‹ Les vierges mères et les naissances miraculeusesChapitre 2 sur 16 · III · texte numérisé non relu

III

(i) Chi'King. L. III, C. 2, ode x, trad. du P. Cîbot,

Dans ce récit du Chi-King, ce très ancien livre canonique de la Chine (i), il s'agissait bien de l'empreinte d'un pas divin. Or, l'Hérodote du Céleste Empire : Ssé-ma-tsien (2) qui florissait l'an 145 avant J.-C, n'y voit plus que les traces d'un pas géant (3).

Voici donc trois traditions d'après lesqud-

dans Mémoires concernant les Chinois, T. IX, p. 318. — Cette ode aurait été composée par Tchéou-kong, vers X134 avant J.-C. « Les gloses, notes, paraphrases, des lettrés sur les vers du Chi-King s'accordent à les expliquer dans le sens le plus miraculeux. <t Si Heou-tsi, dit Kong-yng, avait été conçu par l'union des deux sexes, il n'y aurait rien d'extraordinaire. Pourquoi le poète insisterait-il si fort sur les louanges de la mère, tandis qu'il ne dit mot du père?

Ayant été conçu sans l'union des deux sexes, dit Tsoutsong-po, et le Tien lui ayant donné la vie par miracle, il devait naître sans blesser la virginité de sa mère.

Tout homme en naissant, dit Ho-sou, déchire le sein de sa mère et lui coûte les plus cruelles douleurs, surtout s'il est son premier fruit. Kiang-jmen enfanta le sien sans rupture, lésion, ni douleur. C'est que le Tien voulut faire éclater sa puissance, et montrer combien le Saint diffère des autres hommes, n R. P. db Prémare. Vestiges des principaux dogmes chrétiens tirés des anciens livres chinois, Paris, 1878, în-8*, p. 210-aii, et Mémoires concernant les Chinois, T. IX, p. 387-388.

(i) Le Chi-King ou livre de poésies, se compose d'environ trois cents pièces qui passent pour avoir été réunies par Confudus. cfr. Sacred Books of the East, T. III, Chi- King, trad Legge. Introduct.

(a) Voyez sur ce grand historien et ses Ssé-Ki : Ma- TouAN-LiN. Wen-hien toung-kas, liv. CXCI; le P. Amiot, dans Mémoires concern, les Chinois, T. I, p. 81 et Abbl db RéifuSAT. Nouv. Mél. Asiatiques, T. II, p. 132.

(3) Db Pr^marb. Vestiges, P. 1878, in-8*, p. 210 et Db Charbnoit. Le Folklore dans les Deux Mondes, P. 1894, in-8*, p. 199.

les une mère aurait enfanté pour avoir foulé l'empreinte d'un pas divin laissée dans la pierre. Que penser d'un tel miracle? Ne serait-il point tout simplement la dramatisation de quelque ancien rite destiné à obtenir la cessation de la stérilité. Il aura suffi que quelques suppliantes illustres aient été exaucées pour donner naissance à ce thème merveilleux.

Lorsque Saint Ronan mourut, ne sachant où l'enterrer, les gens de Loc Ronan mirent son corps sur une charrette attelée de deux bœufs. Ceux-ci firent le tour que le saint faisait chaque jour pour se donner de l'exercice et s'arrêtèrent à son ermitage. Mais au moment d'y arriver, les roues de la charrette, gênées par un passage étroit, laissèrent des marques sur deux rochers contre lesquels les femmes stériles se frottent pour avoir des enfants (i).

Au village de Saint-Ours, dans les Basses- Alpes, on voit une pierre sur laquelle les jeunes filles vont glisser pour trouver un mari et les jeunes femmes pour avoir des fils (2). Même chose à Loches et à Bauduen (3). D'autres fois, la glissade ou le frottement est rem-

(x) Cambry. Voyage dans le Finistère, Brest, 1836, în-8',

(2) GÉRARD DB RiALLE. Mythologie comparée, Paris, 1878, in-x2, p. 29.

(3) BéRBNGER-FÉRAUD. Superstitions et survivances, Paris, 1896, in-8", II, 192.

placé par des sauts sur la pierre fécondante comme à la Pierre des Epousées, près de Rennes (i).

Dans une grotte des environs de Verdun, on montre une sorte de rocher en forme de chaire, appelée Chaise de Sainte Lucie et sur lequel la sainte avait laissé l'empreinte de son corps. Les femmes vont s'y asseoir pour obtenir la fécondité (2).

Ces pratiques sont loin d'être l'apanage exclusif des catholiques. On en trouve un grand nombre de semblables chez les Mahométans. Je n'en citerai qu'un exemple. Dans la Régence de Tunis, le tombeau de Sidi Fethallah est fort célèbre. Il se trouve à une lieue de la capitale, dans un site charmant, près d'un rocher haut de cinquante pieds environ, abrupt et très glissant. Les femmes stériles s'y rendent en grand nombre, le samedi, qui est le jour du saint. Après avoir imploré celui-ci, la pèlerine doit prendre une pierre plate, l'appliquer sur son ventre et descendre ainsi le rocher au risque de se rompre le cou. « J'ai vu, écrit M. de Flâna, des femmes richement vêtues, que je supposais à leur tournure et malgré leurs voiles, jeunes et jolies,

(i) Hartland. The Legend of Perseus, 1894, I» ?• ^75» (2) BÉRBNGBR-FÉRAUD. SupersHiiofis et survivances, Paris,

1896, in-8*, II, 192. Sur la glissade et la friction, voir P.

SÉBiLLOT. Le Folklore de France, Paris, 1904, I, p. 335-340-

recommencer deux et trois fois ce pieux exercice » (i).

Que ce soient là des survivances d'un ancien culte des pierres, personne n'en doutera : le saint chrétien ou le saint marabout ne sauraient donner le change, leur culte en de semblables lieux n'est qu'une superposition qui a permis à la religion conquérante de convertir les anciennes pratiques du culte des pierres fécondantes. Les pieds reliques de l'Orient ont joué certainement un semblable rôle.

C'était déjà une vieille coutume dans l'antique Athènes II y avait un rocher près de Callirrhoé où les femmes qui désiraient des enfants allaient s'asseoir et se frotter en invoquant la pitié des Moires (2). Chez les peuplades à demi-sauvages, on retrouve les mêmes coutumes, à cette seule différence que les dévots s'y adressent surtout à la pierre. A Madagascar, vers le douzième kilomètre sud de Tananarive, gît un gros bloc de pierre de forme ovale, renflé en son milieu et déprimé aux deux extrémités, comme la navette d'un tisserand. Il est connu sous le nom de pierre enceinte, non qu'elle doive un jour enfanter

(i) De Flâna. Etude sur la Régence de Tunis, Paris,

(a) Ploss. Das Weib in der Natur und Volkerkunde, Leipzig, 1891, T. I, 4^6.

des pierres, mais parce qu'elle procure la fécondité aux femmes qui Tinvoquent (i).

A Tananarive même, une pierre brute et informe, nommée pierre à chiffons, en raison des ex-voto (principalement des fragments d'étoffe) dont l'accablent les fidèles, passe pour rendre fertiles les champs et les hommes. « La transmission de ses grâces, écrit le Père de la Vaissière, s'opère surtout i>ar son attouchement... Jadis le client allait, à la faveur des ténèbres, s'asseoir sept fois sur cette pierre, durant sept nuits consécutives. Ce mode de supplication était réputé souverainement efficace et infaillible » (2).

Quelles raisons déterminèrent les adorateurs des pierres à invoquer certaines d'entre elles contre la stérilité? Il y en eut sans doute de plusieurs sortes : dans certains cas, ce sont les formes grossièrement phalliques des roches qui ont donné lieu à cette pratique. Ce pourrait bien être le cas des pierres du palais de Luchon (3), de la pierre fichée de Bourg-d'Oueil, du rocher de la vallée

(i) Db la Vaissi&rb. Vingt ans à Madagascar, d'après les notes du P. Abinal et de plusieurs autres missionnaires de la s. J., Paris, 1885, in-8% p. 258.

(2) Db la Vaissièrb, Loc, ciU, p. 262.

(3) P. CuZACQ. La naissance, le mariage et le décès, Paris, 1902, in-i2, p. iio.

d'Aspe (Hautes-Pyrénées (i), du bloc de granit de Sarrance (2), du pilier d'Orcival (3), du menhir de Kerveathon, dans la lande de Kerloas (4), de la pierre levée de Poligny (5) et du rocher de la montagne de Tracros, près Clermont (6). Ces deux dernières pierres furent baptisées du nom de Saint- Foutin (7).

Chez les Sémites, on rendait un culte aux rochers et aux montagnes qui offraient l'apparence d*un cône. Dans l'Inde, le dieu le plus prié par les femmes stériles est Siva, le troisième personnage de la grande trinité hindoue, le dieu de la fécondité : son emblème est le linga qu'on représente au coin des rues ou dans les pagodes, sotis la forme d'une pierre levée. Il est, dans le sud de l'Inde, à Tanjore,

(i) J. Lacaze. Le culte des pierres dans le pays de Luchon, dans Association française pour l'Avancement des Sciences, 1878, p. 900.

