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Trébutien*, furent «-n tous cas lea réparateurs d'une de cea injustices le jour où ils proclamèrenl leur admiration pour l'œuvre pieusement recueillie de Maurice de Guérin.

I. C'est à Trébutien qu i cbul en dernier lieu l'honneur de publier

les <iMi\ rea '!•■ Guérin.

Georges '-Maurice de Guérin naquit le 5août 1810, au Cayla, vieille demeure familiale, ou les siens, gentilshommes éprouvés, d'antique el vraie noblesse 2, avaienl vécu depuis plusieurs siècles. La première enfance de Maurice se passa dans ce manoir perdu au fond du Languedoc. Le milieu, qui lui le sien, très simple, très religieux, ennemi de toutes compromissions <>ù le luxe et le confort

I. De son vivant, Maurice de Guérin était plus connu sous le prénom de Georges.

'-). Voici les notes sur la famille et sur les premières années de Maurice de Guérin, écrites par Eugénie de Guérin.

« Les de Guérin remontaient aux Croisades, et un de leurs ancêtres, évêque de Sculis. aurait présidé à L'ordonnance de la bataille de Uouvines. Ils avaient donne des grands maîtres à L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, des cardinaux a L'Eglise, et un troubadour à la littérature du Midi. »

Barbey d'Aurevilly dans la préface de- Reliquiœ expose que « Sons Louis le Jeune tbuissait à la Cour d'Adélaïde de Toulouse un troubadour du nom de Guarini, Seigneur d'Apcbier. Il précédait a Longue distance ce Maurice et cette Eugénie qui onl été si mélodieusement le dernier soupir de leur race ■. Voir les Femmes de lettre*, par J. Guy, p. M8.)

de la rie étaient ignoré», Influa sur non esprit oatiirellemenl méditatif et sérieux. Ses parent», peu fortunés, vivaient auprès de métayers donl ils étaient aimés e1 qui respectaient chez leurs maîtres la noblesse d'origine e! la grande dignité de vie. Les parties de chasse, les stations â IV— h quelques visites échangées avec les vieilles familles du voisinage recluses aussi dans les gentilhommières <lu Languedoc, étaient les seules distractions des ( îuérin '.

Maurice, l'enfant dernier né, fut aussi I»- plus chéri des quatre frères e! sœurs, toujours intimement unis par le cœur. L'aîné, Ere mbert, familièrement Bran, passa toute sa vie au Cayla: bon vivant bon marcheur, bon chasseur, il échappa comme sa sœur Mario, à ce besoin, à cette soif de jouissances intellectuelles ou morale- dont Eugénie et Maurice furent sans cesse tourmentés.

Eugénie, la sœur préférée de Maurice, plus connue, plus virile que son frère, fut un ai d'effacement, de résignation et de piété : elle mérita d'un critique anglais ce surnom qui la résume : VAntigone delà France. Sun Journal^ un des cinq ou six ouvrages les plus vendus de ce siècle, l'un des meilleurs aussi, l'un de ceux qui

i. Lamartine a donné une description minutieuse du manoir du Cayla et de la vie qui s'y menait {Cours familier de Lifté. rature,ffë% 80e. et91c entretiens;. Lamartine professe dans cespa. une admiration sans bornes pour Eugénie de Guérin, mais il a des sévérités injustes à l'égard de Maurice.

auront le mieux parlé aux âmes, ei ses lettres, montrent bien ce qu'il y avaii en elle d'élévation morale, de puissance, de délicatesse, d'affection. Elle passa |>r<'-<[ue toute sa vie à s'occuper el à se préoccuper de son frère : étanl très jeune encore, elle avaii reçu celle mission à L'heure d'un inoubliable chagrin : sa mère1, une femme chrétienne e1 courageuse, Lui avait confié, en mourant, Maurice, alors âgé de six ans. Eugénie de Guérin s'efforça de suite à rendre au plus petil dos orphelins une part de la tendresse si loi disparue. Pas d'événements dans son existence unie: quelques rares déplacements, deux ou trois voyages dans les montagnes, dans la Nièvre ou à Paris, vinrenl seuls rompre ses jours de solitude. Rien ue l'intéressaii hormis son père, sa sœur, ses frères, les pauvres, et son âme surtout. Pas d'autres incidents journaliers que ceux-ci : « Le berger m'a annoncé ce matin l'arrivée dv> bergeronnettes»; une lecture sérieuse; une après-midi passée surla terrasse du Cayla aux côtes d'une pauvre vieille fredonnant de lamentables complaintes; la disparition de quelques parentes éloignées; la morl de la tourterelle Manche... En un mot, son existence était intérieure avant tout, remplie seulement de résignation, de piété et d'amitié; parfois elle

1 . Mm° de Guérin, Gertrude de Fontenille, appartenait à l'une des plus anciennes familles du Languedoc, renommée parla piété de ses membres.

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laissail échapper un cri de détresse contre monde qui « laisse mourir de faim les pins belles intelligences », mais la piété la plus humble reprenait vite son empire dans cette Imeapaisée.

