir pour cela faire l'apologie d'un ordre de choses, blâmable et défectueux peut-être à certains égards, que la subordination de la femme placée dans un rang élevé lui. laisse une voie secrète de liberté, souvent me me de préséance.

Chez la femme du peuple, rien de semblable. — Elle ne trouve ni en elle-même, ni dans l'opinion des ho mmes plus ou moins incultes qui l'entourent, ces armes morales qui, entre les mains des déesses du grand monde, résistent si bien à la force physique d'un maître. La lutte étant placée cette fois sur un terrain tout positif, elle ne peut manquer d'y avoir le désavantage. Nous n'entendons pas dire que toutes les filles du peuple soient dépourvues des moyens de plaire ; il y a des exceptions nombreuses ; mais en général elles manquent des ornements de l'esprit et de l'éducation qui ajoutent tant de charmes à la nature.

Livrée à des travaux manuels qui la déforment ou à une besogne d'aiguille qui la fait sécher d'ennui, la fille du peuple perd rapidement ces fleurs de beauté, qui, à défaut d'autres avantages, auraient pu lui assurer

dans le monde une position heureuse. Les lois elles charges qui pèsent sur elle sont les mêmes, — à la misère près, — mais ces charges, elle ne trouve ni dans sa personne ni dans son éducation le secret de les décliner. Nous disons donc que le sort de la femme prolétaire est, comparativement à celui des autres femmes, dans une proportion beaucoup plus inégale que la condition des hommes entre eux.

C'est sur le terrain du travail que l'infériorité de l'un des deux sexes se prononce d'une manière attristante. L'ouvrier gagne, terme moyen, trois francs par jour ; l'ouvrière gagne, en général un franc (1). La journée de la femme est donc de deux tiers moins rétribuée que celle de l'homme. On objecte à cela que ses moyens sont moins productifs et ses besoins monis grands. Sans doute la femme produit et consomme moins que l'homme ; mais nous ne croyons pas que cette différence soit dans la proportion de deux tiers, et ensuite sa nature phis délicate exige certaines douceurs de la vie auxquelles l'exiguïté du gain refuse absolument de satisfaire.

Les femmes, et surtout un certain ordre de femmes que nous avons ici spécialement en vue, mettent le superflu beaucoup au-dessus du nécessaire. Elles

(1) CechiflVc ct:iil exact en 18-4i ; s'il ne l'est plus aujourd'hui, il faut tenir compte de l'augmentation dans le prix des denrées, et l'on reconnaîtra qu'en somme les choses n'ont point beaucoup changé.

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manquent quelquefois de chemises et de bas, mais elles ont presque toujours un bonnet de mousseline avec des fleurs ; elles se privent volontiers de pain ; mais il faut qu'elles mangent de temps en temps des brioches. Ces goûts sont dans leur nature ; tous les raisonnements du monde ne les en corrigeraient pas. Les jeunes fdles riches en sont quittes pour quelques réprimandes ; mais la coquetterie ou la gourmandise, devient pour les fdles pauvres un sujet perpétuel de souffrance et de tentation qui les prédispose souvent à une chute.

C'est dans les cas de gêne et les temps de chômage que la femme prolétaire a un énorme désavantage vis-à-vis de l'homme. L'ouvrier, sans, avoir d'argent, trouve provisoirement à se loger, à se vêtir, et quelquefois même à se nourrir. L'ouvrière ne rencontre guère rien de semblable. Le propriétaire lui refuse la chambre ou la mansarde sous les toits, si elle n'en acquitte d'avance le loyer ; le magasin de nouveautés veut être payé sur l'heure de la robe d'indienne, et le boulanger n'entend pas raillerie sur la taille. D'où vient cette différence? De ce que le travail à venir de l'homme, être fort et productif, est une sorte de valeur qui s'escompte quelquefois, tandis que celui de la femme, être faible et mal payé, n'inspire aucune confiance. C'est un papier qui n'a pas cours dans le commerce.