(2) DuGENNE. Panorama hist. et descriptif de Pau et de Ses environs, 1839, p. 318.

(3) BÉRANGER-FÉRAUD. Superstitions et Survivances, II, 192 et DuLAURE. Des divinités génératrices, 2* éd., Paris, 1825, în-8*, p. 286.

(4) Hartland. The Legend of Perseus, 1894, I, 175.

(5) BÉRENGER-FÉRAUD. Supcrstitions et Survivances, II,

(6) DuLAURE. Des divinités génératrices, 2' éd., Paris, 1825, in-8', 270-271 et R. Payne Knight. Le culte de Priape, Bruxelles, 1883, in-8*, p. 112.

(7) DuLAURE. Des divinités génératrices, p. 270-271. — Sur les divinités génératrices représentées par des bornes, on peut voir encore Dulaure. Histoire abrégée des différents cultes, I, ch. XXI, p. 415 et suiv

une pagode fameuse, pleine de trois cent soixante-cinq lingas de toutes les dimensions, soigneusement alignés et qu'on vénère à tour de rôle chaque jour de Tannée. On les enduit d*une huile spéciale, on les couvre de fleurs et de parfums, on se prosterne devant eux ; les dévots leur apportent des offrandes et les femmes stériles passent une nuit dans la pagode. Il y a pour elles une chambre réservée, où dans robscurité le dieu Siva vient les visiter (i).

Dans ce dernier exemple, il est visible que le culte de Siva dut aider le brahmanisme à absorber tous les anciens cultes qu'on rendait auparavant à des pierres fécondantes, pierres fichées ou pierres levées (2).

D'autres fois, les dévotes désireuses d'enfants s'adressent à des rochers qui présentent des rondes bosses en forme d'œuf s ou de mammelles. C'est le cas du menhir de Plouarzel (Finistère) (3) et du mégalithe de Ker-Rohan

(i) D' Ch. Valentino. Notes sur VInde, Paris, 1906, în-i2, p. 137.

(2) Un vieux canon fut pris pour un linga, prié à fin de progéniture et couvert de fleurs par la piété des femmes hindoues, tellement est puissante la force de Tassimilation religieuse. Voir les détails fort pittoresques à ce sujet, rapportés par A. H, Riehl, dans Journ. Anthr. Instit., VI, p. 359 et R. Payne. Le Culte de Priape, Bruxelles, 1883, in-4", p. 112-113.

(3) P. CuzACQ. Loc, cit., p. iio.

3o LES VIERGES MÈRES

(Côtes-du-Nord) (i). Enfin les cultes d'Asie Mineure nous fourniraient des exemples où oe fut la forme de Torgane féminin Mulla ou Ctéis qui suggéra l'idée de semblables invocations. « Les Sémites affectionnaient les bétyles, pierres coniques dont la forme imitait celle du phallus dressé, tandis que la section de la base rapi>elait le ctéis; voyez le Bel- Samin à PalmyHe (2), Astartéà Paphos (3) » (4). D'autre fois enfin, on est assez embarrassé pour donner la raison qui dut pousser à ces pratiques. Ainsi, je ne saurais dire pourquoi les femmes des îles Banks empK>rtent en leurs lits certaines pierres dans l'espérance d'en être fécondées (4). Peut-être sont-ce là des sortes de pierres où résident des âmes d'enfants dont l'idée rapj>ellerait les churingas australiens. « Chez ceux d'entre les Kaitish, où a cours la croyance aux churingas, il existe un procédé magique particulier pour rendre une femme enceinte : on porte un churinga jusqu'en un lieu où se trouve une certaine sorte de pierre appelée kwerka-punga (enfantpierre), qu'on frotte avec le churinga tout en

(l) P. CUZACQ. LOC. cit., p. 112.

(2) De Vogué. Syrie Centrale, p. 85.

(3) Tacite. Hist., II, 3.

(4) L. G. LÉVY. La famille dans l'antiquité israélite, Paris, 1905, in-8', p. 47.

(5) CoDRiNGTON R. H. The Melanesians; Studies in their Anthropology and Folklore, Oxford, 1891, in-8% p. 184.

— MiiiiMf r - -*

LES VIERGES MÈRES 3l

priant le maiaurli qui y réside de i>énétrer dans telle femme qu'on lui désigne » (i).

Il semble donc que le culte primitif des pierres, orienté i>ar des circonstances diverses, donna naissance à une sorte de sacrement magique propre à procurer la fécondité. Le semblable engendre le semblable, la pierre dont la forme rappelait les organes de la conception, voire ceux de la nutrition de l'enfant fut censée étant donné son caractère divin, pouvoir combattre la stérilité.

Ces conceptions premières et les pratiques qu'elles comportaient survécurent dans différentes grandes religions qui absorbèrent les vieux cultes naturalistes. Mais, chose remarquable, tandis que les pratiques se perpétuaient d'une façon presque immuable, la mentalité des nouveaux dévots s' étant modifiée, les idées magiques p>erdant de plus en plus leur signification et leur clarté, des mythes naquirent, destinés à fournir aux mêmes gestes une explication nouvelle.

Nos contes de vierges ou de femmes ayant enfanté par le contact de ces pierres divines représentent un moment du rythme alternatif par lequel s'engendrent les rites et les mythes.

Il est très probable que les empreintes aux-

(I ) A. Van Gennep. Mythes et Légendes d'Australie, Paris, 1905, în-8*. p. XLVIII-XLIX.

Sa LES VIERGES MÈRES

quelles font allusion les trois récits asiatiques que nous avons rapix)rtés ne sont pas des cavités informes, mais de ces sortes de sculptures qu'on appelait Buddha-pàda (pieds de Bouddha).

Les Singhalais, les Birmans, les Siamois se vantent les uns et les autres de posséder une ou plusieurs empreintes du pied du Bouddha.

Ces sortes de marques étaient à i>eu près innombrables chez les Singhalais. « Comme le Tathâgata (Bouddha) selon la tradition, avait visité la plus grande partie de la presqu'île, la crédulité des fidèles ou le charlatanisme des religieux signalait dans une foule de lieux les traces de son passage. C'était ordinairement sur des pierres qu'elles étaient empreintes, et la plus célèbre était celle du pic d'Adam, dans l'île de Ceylan, où le Boudha certainement n'est jamais allé. On l'appelait Çrêpâda ou Prahat, c'est-à-dire le pied bienheureux.

Le roi Açoka passait pour avoir fait élever des stoûpas dans tous les lieux où le Boudha avait laissé la trace de ses pas ; et l'on conçoit dès lors comment la tradition avait pu porter le nombre de ces stoûpas à quatre-vingt-quatre mille, qu'on api>elait aussi les quatre-vingtquatre mille édits de la loi » (i).

(i) J. Barthélémy Saint-Hilaire. Le Bouddha et sa re-

M. L. Fournereau affirme que l'empreinte du Pic d'Adam était une cavité informe (i).

M. L. Feer déclare qu'elle n'a été l'objet d'aucune étude (2). Mais Sir John Davy qui l'avait vue, écrivait à Sir Humphrey Davy, qu'il soupçonnait le pied bienheureux d'être un ouvrage de l'art (3).

De tous temps, cette empreinte fut l'objet d'un pèlerinage, non seulement des Çivaïtes qui la rapportent à Çiva, des Vichnouïtes qui l'attribuent à Rama, des Musulmans qui y reconnaissent le pas d'Ali ; mais des chrétiens qui y vénèrent le pas d'Adam ou de saint Thomas (4). D'après une inscription gravée sur le Buddhapâda de Sukhôdaya reproduite par M. Fournereau (5), ce dernier pas de

ligion, Paris, 1866, in-12, p. 295-296. — Fa-Hien, le pèlerin chinois (399-414 ap. J.-C.) admet sans hésiter, d'après les traditions locales que Fo, le Bouddha est venu à Sinhala, et qu'il y a laissé deux empreintes de ses pieds sacrés, Tune au nord de la ville royale et l'autre sur le fameux pic d'Adam qui a près de 2.000 mètres de hauteur. J. Barthélémy Saint-Hilaire. Loc. cit., p. 321.

(i) Lucien Fournereau. Le Siam ancien, Paris, 1895, in- 4% I. 243.

(2) L. ÎFeer. Le Buddhapâda dans L. Fournereau. Le Siam ancien. P., 1895, in-4', I, 287.

(3) E. Sal VERTE. Des Sciences Occultes, 1829, în-8*, I,

(4) Bulletin de la Soc, des Antiquaires de France, 1892,

(5) L. Fournereau. Le Siam ancien, Paris, 1895, in-4', pi. LXVIII.

34 le:s vierges mères

Bouddha serait une copie du pied sacré du Pic d'Adam (i). S'il en était vraiment ainsi, rc (jui est fort douteux, l'empreinte du Pic (PAdam serait un ouvrage de l'art analc^^ue «iix pieds gravés que l'on rencontre diez Ir.H Birmans et les Siamois.

î/rmprcinte birmane de Mea-day a été des- H\r\6ci par le peintre qui accompagnait l'ambas- H/i(Uî du major Symes. C'est un véritable tahlrau hiéroglyphique (2).

