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lettres. N'est-il |>as permis de condamner le duel imbécile qui termina brusquement une (elle destinée ?
... Gloire, amour, bonheur, joie, espérance, La balle a toul tué,
soupirail un de ses amis. Évidemment, Dovalle avait une âme remplie de chants el qui sait ce
qu'il i"i 1 1 advenu de lui s'il avail vécu? Son œuvre,
recueillie et publiée après 6a mort, esl 1res peu considérable. Peut-être n'eût-elle pas trouvé grâce si Victor Hugo n'avait daigné répandre une larme
en souvenir du poète et n'avait écrit à smi sujet
une touchante préface.
<( Tout dans ce livre d'un poète, si fatalement prédestiné, dit-il, tout (>*t grâce, tendresse, fraîcheur, douceur harmonieuse, suave et molle rêverie... <m est saisi d'une si profonde pitié au
milieu de ces odes, de ces ballades orphelines, de
ces chansons toutes saignantes encore.,. Un vers à gracieuse allure, trop peu métrique, trop peu rythmique, il est vrai, mais toujours plein d'une harmonie plutôi naturelle que musicale : la joie, la volupté, l'amour, la femme surtout, la femme divinisée, la femme faite muse, et puis partout
des Qeurs, des fêles, le printemps, le malin, la jeunesse, voilà ce qu'on trouve dan- ce portefeuille d'élégies déchirées par une halle de pistolet. » Victor Hugo définissait à merveille la poésie
Il', LES V I ES C LO
q fan Une de I loi aile, toute remplie d'aveux ingénus, d'éclairs de gaieté, de désespoirs d'un jour, de dégoûts el de i Incompris, de jolis"
riens, «mi un mot. Ses irers, !«• plus souvent, n<sont qu'une chanson de chérubin & la comtes*
Une U mme '. une femn
clame-t-il à toul propos, dans ses madrigaux où le tour ingénu, ardeni el prétentieux de la grande jeunesse se reconnaît bien vite-. Son Inexpérience de la l'orme ne l'arrête pas : il compose des ballades, des poèmes, des fabliaux, des élégies : il chaule au soleil du matin, tout enivré de jeunesse et de lumière, sans s'écouter lui-même.
Les vers gracieux et flottants sur le Sylphe comptent parmi se- meilleurs el donnent une idée juste de sa tournure d'esprit :
L'aile ternie et de rosée humide, Sylphe inconnu parmi les fleurs couché, Sous une feuille, invisible et timide.
J'aime à rester caché.
Le vent du soir me berce dans les r< ~ Mais, quand la nuit abandonne les cieux, Au jour ardent mes paupières sont closes.
Le jour blesse mes yeux.
Oh! respectez mes yeux et ma faiblesse, Vous qui savez le secret de mon cœur!
Oh ! laissez-moi pour unique richesse De l'eau dans une fleur.
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L'air frais du soir, au bois une humble couche, I ne arbçe ver! pour me garder du jour. . Le sylphe après ae voudra qu'une bouche Pour y mourir d'amour.
Peut-être Dovalle ne chante-t-il pas toujours avec tics accents très justes, et le convenu, la tendresse factice, la déclamation gâtenl souvenl ses compositions; mais il i'aul songer que l'on «Mail alors en pleine fièvre romantique. Les sentiments d'amour étaient les seuls admis; toute une génération de tendres venait d'éclore, el les écrivains s'appliquaient à mettre d'autant plus de vivacité dans rexpression nouvelle de leur pensée et de Leurs sentiments qu'ils réagissaient inconsciemment contrôla sécheresse froide du siècle précédent. Dovalle l'ul emporté dans le nmu\ ement, petii sylphe grêle, dont le vol trop léger n'aurait pu résister au souffle puissant qui venait de s'élever; il se posail étourdiment sur tout ce qui fleurait bon dans la nature; son aile diaprée ne savait qu'embrasser le> fleurs ou poursuivre les blancs flocons des ti 1s de la Vierge. Pourquoi eut-il L'imprudence de blesser quelqu'un au passage, lui, le pauvre éphémère né pour aimer uniquement?
Ephémères aussi, et d'une aurore à peine, Victor Escousse (1813-1832] el Auguste Lebras 1816- 1832), disparus plus jeunes encore que Do val le, victimes de leur temps, victimes surtout de leur orgueil, Ils n'avaient pas la nature ingénue et virginale de leur frère d'infortune, Dovalle était né pour aimer el pour clin ni ci' Lieu h;iut qu'il aimait. Escousse et Lebras, poussés par un dangereux amour-propre, se croyaient assez forts pour se jeter, malgré leur grande jeunesse, dans la mêlée littéraire. Leur force s'épuisa l>ien vite.
Lscousse, d'origine modeste, était employé de bureau quand éclatèrent les journées de 1830. Il parut sur Jes barricades et se battit. Il rêvait de triomphes littéraires, et les plus bruyant-, eux qui grisent davantage, les succès tapageurs du théâtre étaient les seuls qu'il ambitionnât.
En 1831, il fit jouer à la Porte-Saint-Martin un grand drame en vers, dans le goût de l'époque.