Il existe d'ailleurs une loi qui régit dans le monde les crédits, loi singulière qui tourne comme toujours

au détriment du faible, et en vertu de laquelle le luxe est bien plus favorisé que le besoin. Un jeune homme de bonnes manières peut quelque temps se meubler à Paris et se vêtir avec élégance sans délier les cordons de sa bourse, mais il lui est plus difficile de vivre. Le crédit s'applique plutôt au superflu qu'au nécessaire. Il est moins mal aisé de devoir à son tailleur un habit qu'une veste ; on obtient plus volontiers à crédit des bottes vernies que des souliers, et tel dîne à vingt francs par tête qui ne dînerait point sans payer comptant à quatorze sous. Le pauvre est celui de tous qui soit le plus forcé d'avoir de l'argent.

11 est donc naturel que , dans la pratique de la vie, la femme, qui aurait le plus souvent besoin de crédit, soit précisément celle qui en trouve le moins. Au reste, c'est toujours la même loi : jeune et jolie, elle se procurera plus facilement à crédit un chapeau à plumes ({u'un bonnet, un cachemire qu'un fichu, une robe de velours c[u'une blouse en cotonnade. Toutefois, pour inspirer quelque contiance aux fournisseurs , il faut bien qu'elle se g irde d'être vertueuse : autrement ils l'estimeraient peut-être, mais à coup sûr ils ne lui vendraient rien sur parole.

La bonne conduite est, pour la femme, le plus grand obstacle à se tirer d'emjjarras. Si, en effet, propriétaires et fournisseurs se décident quelquefois à risquer le loyer de leur appartement ou leur marchandise visà-vis d'une actrice, d'une musiciemie ou d'une jeune lille à la mode, c'est iju'ils espèrent toujours en un

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entreteneur. On place ainsi volontiers son ai'gent à intérêt sur la mauvaise réputation des femmes, mais rarement sur la bonne.

La vertu n'a donc pour elle d'autre prime d'encouragement, dans le cas de misère, que la méfiance et la suspicion qu'elle traîne généralement à sa suite. Gomment de jeunes filles pauvres et attrayantes passeront-elles maintenant sans faillir ces jours de crise oii le travail manque, où la séduction rôde autour d'elles avec des promesses? Quel danger ne court point en pareil cas leur innocence, si dénuée de ressources et si habilement attaquée ! Les tentations du vice se multiplient en effet et se présentent sous des images d'autant plus entraînantes que la femme est plus affaiblie par la lutte . Soucieuse , atterrée, elle cède par désespoir en de telles occasions à des rencontres funestes qui sauvent son état, son mobilier, sa vie même, mais qui perdent son âme.

Ce jugement sur la condition mauvaise de la femme dans la société actuelle n'est malheureusement pas le nôtre : c'est celui de tous les économistes, même les plus dévoués au maintien de nos institutions. « Le sort de la femme libre, dans la classe pauvre, dit M. Frégier, chef de bureau à la préfecture de la Seine, est précaire, humiliant et misérable. »

De ce témoignage, qui n'a d'autre valeur que la position administrative de l'écrivain, rapprochons le sentiment d'unjeune publiciste fort distingué. « Le ûiit, dit-il, le. plus remarquable et le plus triste en mêrnetemi)S,