Nous connaissons quatre desseins d*emprrintos siamoises : celle de Phra : bat, près (W. Lophaburi qui nous a été donnée par Baldainjs <H le colonel Low (3) ; celle qu'a publiée Alabnster, en 1871, photographie du fac-similé conservé dans le grand temple Vât-phô, h Bangkok (4); celles qu'a reproduites M.

r\)urner<tau, toutes deux conservées à Bangkok, Tune déjh citée, conservée dans un kuti (cellule* de moine) du Vât-Vang-nâ, l'autre dans ]t^ Mondob (ou pavillon) delà même pagode (5).

(1) L. KouRNRRBAU. Loc, cit., I, p. 242-245 et 249-254.

(i) SvMKH. Relation de Vamhassade anglaise envoyée âann le royaume d'Ava, Paris, an IX (1800). Atlas, pi. VI. Hur IflH flf^ures ou signes de cette image, voir L. Pber, dnni L. Fournbrbau, loc. cit., I, p. 303-304.

(3) Ttansactions of ihe Royal Asiatic Society, T. III.

(4) Ar.AnASTKR. The Phrahat or siamese foot print of Buddha dans The Wheel of the Law, 1871, p. 92-112.

(5) L. Fournereau. Le Siam ancien, T. I, pi. XXI et

ÏL.:

Ces divines empreintes sont fort différentes les unes des autres soit par leur taille (l'une d'elle mesure i m. 05 sur o m. 58), soit par les nombreux signes dont elles sont ornées. Ces signes, d'après une vie de Buddha publiée par Alabaster, devraient être au nombre de 108.

Plusieurs d'entre eux et spécialement les principaux ont une signification solaire (i). Ils donnent à penser que la plupart de ces empreintes sont d'origine liturgique. On a trouvé à Lesbos et ailleurs sur des plantes de pieds humains figurés en relief, des dédicaces qui attestent que ce sont des ex-voto. M. Salomon Reinach pense que les plus anciens monuments de ce genre servaient à commémorer des Théophanies (2). Je crois que les pas du Bouddha, presque tous primitivement attribués à Vichnou (3) ont dû être gravés dans une intention magique : les prêtres et les fi-

(i) GoBLET d'Alviella, La migration des Symboles, Paris, 1892, în-8% p. 82. Sur les signes du Buddhapâda, on doit voir L. Feer, dans L. Fournbreau, Le Siam ancien, I, p. 290-309.

(2) S. Reinach. Les monuments de pierre brute dans le langage et les croyances populaires dans Revue archéO' logique, 1893, 3' série, T. XXI, p. 338.

(3) SÉNART. La légende du Bouddha dans Journal asiatique, Paris, 1873, T. II, p. 278, et 1875, T. IV, p. 120- 121. — Les mythes du boudhîsme dérivent, pour la plupart, du Vichnouisme populaire, cfr. E. Sânart. Les Origines bouddhiques dans Conf, au Musée Guimet, Paris, 1907, in-i2, p. 146.

dèles aux époques extrêmes de la course du soleil venaient sans doute les fouler dans le but de hâter les pas du fécondateur céleste (i). Plus tard, dans les pèlerinages dont ils furent l'objet, les femmes stériles vinrent y marcher pour obtenir des enfants.

Il existe dans notre Bretagne un grand nombre d'empreintes de pieds de saints qui sont un but de pèlerinages. Les habitants des environs du Croisic viennent encore rouler leurs enfants sur un rocher où l'on remarque l'empreinte du pied de saint Goustan. Eux-mêmes font trois fois le tour de la chapelle du saint en portant leurs enfants sur les bras. Cette double pratique réussit, paraît-il, à faire marcher les enfants tardifs (2). a A Ménéac, on montre trois vestiges que les pieds de la sainte Vierge ont imprimés sur une roche et quand les petits enfants tardent trop à marcher, on leur met les pieds dans ce creux » (3).

(i) Les trois pas de Vichnou dont parle la mythologie védique, font sans doute allusion aux mouvements du soleil. GoBLET d'Alviella. Loc, cit., p. 81. Certaines traditions populaires du jour de la Saint-Jean, permettent de supposer qu'il s'agit des pas décisifs du soleil aux solstices ou aux équinoxes.

(2) P. SÉBiLLOT. Petite Légende dorée de la Haute-Bretagne, Nantes, 1897, in-12, p. 29-30.

(3) P. SÉBILLOT, Loc. cit,, p. 42.

LES VIERGES MÈRES 3y

Le eontact du pied-empreinte devait faire marcher les enfants, c'est dans la logique de la magie sympathique. Mais comment expliquer l'action fécondante des empreintes de pied bouddhiques ? Nous l'avons déjà indiqué. Ces monuments d'art représentent un moment beaucoup plus tardif du culte rendu aux pierres, celui où il est associé déjà au culte du soleil. Après avoir hâté les pas ou la naissance du soleil, ils ont servi sans doute à rendre moins tardives ou même à produire des naissance3 humaines. C'est donc encore par un raisonnement analogique, digne du précédent, que les dévots en sont venus à cette pratique. Enfin, des pèlerines princières ou royales ont cru ou fait croire que le dieu dont elles avaient foulé la trace, non seulement leur avait accordé un fils, mais qu'il en était véritablement le père. Au reste, un dernier fait va mettre hors de doute la probabilité de la pratique boudhique et par suite de toute cette déduction : Près de la source de la Grœsbeeck à Spa, il existe une empreinte du pied de saint Remacle. Les femmes stériles y vont faire des neuvaines durant lesquelles elles rendent une visite quotidienne à la châsse du saint et boivent chaque matin un verre d'eau de la Grœs^ beeck. En buvant, elles doivent avoir soin de

icer leur pied dans l'empreinte du pied du nt (I).

t) WoLF. Niederlandisht Sagen, Leipzig, 1843, p. 337, îuWetîn de Folklore, 1893, London, II, 81. Au villag-e de 1rs, dans les Basses-Alpes, on appelait Pierre des épou- ! un rocher de forme conique vers lequel le plus proche ent du mari conduisait l'épouse après la cérémonie reeuse; Il l'y asseyait lui-mËme, en ayant soin de lui faire :er un pied dans un petit creux de la pierre que l'on di- : avoir été pratiqué exprès, quoi qu'il soit fait par la ure. C'est dans cette position qu'elle recevait les embra»lents de toutes tes personnes de la noce. Garcin. Dict. Provence, T. I, p. 486. Le jeune homme ou ta jeune fille

veut se marier dans l'année n'a qu'à placer son pied is l'empreinte du pied de saint Martin qui se voit sur

rocher de la commune de Cinais, près de Chlnon. P. ilLLOT, Le Folklore de France, I, p. 404.

Les théogamies aquatiques et le culte

des eaux

Parmi les tribus tartares, les Kirghises noirs prétendent descendre d'une princesse qui se serait trouvée enceinte pour s'être baignée dans un lac. Cette innocente, chassée de sa tribu aurait été recueillie avec son fils par le khan d'une tribu voisine dont elle serait devenue l'épouse (i).

<( Les Guèbres ou Gaures, raconte Tavernier, donnent trois enfants à leur prophète Ebrahim ( = Abraham ou Zoroastre) mais qui ne sont pas encore de ce monde, bien que leurs noms leur aient déjà été donnés. Ils disent que ce prophète Ebrahim passant une rivière, miraculeusement sans bateau, trois gouttes de sa semence tombèrent dans l'eau et qu'elles sont conservées là jusqu'à la fin du monde;

(i) Girard de Rialle. Mémoire sur l'Asie centrale, Paris» 1875, p. 80.

que Dieu enverra une fille fort chérie de lui et que, par la réception de la première goutte de la semence, elle deviendra grosse du premier enfant, qu'ils nomment par avance :

Oushider. Il fera son entrée dans le monde avec grande autorité, fera recevoir la loi que son père Ebrahim avait apportée et prêchant avec éloquence, la confirmera par plusieurs miracles. Le second qui s'apellera : Oushiderma, sera conçu de la même façon. Il secondera les desseins de son frère et, l'assistant dans le ministère de la prédication pour aller prêcher par tout le monde, fera arrêter le soleil pendant dix jours pour obliger le peuple, par ce miracle, à croire ce qu'il annoncera (i). Le troisième sera conçu de la même mère comme les deux autres et s'appellera Senoïet-Hotius. Il viendra au monde avec plus d'autorité que ses deux autres frères, pour achever de réduire tous les autres peuples à la religion du prophète. Ensuite de quoi, se fera la résurrection universelle » (2).

(i) Voltaire voyait dans Oushiderma le prototype de Josué, cfr. Introd, à l'Essai sur les mœurs, art. Abraham, On retrouve ces trois personnages sous d'autres noms dans l'Avesta : C. de Harlez. Avesta, Yest., XVIII, ch. XXVII, § 126, Paris, 188 1, in-8', p. 502. — Rev. D' Mills dans Nineteenth Century, Jan. 1894, p. 51. — The Sacred Books of the East, édit. by Max MuUer, Oxford, 1874-94, T. IV, p. LXXIX; V. 143 note, 144; XXIII, 195, 226, 307.

