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Journal, 20 avril

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déceptions. Dans les interrogations posées, il ae trouvait aucune réponse possible ou probable. Moralement, il n'était qu'un Isolé; il ne s'appuyait sur personne, et il en souffrait d'autant plus que par oature il avait les bras et le cœur Largement ouverts.

La même année, au retour d'un uouveau séjour l'ait au Gayla, il écrit de Paris qu'il est décidé à partir pour la Chênaie ; il y rencontrera Lamennais, Gerbet, Eliede Kertanguy, tout ce groupe d'intimes vivant en communauté au cœur de la Bretagne. Il avait encore quelque pensée vague de vocation, mais il notait pas l'ait pour le sacerdoce. Il craignait le monde et voulait le fuir : il se blessait au spectacle des banalités et des compromissions de la vie. Il nourrissait au fond de lui-même un»' terreur secrète d'avancer sur un chemin qu'il savait parfois bordé de fange ; il avait pour ainsi dire des frissons d'hermine. 11 semblait participer à la nature de ces lys dont la seule raison d'exister est de vivre sans tache. Mais il n'avait pas la volonté sereine qui permet de bien vivre quand on renonce au monde. L'œil intérieur qui nous a été donné pour veiller sur nous-mêmes ne se fermait pour ainsi dire jamais chez lui; cet œil réfléchi, scrutateur, était devenu le témoin perpétuel de sa vie intime. Il s'occupait ainsi exclusivement de lui, non [tas (Mi égoïste conscient, mais son être moral l'absorbait tant qu'il n'aurait pas eu les réserves

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de dévouement el de volonté nécessaires & ceux qui renoncenl a toute joie pour eux-mêmes. Il n'avait L'âme ni assez rassise, ni assez forte, pour la mi^ion du prêtre. Son cœur endolori était trop las pour raffermir et consoler Les autr<

Il arriva à la Chênaie en décembre 1832; un de srs camarades de Stanislas, Eugène Bore, lui facilitait l'accès de ce cénacle choisi, où Lamennais avail su grouper quelques hommes qui presque tous ont laissé un nom ou une œuvre.

Elie «le Kertanguy, François du Breil deMarzan, Gerbet, devenu pins lard évêque de Perpignan, ce! homme de tant de douceur, Menuet, Edmond de Cazalès, Frédéric de la Provostaye, H. de la Morvonnais furent tour à tour les compagnons de Guérin dans cette petite communauté presque à la veille de se dissoudre déjà. On y avait vu, comme membres ou comme visiteurs, i\i>* hommes tels que Salinis, plus tard évêque d'Amiens, Rohrbacher, deCoux, Montalembert, Combalol. Bore, -Iules Morel, .Joseph d'Ortigne, Saint-Beuvc et Lacorcaire.

Le 1S décembre, le nouveau venu dînait à la Chênaie, accueilli avec bienveillance par le maître et admis à l'intimité du cercle.

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Ce soir là, ce tjui me rendait distrait, écrivait un de ses amis, c'était l'attitude réservée et conspecte «I un étranger de vingt-deui ans, au visage pâle, aui cheveux non-, mais déjà rares au-dessus «lu front, & l'œil méridionnal et vivant où brillait la lumière de l'idée, alliée cependant a celle expression particulière de tristesse douce qui trahit, avec la souffrance intérieure, la poésie qui naturellement l'accompagne et la console. Il se tenait un peu à l'écart, tendant bien plutôt à s'effacer qu'à se faire remarquer, n ce n'est par son silence. Eh Lien! tous les visages anciens et amis que je retrouvais dans cette réouverture du salon de la Chênaie m'occupèrent moins que la vue de cet inconnu, regardant, écoutant, observant «I ne disant rien *. »

Ce jeune étranger si modeste «Hait destiné cependant à devenir le peintre le plus vrai de cet intérieur de la Chênaie.

Guérin choisit de suite M. du Breil de Marzan pour confident. Cette amitié, éclose à la suite d'un entretien, l'ut un de ses chers souvenirs, et ilgoûta avec délice cette joie profonde que Ton éprouve au début de toute amitié, quand les deux âmes qui veulent s'aimer se rencontrent et se voient pour la première fois. Il confia à son ami les

1. Impressions et souvenirs de M. F. du Breil de Marzan à M. G. -S. Trébutien sur le séjour de Maurice de Guérin en Bretagne.

détresses de son être : il lui raconta qu'il éprouvait déjà le besoin d'arrêter le cours du temps et de savoir ce que devenait son rire moral au flot

do jours.

La Chênaie, « une oasis au milieu des steppes de la Bretagne1 », était une retraite presque sauvage. Le domaine de Lamennais se composait dune grande habitation blanche, entourée d'un parc ; au fond de ce paie, s'élevait une toute petite chapelle à laquelle on se rendait au printemps à travers deux rangées de fleurs; à quelques pas du château, un étang que les descriptions de Guérin ont rendu laineux : tout alentour, des bois, des bois géants de tilleuls, de chênes, de hêtres dont Maurice lit sa promenade favorite.

dette Thébaïde était située loin des villes. Chacun y travaillait en suivant sa pente naturelle ; niais le hul de tous les efforts était commun : la science de Dieu et la science catholique. On menait une vraie vie de communauté : lever très matinal, messe, méditation, travail, prières, promenades, récréations, repas en commun; le soir, chacun se réunissait au salon, el une conversation générale s'engageait alors. Lamennais, paraît-il, ('tonnait et charmait Bon auditoire par ses drôleries, parses saillies, ses naïvetés d'enfant parfois, ses aperçus

i. Lire la lettre de Maurice de Guérin a M. de la lï i \ ne. 28 décembre 1832. Voir également le livre de If. Spolier sur

Lamennais.

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de génie souvent. L'abbé Gerbe! alimentait causeries par <l«'s interruptions imprévues et charmantes; oo échangeai! des nies en commun. Maurice parlai! peu, il écoutai! beaucoup; on Le traitai! avec une sorte de compassion, on le soupçonnai! d'avoir éprouvé des souffrances précoces e! un renom de mystère L'entourait.

Les distractions de ce milieu recueilli étaient pares : parfois une invitation aui environs, parfois une lointaine excursion ou bien quelques visites reçues ; celles qu'avaient annoncées Sainte- Beuve et Montalembert étaient très attendu)

Guérin raconte qu'il éprouva d'abord une grande douceur en arrivant à la Cbênaie; il lui sembla que les secrètes fatigues de son cœur avaient disparu au filtre des bonnes impressions dont il fui envahi, et il se crut meilleur pour avoir vécu dans des lieux si calmes; il crut avoir trouvé quelque nouveau Paraclet.

« Le silence et l'étude, dit-il, vinrent se placer l'un à ma droite, l'autre à ma gauche, comme deux anges gardiens l. »

11 étudia l'histoire avec prédilection ; il s'adonna spécialement aux langues modernes et à la philosophie religieuse; ses lectures, au courant desquelles il nous tient, étaient variées2. Il occupait ses heures de loisir à lire les poètes, il apprenait

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