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débordant de romantisme, Vattuck le Mauve. 11 avait alors l'esprit hanté des souvenirs de Shakespeare ei de llu^o : celle œuvre première remporta presque un succès retentissant, et ce fut un malheur. I ii triomphe théâtral à dix-huit ans! Quel écueil pour la modestie! Quel danger pour l'équilibre stable des qualités de travail, de recueille-
meni intellectuel, nécessaires à l'écrivain. Déranger, qui connaissait l(4 jeune auteur, lui écrivit tout de suite en lui donnant les plus sages conseils.
m x\h î cà, j'espère, disait-il, que vous n'allez pas vous croire un grand homme, au moins. »
Mais le poison du succès facile et presque immérité devait jeter le trouble dans les facultés d'Es- COUSSe. Il rêva de succès nouveaux. Le 28 décembre 1831, on représentait, au Théâtre-Français, une œuvre nouvelle : Pierre ///, accueillie avec une froideur hostile. L'auteur, surpris, niais non découragé, crut ressaisir la faveur du public avec son drame de Raymond, écrit en collaboration avec Lebras. La chute fut retentissante (23 janvier 1832).
L'ainour-propre dépité des deux jeunes écrivains les poussa aux plus sottes, aux plus fatales extrémités. Ils songèrent au suicide.
Lebras, né à Lorient,avait manifesté dès l'enfance
un goûl très Vif pour la poésie. A douze ans. il publiait un poème sous ce titre : les Trais Règnes.
Il subit, lui aussi, l'illusion dont furent a luises beaucoup d'esprits en 1830. Il écrivit alors les
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Stances sur le troi journées dupeuple. In recueil «le poésies les Armoricaines , atteste encore l'incroyable facilité de ce barde enfant. Malheureusement, il connut Escousse i i cette relation lui lui fatale.
Après la chute du drame de Raymond ^ lesdeux écrivains résolurent de mourir. IU se réunirent un soir et allumèrent un réchaud. Le lendemain matin, le père d'Escousse en pénétranl chez son fils trouvait 1»'- deux amis étendus côU te,
immobiles désormais dans la mort. Il- avaient adressé leurs adieux au monde sous la forme suivante :
Adieu, trop inféconde terre, Fléaux humains, soleil gla Comme un fantôme solitaire , Inaperçu, j'aurai passé.
Adieu les palmes immortelles.
Vrai songe d'une Ame de feu :
L'air manquant, j'ai fermé les ailes.
Adieu!
Ils tombaient tous les deux, frappés du mal d'orgueil, oubliant que. si leurs ailes étaient trop faibles pour les porter d'un vol jusqu'aux sommets, elles pouvaient au moins les élever de la foule etleur permettre d'atteindre par degrés les hauteurs entrevues. Ils tombaient pour avoir trop hâtivement réussi et s'être attribués des mérites excessifs.
Escousse, vaniteux à l'excès, prit une attitude
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jusque dans La mort. Il écrivit une lettre aux journaux : on eût dit quelque billet prétentieux dénouaul le cinquième acte d'un mélodrame. Auguste Lebras lui plus sincère à cette heure» imposante : avant de pénétrer cette éternité qui va commencer
pour lui, il songe à tous les siens; il écrit à sa famille, dont il pressent la douleur. Bien qu'il n'ose plus reculer «levant la décision prise, sa Foi de Breton le ressaisit : il songe sans doute aux vieilles basiliques de granit du pays natal, aux joyeux pardons où il se rendait quand il était enfant; aussi demande-t-il <|u'on prie pour lui.
Le suicide d'Escousse cl Lebras impressionna les cénacles littéraires du temps. Les chefs d'école ne se dirent pas qu'ils avaient prêché aux jeunes l'extravagance et qu'ils leur avaient appris à bâtir leurs rêves hors du réel et du possible. Ils leur avaient enseigné le dédain pour les sentiments naturels et simples. Ils avaient ainsi faussé pour eux la vraie conception de la vie et leur avaient enlevé toute force pour les devoirs et les combats journaliers de l'existence.
Escousse et Lebras furent emportés par ce mal littéraire qui sévit si violemment à une certaine époque du sièelc.
Ils n'iMi mouraient pas tous : niais tous étaient frappés.
Bé ranger, qui consacra l'une de ses complaintes
les plus émues. Ir Suicidé, a chanter cette infor-
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tune, ;i\;iit bien deviné les motifs < j > i i poussaient l scousse .1 la morl ."Il l'esl tué par la cou \ tion qu'il était au boul <lr son talent. C'esl le dési poir de son impuissance qui l 's fail se suicider.. * Son malheur lui celui qui menace plui ou moins beaucoup d'hommes de son âge. Dana l'espèce de senv chaude ou nous vivons, la raison d'Escousse avait acquis une trop prompte maturité. Quand cette précocité u'esl pas le rare effèl d'une orç aisation particulière, •'ll<> produit un besoin de perfection, qui, ne sachanl ;i qui s'en prendre, désenchante la vie à -on plus bel âge1. »
Moreau ne s'écriait-il pas lui aussi, dans une de ses plus amères satires que
Les jeunes talents cahotés par le sort, Trébuchant à la fin de secousse en secousse Contre la fosse ouverte où disparut Ëscousse, N'Ont plus en s'abordanl qu'un salut à s'offrir, Le salut monacal : Mon frère, il faut mourir.
Escousse et Lebras moururent d'orgueil et d'impuissance : les sentiments exaltés du romantisme avaient brisé leur énergie et leur volonté: aussi malgré leur infortune ne semblent-ils pas dignes d'une bien vive sympathie : ils ont droit seulement à cette pitié qu'il faut accorder à toute humaine créature si elle a souffert ; mais on ne peut oublier qu'ils ont déserté l'existence et qu'ils