(2) Tavbrnibr. Voyages, Rouen, 1724. T. II, p. 95-96«

fer

Cette légende est déjà fort imprégnée d'esprit rationaliste : elle n'admet plus la fécondation par un simple bain, et il y faut une se^ mence humaine : La conservation, dans l'eau, d'une semence animale nous paraît, il est vrai, aujourd'hui, presque aussi invraisemblable que le premier miracle; mais il n'en fut pas ainsi sans doute pour l'inventeur de notre conte. Aristote, dans ses Problèmes, rapporte qu'une femme fut fécondée pour s'être baignée dans une cuve d'où venait de sortir un homme. Albert le Grand (De secretis mulierum) ne met pas en doute la réalité du fait et il l'explique (i). Averroês rapporterait un fait analogue (2).

Peut-on rattacher ces légendes à d'anciennes pratiques rituelles? — Peu de cultes furent

(i) Je cite ici ces deux auteurs d'après de Charbncby; maïs je n'ai pu retrouver ni le passage d 'Aristote, ni celui d'Albert le Grand. — En revanche, voici ce que je lis dans un petit volume intitulé : Aristotelis aliorumque Prohletnata, Amstelodami apud Janssonium, 1643, in-iS> P* 99 • Averroês, secundum CoUigat capite decimo, dicit : Fuit quaedam puella in balneo, ubi sperma jactum fuit, et illa puella ab attractione seminis concepit et peperit.

(2) Hartland. The Legend of Perseus, London, 1894, in-i2, I, 134-135, d'après Browne. Je n'avais pas sous la main le texte anglais de Browne, mais une traduction française de 1733. Je n'y ai pas trouvé la discussion de l'opinion d 'Averroês; mais elle a été examinée et défendue dans un curieux petit livre intitulé : Arcana Microcosmi : or the hid Secrets of Man's Body discovered, By A. R., London, 1652.

aussi répandus que le culte des eaux : il n'est pas une source, pas une rivière, pas un fleuve qui n'ait été considéré comme un dieu, et, parmi les vertus divines qu'on leur attribuait, en première ligne, était la fécondité. Sans eau, les prairies, les champs, les bois, les forêts ne sauraient vivre; la sécheresse entraîne l'arrêt de toute vie végétale. Que déviendraient sans eau les bêtes et les hommes? L'eau est l'un des principes essentiels de la vie. Elle n'a qu'à tomber et à s'épandre pour qu'aussitôt l'on voie l'herbe croître et couvrir la terre d'un tapis de verdure, les champs prospérer, les arbres s'empanacher de feuilles et déployer la houle verte de leurs cimes. Au spectacle éternel de cette admirable fécondité de la nature, due presque tout entière aux mille sources des eaux, toutes divines, comment les premières âmes religieuses qui raisonnaient à peu près exclusivement i>ar analogie, n'eussent-elles pas conclu que cette eau sacrée devait rendre fécondes les femmes aussi bien que les plantes ? Au reste, il n'est pas nécessaire pour nous de procéder inductivement dans cette recherche sur l'origine d'une telle croyance. D'innombrables pratiques anciennes et modernes témoignent de cette confiance, en la vertu des eaux. Au Panjab, les femmes sans enfants vont se plonger dans le puits où fut jeté Pu-

ran, le Joseph du pays (i), convaincues que ce bain les rendra grosses. Chez les anciens Grecs, nombre de sources et de fleuves sont réputés pour leur vertu contre la stérilité. Le D*" Ploss cite divers auteur classiques qui réclament ce titre pour la rivière Elatus, la source de Thespie dans l'île d'Hélicon, la source voisine du temple d'Aphrodite sur l'Hymette, et les sources chaudes de Sinuessa (2). Au pied d'une colline à Athènes existe un siège taillé dans le roc, tout au bord d'une rivière. Les femmes athéniennes s'y asseyaient, et, de là, se laissaient glisser dans le ruisseau, en invoquant le secours d'ApK>llon pour les couches prochaines (3).

En Troade, le fleuve Scamandre (4) avait un temple et des sacrificateurs. Toutes les filles du pays, la veille de leurs noces, se baignaient dans ses eaux et lui offraient leur virginité.

(i) Ce puits est situé sur la grande route, entre Siâlkot et Kalowât, cfr. Temple (Captain R. C), The legends of the Panjâb, Bombay, sd., T. I, p. 2. — Sur Pûran, voir Har- TLAND. The Legend of Perseus, London, 1894, I, 106.

(2) Ploss. Das Weib in der Natur und Volkerkunde, Leipzig, 1891.

(3) Berenger-Féraud. Traditions et Réminiscences populaires de la Provence, Paris, 1886, in-8*, p. 201.

(4). Les anciens expliquaient par des légendes pourquoi ce fleuve avait été ainsi baptisé, mais toutes insistaient sur le caractère sacré qu*on lui attribuait. Plut. Questions grecques, 41, et Pseudo-Plut. Sur les dénominations des fleuves, XIII, 1-4.

Que nous soyons en présence d'un rite de fécondité, on en peut juger par les abus qui se greffèrent sur cette superstition (i).

Les légendes confirment les mêmes pratiques en Asie. Dans la mythologie hindoue, Parvati, épouse de Siva, justifie l'irrégularité de sa propre naissance en disant qu'elle est le fruit d'un bain et qu'elle naquit de Ganesa, sans aucune autre intervention (2). En Amérique, quelques tribus d'Algonquins expliquaient l'apparition de l'espèce humaine de la plus curieuse façon. Deux jeunes femmes (antérieures évidemment à l'apparition de notre race) s'étant baignées dans la mer se trouvèrent enceintes l'une d'une fille, l'autre d'un garçon, père et mère de tous les hommes (3).

fi) Une aventure qu'EscHiNE rapporte dans ses Lettres, donne à penser que les prêtres, à l'occasion, jouaient ou faisaient jouer le rôle du dieu qui était censé daigner parfois sortir de ses roseaux. Il prenait alors la jeune iille par la main et la conduisait dans sa grotte. Voici d'ailleurs son récit : « Callirhoé, jeune fille d'une rare beauté, était allée, selon la coutume, offrir sa virginité à Scamandre. Un jeune homme qui l'aimait depuis longtemps et sans espérance, fit si bien par son stratagème qu'il reçut ce qui était destiné au fleuve. Quelques jours après, Callirhoé ayant aperçu dans la rue ce jeune homme, le montra à ceux qui l'accompagnaient et dit ingénuement que c'était là le fleuve Scamandre. Ce discours découvrit la fourberie et le téméraire qui avait rempli l'office du dieu n'évita que par une fuite rapide le châtiment qu'on lui destinait, n

(2) Ploss. Dos Weih in der Natur und Volkerkunde, Leipzig, 1891, p. 436.

{3) Featherman. Social History of the Races of Mankind, London, 1881-91, T. IV, p. 80.

Les hommes d'une tribu mentionnée par Garcilaso de la Vega déclaraient descendre de la mer (i). <( De même que bien d'autres dieux ou héros Yehl a une naissance miraculeuse.

Sa mère, une jeune femme thlinkit, dont les fils ont tous été tués, rencontre un dauphin bienveillant qui lui dit d'avaler un caillou et un peu d'eau de mer. La naissance de Yehl est le résultat de cette opération » (2).

Le vieux monde enfin, l'Europe, l'Asie, l'Afrique, nous offrent des pratiques semblables et des croyances qui ne sont pas moins explicites. « Dans la province de Fez, au Maroc, il y a un lieu sacré qu'on appelle : Aïn-el- Djenoun (la fontaine des génies) où se trouvent les ruines d'un temple païen, et où les musulmans continuent d'aller en pèlerinage.

Les hommes s'y rendent pour faire œuvre pie ou assurer leur entrée au paradis ; les femmes y vont pour avoir des enfants. Pendant les cérémonies qui ont lieu dans le jour, les deux sexes y sont rigoureusement séparés (sans doute à cause des bains); mais pendant les fêtes de la nuit, il y a une promiscuité qui fait qu'à un moment donné l'obscurité permet les

(i) A. Lang. La Mythologie, Paris, 1886, în-12, p. 48, d'après THistoire des Incas. D'autres références sur Yehl, dans Hartland. The Legend of Pet sens, I, 11 2-1 13. — A. Lang. Mythes, Cultes et Religions, p. 368.

(2) A. Lang. La Mythologie, p. 106.

rencontres les plus hasardées (i). Un cas parallèle est celui de la source Burmal er Raba à Sidi Mecid, près de Constantine, en Algérie, fréquentée à la fois par les Juives et les Maures pour la guérison de la stérilité. Chaque femme égorge un poulet noir devant la porte de la grotte, offre en outre une petite bougie et un gâteau de miel, prend un bain et part assurée du prompt accomplissement de ses souhaits.