Tout enfant, Maurice était déjà rêveur, enclin aux tristesses sans cause, porté aux longues contemplations^ l'âge habitue] des turbulences el des jeux bruyants, il pensail a regarder el à écouter la nature ; il affectionnait, paraît-il, un bel amandier à l'ombre duquel il aimait a se blottir; il passait aussi de longs moments sur la terrasse de Cayla, inquiet del'étendueet du calme des horizons : il allait, à la suite du pasteur d'Ândillac suivre les scènes de mort dans les chaumières ; il exaltait sa sensibilité de toutes façons, et l'on devin»' qu'élevé de la sorte, dans un intérieur particulièrement austère et triste, il se trouva dépaysé dans l'agitation des collèges. Quand il eut onze ans, son père crut que le moment était venu de diriger cette intelligence ardente. Maurice fut mis au Petit Séminaire de Toulouse où ses maîtres le remarquèrent vite. A l'âge de treize ans, il fut envoyé au collège Stanislas; il se lia avec le Directeur, le P. Buquet, qui recevait, croyons-nous, les confidences intimes de cette âme ombrageuse. Il resta cinq ans sans retourner au Cayla. Quand il y revint, l'enfant déjà rêveur de jadis, était devenu un adolescent, ou plutôt un jeune homme, plus rêveur encore et plus mélancolique.

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Il ne croyait pa> La rêverie dangereuse, parce qu'il la trouvail charmante. -Mais il ne réagissait plus contre ces rêves «jui rendaient tristes les heures de ses plus jeunes années : le jour où il comprendrai que les contemplations d'esprit endolori et de cœur souffranl remplissent bien mal la vie, 11 serait trop tard : To latef comme disait la devise de son ami Barbey d'Aurevilly. La rêverie engourdit, endort les meilleures énergies et pour s'èl re donné sans réserve à celle amie maudite, Maurice vil se détendre peu à peu tous les ressorts de sa volonté. Il ne sut pas s'interdire les ivresses de l'imagination et son âme en fut affaiblie : il dénatura par de vaines recherches le bonheur d'ici-bas qu'il faut craindre d'analyser sous peine d'en apercevoir tout le néant.

De goûts mystiques, plein d'une foi 1res vive, mais peu raisonnée, il s'imaginait vaguement avoir entendu l'appel divin : autour de lui on croyait à sa vocation et on supposait qu'il abandonnerait le Cayla pour le séminaire.

En réalité, il ignorait tout de lui-même, et celle ignorance lui était un mal. Sa sensibilité très affinée cherchait à se satisfaire dans l'admiration onstante de la nature. Sa jeunesse l'effrayait : le •onilii de ses pensées le fatiguait et paralysait ouïes se- ressources. Bien que très jeune il n'en essentail pas moins d'immense» lassitudes <jui léjà lui montaient au cœur. 11 cherchai! l'apaise-

iiiciii cl ue le trouvai! jamais. Ce a'étaienl en lui que chocs, soubresauts et révoltes. Où tout cela le conduirait-il? Il sentait, cependant, que la f< : des âmes consiste dans leur calme, dans Pénei qu'elles mettent à se refouler elles-mêmes. Il sentait que les âmes faibles sonl stériles, ei que le bonheur fait de sérénité, uV possession de soimême, lui échappait définitivement. Il vivait, effrayé de son désœuvrement et «lu sentiment profond de vide dont il était envahi. Il avait des velléités de découragement en songeant à l'avenir.

Pendant quelques temps. Maurice vécut au milieu des siens, attristant son entourage par la gravité douloureuse de son esprit et par son manque de gaieté.

Dans cette solitude un sentiment germa toutefois au fond de son cœur. Ce sentiment qui n'alla jamais jusqu'à l'amour véritable, avait nom Louise, et Louise de Bayne, l'intime amie, la voisine d'Eugénie de Guérin, était séduisante avec « son air de jeunesse et sa gaieté, son œil de feu fait pour tenter Raphaël». Maurice a fait part de sa première désillusion dans ces vers exquis datés de la Roche d'Onelle, en 1832 :

Les siècles ont creusé dans la roche vieillie

Des creux où vont dormir des gouttes d'eau de pluie ;

Et l'oiseau voyageur qui s'y pose le soir

Plonge son bec avide en ce pur réservoir.

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[ci je viens pleurer sur la roche d'Onelle

De mon premier amour l'illusion cruelle :

Ici mon cœur souffrant en pleura déni s'épancher...

Mrs pleurs vont s'amasser dans le creux du rocher...

Si vous passez ici, colombes passagères,

Gardez-vous de ces eaux; les larmes sont amères.

Un aveu de ce genre est peu dans les habitudes de Maurice de Guérin sur de telles confidences; il garde le silence et l'amour, ce mot qui revient sans cesse quand on a vingl ans, ce mot qui l'ait les buis ou les lâches est à peine indiqué dans ses écrits. Il n'était certes pas insensible a la beauté el parfois il parle « de ces moindres petits mois si jolis sur certaines lèvres, des froissements de robe qui font tressaillir, de cet enchantement, de cette poésie, de cette atmosphère enivrante qui se respire partout où des jeunes filles respirent le même air que nous1». Il avait une façon bien particulière decomprendre l'amour. « Il me faut, à moi, un amour de compassion. Je n'ai rien qui puisse m'en susciter un comme on en voit tant dans le monde, un amour d'égal à égal, un amour dames pareilles, d'àmes qui vont Tune vers l'autre parce qu'elles se sont vues réciproquement grandes et belles, comme deux étoiles qui s'étani aperçues des deux bouts du ciel iraient se joindre à travers l'espace. Pour être aimé tel que je suis,

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