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LE SIEGE

Voici ce qui était arrivé : Quelques instants apres le départ de Litzanofï, il s’était élevé parmi les socialistes réunis à l’imprimerie un vif débat. Quelles resolutions

^imprimerie contenait dans ses sous-sols de nombreux ballots de brochures et d'imprimés. On n avait le temps ni de les détruire ni de les enlever. ,

Korolefi s’empara des programmes quon venait e tirer, prit un pinceau et un pot de colle. ,

— Quoi qu’il arrive, dit-il, je me charge de 1 affichage du programme. Il faut foudroyer nos ennemis par notic

audace.

On hésitait encore, quand soudain on entendit un bruit de cavalerie. C’était une escouade de gendarmes.

Ils allaient forcer les portes, envahir la maison.

L’imprimerie avait deux issues.

__ qL les plus résolus, dit Michel, défendent la porte dWrép.. afin de protéger la sortie des femmes.

Ils étaient cinquante-trois ; les vingt soldats du poste, dix-huit hommes et quinze femmes.

On courut à l’issue de derrière.

Bile était également attaquée. Le jardin était envahi.

— Il n’y a que deux escouades de gendarmerie, fit observer le caporal, nous pouvons nous défendre.

— Mais ils demanderont du renfort à la forteresse, ob-

1 IV! 1 p h pl .

— Bah ! le prince Topoff passe ses nuits dans une maison de jeu clandestine. Il ne se dérangera pas.

— Des armes ! avons-nous des armes? dit Raymond. Je suis d’avis qu’il faut se défendre.

Wanda de tous côtés voyait un grand péril. Si l’on se rendait, les soldats déserteurs seraient fusillés ; les évadés, envoyés en Sibérie. Enfin, sa mère et Michel pourraient être reconnus, et retomberaient au pouvoir du prince Kryloff. Cependant, se défendre, c’était courir le risque d’être fusillés tous.

— Il faut lutter ! il faut se battre ! répétait la vaillante Katia. La police n’a pas le droit d’empêcher nos réunions. Nous ne devons pas céder à cette agression injuste. C’est là un principe que nous devons défendre au péril de notre vie.

Mentikoff, en face de sa ruine, se montrait non moins résolu.

— >• Soutenons le siège, disait-il. Il y a ici des papiers que nous n’avons pas le temps d’anéantir, et qui compromettraient le parti tout entier.

Il avait quelques armes, qu’il distribua.

Chaque, socialiste d’ailleurs, homme ou femme, avait sur lui un revolver ; plusieurs, des poignards.

Cependant il restait encore chez quelques-uns un peu d’hésitation.

Tout à coup, on vit au dehors s’élever une grande clarté.

— Ils veulent nous brûler vifs ! s’écria Alexandra. Il faut, coûte que coûte, nous frayer un passage.

Elle entrouvrit une fenêtre pour regarder au dehors.

Au même instant, une balle vintla frapper à l’épaule. Wanda s’élança vers elle.

— Ce n’est rien, fit Alexandra, la balle s est amortie

contre mon vêtement ouaté. .

Wanda alors rejeta toute hésitation, et prit un fusil.

— Défendons-nous, dit-elle, puisqu’ils nous attaquent avec cette furie.

Les balles, en effet, pleuvaient de tous côtes. Les vitres volaient en éclats.

Raymond voulait éloigner Wanda. ^

— Nous sommes assez forts. De grâce! suppliait-il,

mettez-vous à l’abri des balles.

— Je ne suis pas une femmelette, monsieur le Français. Je tiens à vous le prouver; et je me flatte de tirer aussi bien que vous.

Katia, imperturbable, chargeait les fusils.

Nadège, assise dans un coin, semblait complètement étrangère à ce qui se passait autour d elle. Sa pensee suivait Stepane. . .......

— Quel malheur que Koroleff ne soit pas ici ! disait

Raymond.

— Et Yérénine ! ajoutait Wanda.

Elle n’osait penser à Litzanoff.

Les gendarmes comptaient déjà plusieurs morts, un certain nombre de blesses j et la maison assiégée résistait toujours.

Le capitaine envoya prévenir Heyking, et fit demander un renfort à la forteresse, qui était peu éloignée du lieu du combat.

Le major descendit aussitôt avec une vingtaine d’hommes.

A la manière dont la défense était dirigée, il soupçonna que l’imprimerie devait être défendue par les soldats déserteurs.

L’acHon alors devint plus sérieuse. Les combattants, ivres de poudre, s’acharnaient.

Le major, voyant tomber ses hommes, essaya de parlementer.

— Rendez-vous ! cria-t-il aux assiégés, nous vous laisserons la vie sauve.

Mais une balle, qui perça son shako, coupa court à ses dispositions pacifiques.

— Assassins, bandits ! vous serez tous fusillés, hurla-til en fureur.

Et il ordonna Fassaut.

Alors gendarmes et soldats se ruèrent contre cette maison construite en briques, et dont les portes et les fenêtres n’offraient qu’une faible résistance.

La porte principale fut enfoncée; mais, derrière cette porte, s’élevait une imposante barricade de meubles, de presses, de rames de papier.

Ne pouvant franchir cet entassement, les soldats appliquèrent des échelles contre les murailles ; et malgré le feu très habilement dirigé des assiégés, ils montèrent à Fassaut des fenêtres.

En ce moment, le bruit de l’assassinat de Heyking se répandit parmi la troupe.

Le commandant de la forteresse et le capitaine de gendarmerie devinrent féroces.

Le siège ne fut pas long. Aminuit, le combat était terminé.

Litzanoff, Koroleff et Vérénine avaient assisté de loin au combat, haletants d’angoisse, désespérés de leur impuissance.

Hommes et femmes furent enchaînés.

Wanda avait été prise, les armes àlamain-

Le major fut frappé de sa beauté.

— Votre nom? demanda-t-il.

— Véra Pérowsky, répondit-elle.

/ Alexandra se nomma :

- ! — Sophia Nazareth

Katia et Nadège également déguisèrent leurs noms.

Vérénine et Litzanoff, dissimulés dans la foule, les virent passer.

Ils eurent un instant la pensée de forcer les rangs des soldats et de les enlever.

__ G'est une folie, dit Koroleff. Nous ne les sauverions pas. Nous nous ferions arrêter, voilà tout. Croyez-moi, nous leur serons plus utiles dehors que dedans.

Ils s'éloignèrent alors tristement, et allèrent demander l’hospitalité chez un pope, dont le fils et les filles étaient gagnés aux idées révolutionnaires.

Le lendemain, en apprenant les événements de la soirée, les pieux habitants de la sainte ville de kieff furent

frappés de stupeur et d’épouvante.

Quelle était donc l'audace de ces socialistes? Quoi! dans une seule soirée, cinq prisonniers évades; un poste tout entier déserté; le grand maître de la police assassine en plein Kriestchatik; la pieuse imprimerie de Mentikott transformée en repaire de bandits; un combat, un siégé en règle, au centre du faubourg aristocratique de Lipky ; enfin, dans tous les coins de la ville, sur tous les édifices publics, le programme socialiste audacieusement athche.

En même temps, on apprenait qu'une émeute avait éclaté à Karkow, une autre à Pultawa ; que de vastes incendies dévoraient des bourgs entiers dans le gouvernement de Saratow ; et enfin, une autre dépêché du sud de l’Ukraine apportait la nouvelle que tous les villages des domaines du prince Kryloff étaient en insurrection ouverte contre les gens du fisc et les gendarmes.

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