Il n'est pas douteux que nous ayons bien affaire ici à quelque survivance, puisque les sacrifices sont étrangers à l'Islam (2). La Nature divinisée est représentée chez les Yorubas. de la côte ouest-africaine par une femme enceinte, l'eau qui a séjourné dans son temple est sacrée et très propre à assurer des enfants ou à faciliter les couches laborieuses (3). Une tradition des Zoulous rapporte que les filles d'un roi s'étant baignées dans le creux d'une rivière, la plus jeune d'entre elles, presqu'une enfant, sortit de l'eau la poitrine aussi gonflée que celle d'une femme. Sur l'avis du conseil des anciens, elle fut chassée d'entre les siens et après avoir erré d'une tribu à l'autre, elle

(i) Bérenger-Féraud; Superstitions et Survivances, Paris, 1890, in-8*, III, 344.

(2) Hartland. The Legend of Perseus, I, i68.

(3) Ploss. Das Weih, 436, 437, 438, 439.

mit au monde un fîls qui devint un sage docteur (i).

» Près d'Altena, en Prusse, aux environs du lieu nommé Klusa, se trouve la source de Saint-Einhard, qui attire beaucoup de pèlerins, le lundi de Pâques, Jadis, on attribuait à l'eau de cette source la vertu de féconder les femmes. Une cérémonie religieuse donnait à cette idée une espèce de sanction; mais aujourd'hui, on n'en parle plus qu'en plaisantant » (2).

La cérémonie religieuse à laquelle fait allusion le D' Coremans, semble s'être pratiquée fort généralement en Gaule et en Germanie.

Elle avait lieu un peu avant ou un peu après Pâques; mais le plus souvent le quatrième dimanche du Carême. On se rendait aux fontaines en chantant l'introït Lœtare Jérusalem, on buvait de leur eau, on cueillait les fieurs de leurs bords : c'est ce que l'on appelait faire ses fontaines (facere suos fontes) ou célébrer le dimanche des fontaines {3).

(i) Callavav. Nursery TaleS, Traditions and Historiés of the Zulus, London, 1868, I, 335.

(2) D' Coremans. La Belgique et la Bohême, Bruxelles, tSsj, in-8% I, 55.

(3) J. QuiCHKHAT. Procès de condamn. et de réhabUit. de Jeanne d'Arc. Paris, 1841, in-8*, table V : Fontaine. — De MtRViLLE. Des Esprits. Paris, 1863, In-8*, I, 216, note 2. — Cet auteur catholique justifie cette pratique par des leites des pères, affirmant que les anges président à la terre, à l'eau et au feu.

Lorsque les sources propres à faire cesser la stérilité étaient accompagnées d'idoles ou d'autels païens, on s'est ordinairement contenté d'attribuer à un saint la présidence et l'efficacité des anciens rites que l'on continua de pratiquer, mais désormais en son honneur.

<( Dans un mur de l'oratoire de Gamay (commune de Saint-Sernîn-du-Bois), bâti près d'une source, est encastré» un autel antique orné de deux personnages, dont l'un représente un adolescent portant une coupe et l'autre une jeune fille sortant de l'eau et essuyant sa chevelure » (i).

N'est-ce point là une représentation de la scène rituelle qui avait lieu jadis dans la piscine aménagée près du compitum (chapelle ouverte) qu'on y a retrouvée? Tout porte à le croire.

« On a décoré ces personnages de noms chrétiens et on les appelle saint Ploto et saint Freluchot. La chapelle (qu'on y a construite) est sous le vocable du premier, et lorsqu'on s'y rend en pèlerinage, on s'arrête à la fontaine du bon saint qui porte aussi le nom de saint Ploto et que les paysans ont surmonté d'un crucifix. Les villageoises grattent la statue de

(i) Abb6 L. Morxllot. Monuments du Paganisme en Bourgogne, dans Bulletin d'Hist, et d'Arch. du diocèse de Dijon, 1891, p. 217.

LES VIERGES MÈRES 4g

saint Freluchot, recueillent la poudre prove» nant du grattage et la mêlent à de Veau qu'elles boivent pour devenir fécondes » (i).

Une fontaine située près d'Orange avait la propriété de mettre fin à la stérilité des femmes qui buvaient de ses eaux. Et, chose remarquable, on vénérait dans une église de la même ville (placée, je crois, sous le même vocable que la fontaine) un énorme phallus de cuir muni de ses appendices (2).

Dans certains temples de l'Inde, les prêtres arrosent le linga (3) avec l'eau puisée dans le Gange ou dans quelque autre rivière sacrée; l'eau, devenue ainsi doublement lustrale et bénite, est recueillie par les fidèles. Cette coutume existe encore aujourd'hui au Siam, pour

(i) Abbé L. Morillot, Loc, cit., p. a 18.

(2) Ce phallus était probablement un ancien ex-voto; ii ne fut détruit qu'en 1562, lorsque les protestants ruinèrent l'église. Confession de Sancy, liv. II, chap. II. De nos jours, les dévotes stériles continuent d'aller boire aux eaux de la fontaine.

(3) Le linga est une image de l'organe viril, mais sans prétention au réalisme... Il se rencontre partout dans l'Inde; l'estimation populaire porte le nombre de ces images à trente millions, La liste des douze principaux lingas varie avec les pays et les sectes.

L'origine de ce culte phallique est très controversée. Des missionnaires et des savants, choqués par ce qu'ils nomment l'abominable obscénité du linga, ont à cœur d'en attribuer l'origine aux peuplades anaryennes, en désaccord avec les

les cérémonies royales ; Teau employée est quelquefois parfumée ; les fidèles s'en touchent le front et d'autres parties du corps, les fervents même la boivent (i).

Ce sont surtout les femmes qui vont adorer le linga et boivent l'eau sacrée dont on l'a arrosé, et il n'est pas douteux que ce soit tout spécialement dans un but d'obtenir progéniture : le linga symbolise en effet la puissance créatrice du dieu.

Ces quelques exemples témoignent suffisamment de la vertu fécondante que l'on a longtemps continué d'attribuer aux fontaines et aux eaux sacrées. La plupart du temps, le rite du bain avait été remplacé par celui de la coupe. Mais le premier s'est pourtant maintenu dans certains cas : Sainte Verena, pour s'être baignée dans le Verenenbad à Baden, dans l'Argau, lui a conféré par là même la

faits. Le linga est adoré tantôt seul, tantôt associé à la yoni qui représente Torgane féminin et symbolise l'énergie du dieu; cependant il est d'ordinaire érigé sur un socle circulaire à moulures fines qui représente la yoni. Une rigole de somasûtra (filet de nectar) creusée sur la yoni est destinée à recueillir et à déverser l'eau des ablutions.

D'ailleurs le linga, non plus que la yoni, n'éveillent chez les Hindous d'idée obscène et l'érotisme, si développé dans les sectes Vichnouîtes et tantriques n'a pas envahi au même degré toutes les branches du Civaïsme. » L. Fournereau. Le Siam ancien, Paris, 1885, T. I, p. 122, note i.

(i) L. Fournereau. Lac. cit., p. 123-124 et pi. XLI.

LES VIERGES MÈRES 5l

vertu de féconder les femmes qui s'y baignent dans ce but (i).

Nul n'ignore qu'au jour de la Saint-Jean on se baignait aux sources et aux fontaines pour obtenir du saint les faveurs les plus diverses et en particulier la grâce de la fécondité (2). De très anciens rites solaires pratiqués en ce jour et sur lesquels nous n'avons pas à nous arrêter ici, prouvent qu'on pensait primitivement que le soleil, arrivé alors à son apogée, devait avoir communiqué à toutes les sources une vertu prolifique merveilleuse.

L'Eglise essaya tout d'abord de supprimer le vieux rite du bain et d'anéantir, avec cette pratique, les diverses croyances païennes qui en fournissaient l'explication. Voici dans ce but l'histoire qui avait été imaginée. Comme la veille du 24 juin on allumait de grands feux où l'on jetait toutes sortes d'objets impurs, l'Eglise laissait croire que c'était afin d'incommoder, par leur fumée épaisse, les dragons

(i) KoHLRUSCH. Schweizerisches Sagenhuch, Leipzig, 1854- 56, I, 324. La tradition tenait bon pour la nécessité du bain. La mère du héros gaélique Aedh Slaine but inutilement d'une eau bénie à fin de fécondation, elle ne put obtenir un fils avant de s'en être lavée. Hartland (E. S.). The Legend of Perseus, I, 117, 118; 169. Dans certains contes, on voit employer à la fois le rite du bain et celui de la coupe. A. Landes. Contes TjameSf Saigon, 1887, in-8', p. 9.

(2) Von Wlislocki. Wolksgl. Siehenh. Sachs., 75, 152.

volants qui emplissaient Tair à cette époque. « Excités au plaisir par la chaleur de la saison, affirme Durand, ils laissaient souvent tomber leur sperme (spermatizabant) dans les puits et les fontaines ; ce qui corrompait les eaux » (i). N'était-ce pas autoriser à entendre qu'en se baignant ce jour-là les femmes risquaient d'enfanter non point par la grâce de Saint-Jean, mais de la semence de quelque démon ?