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c'est le nombre disproportionné des femnes indigentes comparé à celui des hommes. Il est presque généralement une fois plus élevé. Dans notre société, la femme a beaucoup plus de peine à vivre que l'homme, bien qu'elle ait moins de besoins et des habitudes généralement plus sobres. Nous ne voulons point faire de déclamation sentimentale, mais un tel résultat n'estil pas déplorable ? La condition de la femme pauvre, de la femme ouvrière est aft'reuse. Son travail, moins assuré que celui de l'homme, est aussi moins rétribué. Elle n'est pas moins habile, elle est plus faible. Seule, il lui est presque impossible de subvenir à ses besoins; il faut que Tliomme s'associe à elle, et lui accorde sur ses salaires un supplément indispensable. Quand elle est jeune, elle ne manque guère d'appui ; si un mariage légitime ne l'unit pas à un époux, le vice se charge toujours de lui payer une subvention d'autant plus large qu'elle est plus honteuse. Plus tard, quand sa jeunesse est passée, elle reste seule à porter sa misère, et le poids est trop lourd pour ses forces. Le 12*^ arrondissement, porté au tableau pour un total de 11,357 indigents, compte sur ce nombre 4,643 femmes adultes! Le tableau lui-même prouve (fue ce fait a sa cause dans la condition économi(pie de la femme; car la disproportion entre les indigents des deux sexes est beaucoup jikis faible parmi les enfants (pie parmi les adultes. Les petites filles indigentes sont aux garçons connue 20 est à 19, tandis ((ue les fenunes adultes indigentes sont aux hommes comme 4G est à 27. »

(De In- misère des classes laborieuses, par Buret, 1. 1, page 268.)

Qui s'étonnerait de ce triste état de choses si l'on tient compte du peu de carrières ouvertes à l'activité des femmes, de l'éducation qu'elles reçoivent et des faibles chances ([u'elles ont de se procurer des moyens honorables d'existence?

J'avais longtemps douté que la misère allât jusqu'à pousser les jeunes filles à vendre leurs cheveux; mais le hasard m'a confirmé ce fait d'une manière certaine. Au moment oii j 'entrais chez un coiffeur, j e vis sortir une enfant de seize ans qui détournait la tète comme pour pleurer. Je la suivis. Après quelques détours de rues, elle entra dans une allée sombre et humide où je la perdis entièrement de vue. Revenu chez le coiffeur, je trouvai sur le comptoir deux épaisses touffes de cheveux blonds. L'homme causait à demi-voix avec sa femme : « C'est de la très-belle marchandise, disaitil ! Je viens de les acheter 6 francs ; une bonne affaire! » Et, en parlant ainsi, il chiffonnait sous ses doigts les cheveux doux et souples, qui se tordaient en rephs abondants. Quand il eut bien contemplé son acqiiisilion, qu'il en eut reconnu de nouveau la valeur par le toucher, il l'enferma et l'exposa avec orgueil dans une montre. Je ne pus m'empêcher de frémir en

songeant que ces cheveux étalés sous \ erre dans cette boutique étaient peut-être pour cette jeune fille le dernier sacrifice de la pudeur sur les autels de la faim .

Anciennement, les Gauloises entretenaient de leurs belles chevelures la tète des femmes romaines : c'était un tribut prélevé par la nation victorieuse sur la nation soumise.

Les femmes constituent la portion la plus malheureuse et la plus maltraitée de la classe pauvre. « Nous avons vu dans l'étude de la misère parisienne, dit encore M. Buret, que la proportion des femmes indigentes dépasse de beaucoup celle des hommes. La femme est, industriellement parlant, un travailleur imparfait. Si l'homme n'ajoute pas son gain au salaire insuffisant de sa compagne, le sexe seul constituera pour elle une cause de misère (1). » L'isolement étant, comme on le voit, la source du déplorable état des femmes, il est naturel qu'elles cherchent à détruire cette cause de misère en contractant des liaisons qui les affermissent et les fortifient contre le besoin. La plupart de ces malheureuses sont forcées, pour vivre^ de se rattacher à un homme.