Mais il ne semble pas que ce conte ait produit l'effet qu'on en espérait. En certains lieux, on avait préféré christianiser l'ancienne coutume tout en s'efforçant comme ailleurs de remplacer le rite du bain par celui de la coupe. Sur l'extrême frontière du département de l'Allier, dans la commune de Saint- Janvier, (arrondissemnt de Montluçon) il existe un oratoire de saint Jean et saint Rémi. Le 23 juin, les femmes infécondes, les jeunes gens des deux sexes, s'y rendaient jadis de trois à quatre lieues à la ronde. On y passait la nuit pêlemêle dans le désert. Le lendemain 24, on faisait des stations, des offrandes et on buvait le saint vinage. Ce breuvage, composé de l'eau de la fontaine de Saint-Jean et d'un peu de

(i) Durand. Rationaî, L. VII, ch. XIV, Trad. Barthélémy, V, 62-63.

vîn, passait pour un puissant agent de fécondité (i).

Après tous ces exemples, personne ne doutera que les païens aient jadis attribué au rite du bain, et, spécialement en certain jour de Tannée, une vertu fécondante. Il est donc très légitime d'admettre que les deux légendes que nous avons rappK>rtées au début de ce chapitre ne sont que des exégèses tardives de pratiques analogies. Le rite n'a-t-il point pour effet ordinaire d'engendrer des mythes?

(i) DuLAURE. Des divinités génératrices, 2* éd., Paris, 1825, în-8', p. 287-288. Le Saint Vînage n'acquérait toute sa vertu que par la bénédiction d'amour de saint Jean l'Evangéliste et à condition qu'elle eut été prononcée par un prêtre.

Pratiques fécondantes du culte des plantes

Totems végétaux Théogamies phytomorphiques

Totémisme. — Les sociétés sauvages sont fondées sur une croyance qu'on appelle le totémisme (i). Leurs membres ne voient pas de démarcation bien nette entre les êtres animés et les choses inanimées; aussi n'hésitent-ils pas à imaginer des liens de parenté entre eux et les objets les plus divers. Ils considèrent

(i) Sur le totémisme on peut consulter : E. B. Tylor. La civilisation primitive, Paris, 1878, în-8', II, 245-275. — A. Re VILLE. Les Religions des peuples non civilisés, Paris, 1883, in-8', I, 242 et suiv. — J.-G. Frazbr. The Golden Bough, 1890, II, 350-358. — A. Lang. Mythes, Cultes et Religions, Paris, 1896, in-8*, p. 57 et suiv. — J.-G. Frazbr. Le Totémisme, Paris, 1898, in-12. — E. Durkheim. Sur le Totémisme dans Année Sociologique, T. V, Paris, 1902, în-8*. — s. Reinach. Mythes, Cultes et Religions, Paris, 1905, in-8', I, p. 9-85. — J.-G. Frazer. The Beginnings of Religion and Totemism among the Australian aborigines dans Fornightly Review., juillet-septembre 1905, p. 151-162, p. 452-467. — A. Lang. The secret of Totem, London, 1905.

comme leurs frères, leur père ou lear mèie, les animaux, les plantes, le soldl, la lune et les étoiles, le vent et la pluie, et d'autres êtres même dont la parenté avec nous semble encore, s'il est possible, plus étrange. Il ne faut point croire toutefois que ce soit là une extensicMi de la famille à tous les êtres de l'univers à la fois. Chaque clan a son totem, auquri il est étroitement allié. Parfois le même clan a (rfusieurs totems; mais le nombre en est ordinaîren^ent fort limité.

Plantes anthrofogéniques. — Cette croyance étrange d'où découlent la plupart des règles sociales du mariage et de la vie familiale chez ks primitifs a naturellement fait inventer des filiations extraordinaires : c'est d'die que dérive l'idée des arbres anthn^x^niques ou imx>ducteurs d'hommes.

<c Une épig^mme g^recque de Zona nous apprend que les anciens Hellènes appdaient les chênes premières mères... En Allemagne, les petits enfants se croient sortis d'un arbre creux ou d'une vieille souche. Mais tous les arbres ne sont pas, d'après la tradition populaire, également propices à la génération des hommes ; ces arbres doivent avoir un caractère à peu près sacré... Dans le Bundehesh (i), le pre-

(i) The Bundahesh, ch. XV, 2; Windischmann. Zoorastriche Studien, p. 312.

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mier couple Mashya et Mashyâna serait né sous la forme d'un pied de rhubarbe — rîvâs (Rheum ribes) ; — dans VEdda, ils sortent du frêne et du tremble ; dans le Vishnu purâna (i), une nymphe est appelée fille des arbres (2).

Au quatorzième siècle, Odoricus de Frioul, en arrivant dans le Malabar, entendit parler de certains arbres qui, au lieu de fruits, produisaient des hommes et des femmes. Le colonel Yude a trouvé la même tradition chez les Arabes » (3). Parmi les tribus de Melbourne, on raconte que le premier homme naquit du mimosa (4).

En France, les enfants pensent être sortis d'un chou ; on peut dire de ce légume qu'il fut leur père. Les petits Anglais descendent du persil (5).

Origine du totémisme. — Ces idées mythiques de filiation et de paternité entre hommes et végétaux supposent évidemment une singulière théorie de la conception ; mais cette théo^ rie elle-même dérive-t-elle du totémisme ou bien l'a-t-elle engendré? S'il fallait en croire M. Frazer, dont l'autorité est grande, le to-

(i) Vishnupurâna, l, 15.

(2) A. DE GuBERNATis. Mythologie des Plantes, I, 39-40.

(3) A. DE GuBERNATis. Mythologie des Plantes, I, 4a.

(4) A. Van Gennbp. Mythes et Légendes d'Aiistralie, Paris, 1905, in-8*, p. 14.

(5) Hartland. The Legend of Perseus, I, 154, note i.

témisme tout entier dériverait d'une fausse idée de la conception. La mère, chez le primitif, ignorant la cause réelle de la grossesse, l'attribue à son alimentation ; l'être qu'elle conçoit, c'est celui qu'elle a mangé, de là ce caractère des totems d'être, pour la plui>art, des objets comestibles (i). Cette manière de voir a un défaut capital. C'est de supposer (car rien n'est moins démontré) que les tribus telles les Aruntas d'Australie où l'efficacité propre du coït semble inconnue, représentent le stade le plus arriéré de l'humanité vivante (2). Elle en a un autre qui me semble non moins grave.

On suppose, en effet, comme certain que les Aruntas ignoraient l'efficacité du coït; mais rien n'est moins prouvé. C'est peut-être le cas d'un individu isolé; mais ce ne saurait être celui de la majorité de cette tribu du centre. Elle est avoisinée à l'est, au nord, au sud et au sud-est de tribus qui sont très renseignées à ce sujet. Une tradition Dieri sur l'origine des hommes se termine par ces mots : Enfin, il leur fit des organes sexuels pour assurer leur

(i) J.-G. Frazer. The beginnings of Religion and Totemism annong the Austraîian Ahorigines dans Fortnightly Review, juillet-septembre 1905, p. 456. Cette théorie à laquelle bien auparavant inclinait M. Hartland, Loc, ciU, I, 72, 148, 180-181, a été adoptée par A. Van Gennep, cfr. Mythes et Légendes en Australie, p. LXII et p. XCVIII.

(2) Marcel Mauss. Compte Rendu de Frazer dans Année Sociologique, T. IX, Paris, 1907, in-8*, p. 225-226.

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race (i). La tribu de la rivière Proserpine conte que les parties sexuelles mâles ont été fair^s de racine de Pandanus (2); or, nous savons par ailleurs que la même tribu est persuadée que l'introduction de la racine de Pandanus dans le sein d'une femme la rend enceinte (3). Nous pourrions relever chez les mythograpnes de l'Australie vingt autres témoignages logues.

Comment serait-il possible que les Arufitas ignorent la valeur du coït, alors qu'ils sont en perpétuelles relations avec des tribus qui la connaissent ?

Enfin, les totems non comestibles sont fort nombreux et nul n'oserait essayer d'établir que ceux-ci sont tous postérieurs aux totems comestibles et copiés sur ceux-là.

Quelle que soit l'origine du totémisme, il ne me paraît pas douteux qu'il soit antérieur aux croyances relatives aux naissances surnaturelles, ou tout au moins qu'il en soit indépendant.

Dans l'hypothèse de MM. Hartland, Frazer et Van Gennep, les pratiques dont on atten-

(i) A. Van Gennep. Mythes et Légendes d'Australie, p. 10.

(2) A. Van Gennep. Mythes et Légendes d'Australie, p. II et note 2.

(3) A. Van Gennep. Mythes et Légendes d'Australie, p. LII-LIII.

dait qu'elles fécondassent la femme devraient être surtout des actes de manducation. Il est loin d'en être ainsi. Nombre de rites de fécondation ne consistent qu'en un simple contact (i)

L'explication de ces faits est rendue bien plus facile si l'on admet l'antériorité du totémisme. Il est temps, d'ailleurs, de revenir à l'étude précise des fécondations végétales.

Je ne nierai pas, certes, l'existence des nombreuses pratiques fécondantes de manducation. Chez les anciens Mèdes, Perses et Bactriens, le jus du divin soma était ordonné pour faire cesser la stérilité, avoir de beaux enfants et une sainte descendance. Ainsi serait né Zoroastre (2). D'après Pline, les druides prétendaient que l'eau du gui féconde les animaux qui en boivent (3) ; la tradition veut qu'elle ait rendu les mêmes services aux femmes (4). Le gui devait tenir cette vertu du chêne considéré comme un arbre anthropogénîque. Les femmes hin-

(i) Dans certains cas même on se tient à distance, il suffît d'atteindre le totem ou la statue divine à coups de projectiles. On en trouvera divers exemples dans Hartland. Legend of Perseus, XJB94, I, 176.

(2) Ploss. Dos Weih in der Natur und Voîkerkunde, Leipzig, 1891, I, 431. — The Sacred Books of the East edited by Max MuUer, Oxford, 1879-1874. T. V, p. 187.

(3) Pline, H. N., L. XVI, ch. XLIV.

(4) Académie Celtique, Mem. n* 15, p. 331. Meddyon Myddfai, The Physicians of Myddwai, Llandovery, 1861, p. 269.

doues mangent de petites boulettes de riz pour obtenir des enfants (i).

Mais encore une fois il ne faut point croire que tous les rites de fécondation où les végétaux jouent un rôle, impliquent la manducation. « Les néo-calédoniens qui désirent avoir des enfants, s'adressent au sorcier. Celui-ci leur vend une informe poupée (sans doute quelque racine grossièrement taillée) qu'il leur conseille de mettre à coucher avec eux roulée dans leur natte. Le moyen, dit-on, réussit souvent... Si le vœu est exaucé, la femme attache cette poupée comme un ex-voto dans Tintérieur de sa case ou à Tavant de sa pirogue » (2).

Sentir l'odeur d'une fleur a sufii souvent à une femme pour qu'elle devînt enceinte, la remarque est de M. Hartland. C'est ce qui arriva à la fille d'Abraham, pour avoir respiré une fleur de l'arbre de la Science du Bien et du Mal (3).

L*arbre ou la plante qui avait engendré les hommes d'un clan, contenait évidemment une vertu prolifique incomparable. Et cette conception entraînait presque nécessairement cette

(i) W. A. Clouston, în Burton, III. Suppl. Nights, 576, citant Indians N, and Q.

(2) D' J. Patouillet. Trois ans en Nouvelle Calédonie, Paris, 187a, in- 12, p. 90.

(3) Hartland. The Legend of Perseus, London, 1894, in-ia, I, 125.

autre : Celui ou œlle qui a produit la race, doit être capable de rendre leur vigueur à quelqu'un de ses membres épuisés. Les exemples d'une telle induction sont nombreux.

Certains voyageurs italiens ont observé dans le Guzerate, un usage fort curieux. On conduisait les jeunes mariées à un arbre sacré auquel elles étaient censé offrir les prémices de leur prochaine union (i).

Lorsqu'un couple de jeunes époux va en pèlerinage à la Sainte-Baume pour avoir des enfants, il faut en entrant dans la forêt que le mari et la femme embrassent le premier tronc de gros chêne qu'ils rencontrent, en demandant mentalement à Sainte Magdeleine de leur accorder progéniture (2).

A Aix, au quartier de la Touesse, le jour de la fête champêtre, après chaque contredanse, le danseur conduit sa danseuse à un certain olivier, qu'elle doit heurter trois fois avec son derrière. Les jeunes filles s'assurent ainsi un mari et les jeunes fenmies les joies de la maternité (3).

(i) PiETRO DELLA Valle, Voyage, cité par A. de Gubbr NATis. Mythologie des plantes, I, 41.

(2) BÉRBNGER-FÉRAUD. Superstittons et Survivances, II, 182. On explique les échecs en disant qu'il n'y a qu'un chône qui soit le bon et que sans doute ce n'est pas celui-là que les quémandeurs ont embrassé.

(3) BÉRENGER-FâRAUD. SupcTstitions et SurvivaiiCes, II,

L'arbre qui est l'objet de telles pratiques, le doit parfois à sa forme singulière, tel est le cas du châtaignier de CoUobrières sur les racines duquel allaient glisser les femmes désireuses d'enfants (i).

Les embra/ssements, les heurts, les glissades, ne sont point les seules façons de transfuser la vertu de l'arbre fertilisateur. Lorsqu'il s'agit du bétail, on opère de façon plus énergique.

En beaucoup d'endroits, on le frappe avec une branche de frêne, de sorbier, de sureau, de noisetier ou de bouleau (2).

Les premières idoles qu'ébauchèrent les hommes étaient des sortes de pieux auxquels on ajouta une tête d'homme et fort souvent, à une distance convenable, les organes de la virilité. Un des moyens d'obtenir progéniture, était d'aller sacrifier à ces dieux de bois, demiarbres et demi-hommes. Dans certains cas, on en vint même à mimer l'offre des prémices du mariage. Les Pères de l'Eglise sont fort explicites au sujet des pratiques romaines. <( Parlerai-je de ce Mutinus, dit Lactance, sur l'extrémité duquel les nouvelles mariées viennent

(i) BÉRENGER-FÉRAUD. Suferstitiofis et Survivances, II, 177. Ce châtaignier porte au-dessous d'une maîtresse branche rompue, deux bosses globuleuses qui lui donnent unb apparence phallique.

(2) ScHŒBEL. Le Mythe de la femme et du serpent, Paris,

1876, în-8*, p. 51.

s'asseoîr, afin que le dieu paraisse avoir le premier le sacrifice de leur pudeur » (i) et Arnobe s'adressant aux époux, s'écrie : « Ne condui- }

sez-vous pas avec empressement vos femmes auprès de Tutunus et pour détruire de prétendus ensorcellements, ne les faites-vous pas enjamber l'horrible et immense phallus de cette idole? (2).

Ces notions préliminaire établies, nous pouvons essayer d'expliquer, sinon la genèse complète, au moins les attaches premières des récits de théogamies végétales.

De toute cette catégorie de contes, un premier groupe semble avoir pK>ur type une des incarnations de Bitiou, l'un des héros du fameux conte égyptien intitulé : Les deux frères.

Le Pharaon s'étant épris de la compagne de Bitiou, la fit prier d'accepter d'être sa favorite. Elle accepta, quitta son mari ; mais craignant de voir apparaître le mari trompé, elle demanda à son nouveau Seigneur de faire couper l'acacia sur lequel elle savait que reposait le cœur de son époux.

(i) Lactance. Div, InstiU, I, 20.

(2) Arnobe, IV, p. 131; même chose dans Saint Augustin : In celebratîone nuptiarum, super Priapi scapum, nova nupta sedere jubilatur. — De Civit, Deù, VII, 24, cfr. même livre IV, 11 et VI, 9. — Nous voyons dans la Guyane anglaise un simple tronçon de branche d*arbre jouer le même rôle. Hartland. The Legend of Perseus, London, 1894, I| 128.

L'acacia coupé, le cœur de Bitiou tomba et Bitiou mourut. Mais Anoupou, son frère, averti de sa mort par un intersigne, accourt au val de l'acacia où il découvre la graine qui n'était autre chose que le cœur de son frère, la ramasse et la met dans une tasse d'eau qu'il fait boire au cadavre : Bitiou fut ainsi rendu à la vie.

Lorsqu'ils se furent réjouis et embrassés, Bitiou se change en un taureau, portant toutes les marques d'Apis le taureau sacré. II ordonne alors à Anoupou de le conduire au Pharaon.

Le souverain enchanté de posséder cet animal divin, comble Anoupou de présents et donne ordre de laisser le taureau aller et venir à son gré.

Mais un jour, le taureau sacré ayant pénétré dans le harem de sa Majesté, s'approche de la favorite et lui fait savoir qu'il est Bitiou, son mari. Dans sa frayeur, elle profite d'une visite amoureuse du Pharaon pour lui demander la mort du taureau. Sa Majesté en fut malade de regrets. Mais après avoir ordonné une grande fête d'offrandes en l'honneur du taureau, Elle le fit sacrifier. Tandis que l'animal se débattait dans la mort, deux gouttes de sang de son cou tombées de chaque côté du perron du palais donnèrent naissance à deux grands perséas.

Informé de la naissance de ces arbres miraculeux, le Pharaon voulut les voir; la favorite le suivit, et ils s'assirent chacun sous l'un des perséas. Mais aussitôt, le perséa qui abrite la favorite s'incline, lui révèle qu'il est une nouvelle incarnation de Bitiou, et lui reproche son ingratitude. Plus effrayée encore, elle prie son Seigneur de faire couper les perséas. Il l'écoute et consent. Ccmime cette mauvaise épouse regardait la hache frapper ces plantes surnaturelles, un copeau s'envola, entra dans sa bouche et elle s'aperçut qu'elle concevait.

Elle mit au monde un enfant mâle qui fut considéré comme le fils du Pharaon. Mais quand sa majesté mourut, son fils putatif, Bitiou, car c'était encore lui, hérita du trône, mit en jugement celle qui avait été tour à tour sa femme et sa mère et fit de son grand frère son futur, héritier (i).

Avant tout commentaire, on me permettra de citer un conte analogue tiré de Pausanias.