Sans doute il serait à désirer que ces attachements revêtissent toujours une forme stable et régulière. Mais, hélas ! l'état de dénûmént oi^i se trouvent les femmes, ({uand il s'agit de constituer l'union des

(Ij T. II, p. :i'i3.

sexes, est lui-même un obstacle au mariage ; « la cause véritable et déterminante de la propagation du concubinage, dans les classes ouvrières, c'est le défaut d'argent, soit pour se procurer les pièces exigées par l'autorité, de chaque couple ayant l'intention de se marier, soit pour payer les frais de célébration de mariage civil et religieux, soit enfm pour se vêtir convenablement et faire la noce (1). »

On voit donc que, pour beaucoup d'entre celles qui vivent avec des hommes en dehors du sacrement et des formes légales, ce désordre a été, dès le commencement, la suite de circonstances indépendantes de leur volonté. Il est assez rare qu'on revienne plus tard sur la tache originelle de telles liaisons, et qu'on cherche à l'effacer par un mariage rétrospectif. L'habitude, la licence, le plus souvent encore l'affaiblissement des passions, tout s'entend pour éterniser le provisoire. Les économistes assignent aux haisons irrégulières une autre cause décisive : c'est le dégoût qu'une famille naissante inspire à l'homme pour les obHgations du mariage. N'entendons-nous pas dire chaque jour aux ouvriers mariés, dont le travail suffit très-difficilement aux charges du ménage et à l'éducation des enfants : Ohî si c'était à refaire, je ne m'établirais pas ! — Mot terrible 1

Quelle conclusion tirer d'un pareil état de choses?

Convient-il de s'irriter contre ce qui est? Les ana-

(1) Des clauses dangereuses, par Frégier, t. II, p. 156.

thèmes, les déclamations ne changeraient absolument rien à la situation présente. La société repose sur des lois qui peuvent sans doute se modilier avec le temps, mais ({ui n'obéissent point aux caprices du premier venu.

11 y faut l'étude et le concours de tous, il y faut les lumières de la science ; or, la science ne s'indigne point, elle cherche. Il y a certes telle forme de gouvernement plus favorable que telle autre à la production et à la juste répartition des richesses; mais pourtant qu'on ne se nourrisse pas de chimères ni d'illusions dangereuses ! Demander à un gouvernement quel qu'il soit de faire la prospérité publique, serait aussi absurde et aussi injuste que de lui demander dé faire la pluie ou le beau temps. L'État n'est point une providence, l'Etat n'est point un sauveur. 11 peut bien protéger certains intérêts matériels et assurer l'ordre, la paix, la liberté ; mais là doit s'arrêter son intervention. Quant à la force, elle est impuissante à réduire des obstacles qui résident surtout dans des causes morales et dans la nature même des transactions humaines.

C'est tout aussi vainement que les filles déchues voudraient écliapper aux conséquences de leur faute et qu'elles s'en prendraient aux femmes honnêtes de la réprobation qui les atteint. Les femmes vertueuses n'ont rien dérobé à leurs sœurs égarées : elles ont seulement choisi hi meilleure part. Que deviendrait la société sans ces chastes vestales, ces matrones dignes des tradi-

tions de l'antiquité, qui conservent chez nous la flamme pure et sacrée de l'amour, l'honneur de la race, l'intégrité du toit domestique? Que les travailleuses ellesmêmes ne lancent point un regard de haine et de jalousie sur ce qu'elles appellent les femmes oisives î Cette oisiveté n'est souvent qu'apparente. La femme mariée a ses enfants qu'il lui faut nourrir et élever, un mari dont elle do\t étudier les goûts, une maison à conduire, des services à rendre, des misères à soulager, mille devoirs à remplir. Il serait également injuste de rabaisser le mérite des femmes honnêtes sous prétexte que toutes n'ont point été exposées aux mauvais conseils de la faim et de la misère. Les tentations, d'un autre genre, il est vrai, ne leur ont point été épargnées. En haut, en bas, au milieu de l'échelle sociale, la vertu de la femme ne se maintient haute et pure que par la lutte, la résistance et le sacrifice.

D'un autre côté je plaindrais une société oii le dédain du vice serait la seule sauvegarde de la morale. Donnons à la vertu des motifs plus nobles et plus désintéressés que la crainte du déshonneur. L'ironie, l'insulte , le sarcasme que nous jetons sur de malheureuses créatures, bien loin de les améliorer, les rendent, au contraire, stériles pour le bien. Ces amers outrages produisent l'effet du sel qu'on semait autrefois sur les terrains condamnés et qui empêchait toute bonne herbe d'y croître.

Il y a deux sentiments qu'il faut éteindre, c'est l'en-

vie dans le cœur des filles perdues et le mépris dans l'âme des femmes honnêtes.

A quoi bon ce mépris, ma jeune puritaine ?

Espérons que jamais, la fortune incertaine

Ne changera vos jours tissus de soie et d'or,

En des plaisirs maudits et plus tristes encor.

Paris n'a pas de lin ni de blonde assez fine

Pour toucher votre peau blanche comme l'hermine.

A vous tous les rayons et les fleurs du printemps ;

Les lis sur votre joue ont fêté vos vingt ans ;

Vous attendez en paix, fille, qu'on vous marie;

La coupe de l'enfance est à peine tarie

Que .déjà vous prenez votre place au festin.

Que vous goûtez aux mets les meilleurs du destin :

Vous avez tant de jeux, de voluptés permises

Que, pour charmer vos jours et vos nuits insoumises,

Vous n'avez pas besoin, sur un chemin fatal,

De fouiller plus avant et de descendre au mal.

Mais elle ! quel destin et quelle solitude !

En son cœur quel démon de vague inquiétude! ^

Toute jeune, sa dent mordit aux fruits amers,

Et sa main a cherché la perle au fond des mers !

Elle est très-belle aussi : mais le vent, chaque année.

Fait tomber une fleur de sa této fanée ;

Elle a vieilli par l'âge, hélas ! et par l'affront ;

Les chagrins ont marqué des rides sur son front;

Le pain manqua souvent à sa jeunesse avide ;

Le dur travail ne mit qu'ombre dans sa main vide ;

Elle doute du bien et ne croit point au ciel;

La coupe des plaisirs aux bords frottés de miel

Jamais ne s'apiwocha de ses lèvres rieuses.

Et la lampe éclaira ses nuits laborieuses.

Ne vous étonnez pas, ayant autant souffert.

Qu'elle ait pris le premier bonheur qui s'est offert;

Ne vous étonnez pas si, parmi les ruines,

La main ensanglantée aux touffes des épines,

Sur le chemin aride, en se penchant un jour,

Comme une fleur des champs elle a cueilli l'amour.

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Avant d'entrer dans les détails sur la condition morale des femmes, qu'on nous permette une réflexion.

Toute enquête, qu'elle soit ouverte par le gouvernement ou par les économistes, n'embrasse jamais qu'un côté de la question sociale. Elle signale plutôt le mal que le bien, plutôt l'accident que la règle. Il faut donc se tenir sur la réserve et ne point attribuer à tous ce qui est le fait de quelques-uns. Tout en appelant l'attention sur les causes . d'immoralité qui s'attachent trop souvent à la misère et à l'ignorance, gardons-nous bien de calomnier la classe ouvrière. C'est dans le peuple qu'on trouve à cha({ue instant l'exemple des vertus domestiques. Do ces ménages pauvres, au seuil desquels veillent l'honneur scrupuleux du père de famille et la vertu de la femme, sortent les soldats qui défeiident le pays, ■'les ouvriers qui fécondent l'industrie, les inventeurs qui ajoutent des machines à la puissance de nos organes , très souvent même les hautes intelligences qui cultivent les arts , les sciences , la littérature. Élevées à la forte école du travail et du devoir, les jeunes filles font plus tard des mères qui vivent pour leurs enfants, des épouses fldèles qui adoucissent par leiu\s soins et leur dévouement à leur mari toute une existence de lal)eur et de privations. Tel est le tableau consolant (ju'il faut opposer à la peinture également vraie du vice et de la débauclie.

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