<( Si on en croit les Galates de Pessinunte, Jupiter eut un songe impur et la terre mouillée de la semence de ce dieu devint féconde et pro-

(i) Ce récit est résumé d'après Maspéro. Les Contes populaires de V Egypte ancienne, 3' éd., Paris, în-8', p 12-19.

duisît un génie de figfure humaine qui avait les deux sexes. On le nomma Agdistis. Les dieux, éjx)uvantés à la vue de ce monstre, lui arrachèrent les organes virils et les jetèrent à terre, il en naquit l'amandier. Cet arbre ayant donné du fruit dans la saison, une nymphe, fille du fleuve Sangar, voulut en manger ; elle cueillit les amandes et les mit dans son sein ; aussitôt les amandes disparurent et la nymphe se sentit grosse; elle accoucha d'un fils que l'on exposa dans le bois et qui fut nourri par une chèvre. Il eut nom Attis » (i).

Dans une autre version de la même légende qui nous a été conservée par Arnobe (2), Ta^ mandier est remplacé par un grenadier, et Nana substituée à la fille de Sangar; mais le thème essentiel demeure le* même.

Une légende du Moyen-Age qui se rattache à la légende de Tristan et Iseult, semble un écho à j>eine modifié de ces diverses traditions. En voici le sujet : Iseult veut voir Tristan que, dans un transp>ort de jalousie, le roi Marc a blessé d'un grand coup de lance. Les deux amants versent des larmes abondantes et de ces larmes naquirent les lis (3). <( Chaque

(i) Pausanias. Voyages, VII, 17.

(2) Arnobb. Adv. Gentes, V, 5-7.

(3) Ce trait même sous cette forme est très répandu en Egypte : « Les larmes tombées des yeux de Shou, le fils et de Tefnet, la fille du Soleil, se changèrent en arbres qui

femme qui en mange, nous dit la légende, se sent aussitôt grosse et la reine Iseult en mangea pour son malheur » (i).

Dans toutes ces traditions, une plante naît du sang ou des larmes d'un homme, et cette plante, en pénétrant dans la bouche ou dans le sein d'une femme, la fait aussitôt concevoir.

Appliquons ici encore l'hypothèse qui consiste à rattacher de telles légendes à des rites anciens.. Les plantes qui figurent dans ces récits peuvent-elles être considérées comme des plantes sacrées dont les fruits ou même quelque autre partie furent censés pouvoir, grâce au rite

produisent de l'encens. Quand le soleil faiblit et qu'il tranç; pire, la salive qui de sa bouche dégoutte sur la terre fait naître autant de papyrus. La sueur de Nephtys donne de même naissance à la plante tas (cinnamome?). Baba-Typhon, au contraire, saigne-t-il du nez, son sang se change en une plante qui devient un cèdre et produit l'essence de Térébinthe. » Ch. Joret. Les plantes dans l'Antiquité et au Moyen-Age, 1897, in-8*, I, 259. D'après Théocrite, le pavot doit son origine aux larmes de Vénus pleurant Adonis.

En Allemagne, on racontait que la mandragore naissait sous les gibets, lorsqu'il arrivait à un pendu de lâcher de l'eau. Grimm. Les Veillées allemandes, Paris, 1838, in-8', I, 159. Dans la légende du prince de Trég^ier, un cerisier naît du sang du prince transformé en cheval et mis à mort sur l'ordre de sa femme. Au reste, ce dernier conte rappelle beaucoup l'histoire de Bîtiou. D'une cerise de ce cerisier que la mauvaise épouse a fait abattre, naît un bel oiseau qui reprend tout à coup la forme humaine. C'est le prince de Tréguier qui enfin rend justice à sa femme par un grand coup d'épée. F. M. Luzel. Contes populaires de la Basse- Bretagne, Paris, 1887, III, 274-276.

(i) C*' DE PuYMAiGRE. Les vîeux auteurs castillans, Paris, 1862, in-8% T. II, p. 355.

de la manducation, mettre un terme à la stérilité?

Des perséas. — Dans le personnage de Bitiou, tous les égyptologues ont reconnu Osiris ; le perséa, d'après Schweinfurth le mimusops Schimperi, était consacré à Osiris. Il y avait un perséa de chaque côté de l'entrée du temple de Deir-el-Bahari, et Naville a encore trouvé des troncs d'arbres desséchés aux points où Wilkinson avait marqué sur son plan des bases d'obélisques » (i).

Nous savons aussi qu' Osiris était primitivement un dieu de la végétation et qu'on lui offrait des semis de blé connus sous le nom de jardins d'Osiris.

Dieu de la fécondité végétale auquel le perséa et le blé étaient spécialement consacrés, il fut tout naturellement conçu comme dieu de la génération et, par suite, devint l'objet de pratiques rituelles propres à obtenir une sorte de partîcip)ation à sa fécondité. L'une des plus primitives fut sans doute celle que nous laisse

(i) Maspâro. Contes de VEgypte ancienne, p. 17, note I. — D'après Plutarque, cet arbre était consacré à Isis et à Osiris et il en donne pour raison singulière que son fruit ressemble à un cœur et sa feuille à la langue. De Iside et Osiride, cap. 68. — Dans une peinture reproduite par Wilkinson, on voit Isis-Hathor versant du milieu des rameaux d'un perséa, à une âme altérée, Teau qui lui rendra sa force et sa vigueur premières. Wilkinson. The manners of Ancient EgypUans, T. III, pi. XXVIII, p. 118.

entrevoir le conte ^fyptien : la manducation du blé ou du perséa.

Ce thème n'est pas sans analogue (i) et nous trouvons en Afrique, chez les Hottentots, une double légende de leur héros Heitsi-Ebib qui semble apparentée au conte égyptien.

« D'après la première version, une jeune fille ayant avalé le jus d'une plante grasse, d'une saveur douceâtre, appelée Hohega, se trouva tout à coup enceinte, sans avoir eu commerce avec aucun homme. Elle donna le jour à un fils qui fut appelé Heitsi-Eibib. Il était d'une force prodigieuse et parvint en peu de temps à l'âge viril.

Suivant d'autres, une vache, pour avoir brouté d'un certain gazon, devint pleine et mis bas un veau, lequel incontinent se transforma en un très grand taureau (Bitiou s'incarna aussi dans un taureau sacré) (2). Un jour, les

(i) Dans une légende galloise, Céridwen poursuit Gwion; l'un et l'autre recourent à des transformations successives; finalement Gwion se change en un grain de blé; Céridwen se change alors en poule et avale le grain de blé, elle est aussitôt fécondée. Mabinogion cité par H. HussoN. La Chaîne traditionnelle, Paris, 1874, in-12, p. 94.

(2) Le rapprochement que j'ai institué dans cette parenthèse présente un grand intérêt, car on admet aujourd'hui que les Hottentots furent au nombre des peuplades qui constituèrent les populations égyptiennes préhistoriques. « Si l'on en croit le D' Fouquet, l'indice céphalique des crânes retrouvés dans les tombes les plus anciennes rapproche la race de Négadah des Hottentots et des Cafres. De plus, les statuettes stéopygiques dénoncent également un groupe

hommes de la tribu âe mirent à la poursuite de cet animal qu'ils voulaient tuer. Lorsqu'ils se furent approchés de lui, ils ne l'aperçurent plus. A sa place se trouvait un homme occupé à faire un bouquet. Ce dernier n'était autre chose que le mraie Heitsi-Eibib, dans lequel tout le monde se plut à reconnaîtiie une métamorphose du taureau merveilleux » (i).

Mais passons à l'histoire d'Agdestis. Cet ancien monstre hermaphrodite, réduit à n'être qu'une femme, n'était certainement qu'une forme de Cybèle; et non moins certainement, ainsi qu'à Cybèle, l'amandier et le grenadier lui étaient consacrés.

h' amandier sl une floraison précoce et comme

d'origine hottentote. » A. Morbt. L'Egypte avant les Pyramides, dans Revue de Paris, 1907, in-8', p. 405. — En nouant une autre fable hottentote à la précédente, on peut reconstituer presque totalement Thistoire de Bitiou. La voici : « Une mère désespérée, dont un lion avait tué la fille, recueillit le cœur de la jeune victime et le plaça dans une calebasse. Elle remplit le vase du premier lait de toutes les vaches qui venaient de vêler : au bout d'un certain temps le cœur se mit à tressaillir et à se développer : il prit la forme d'un enfant et l'enfant grandit et la calebasse s'agrandit dans les mêmes proportions; enfin, la jeune fille fut rendue à sa mère telle qu'elle avait été auparavant. Blbbk^ Hottentot fables, cité par Husson. La Chaîne traditionnelle, Paris, 1874, in-i2, p. 94.

(i) Charencby. Le Folklore dans les Deux Mondes, p. 164, d'après Quatrefagbs. Croyances et Superstitions des Hottentots et des Boschimans, dans Journal des Savants, 1885, p. 728. — Même chose dans Th. Hahn. Tsuni-Goam the Suprême Being of the Khoi-Khoi, Londres, 1881, p. 68.

telj les Hébreux en faisaient le symboles de la vigilance, car il est le premier à annoncer

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