‹ Les vies closesChapitre 28 sur 64 · Journal, 20 janvier 183 i · texte numérisé non relu

Journal, 20 janvier 183 i

M \i RICE DE GUÉR1N I i i

tienne avaii puissammenl développé son talent ei conservé à son esprit une fraîcheur H une jeuhesse naïves que l'air d<> Paris lui enlèverait peu à peu.

Duranl ces longs mois passés à la campagne, dans le silence de la nature ei des bois, il avait acquis pour son imagination une sérénité délicieuse. Se- meilleures distractions pendant tonl ce temps avaienl été de contempler les aurores radieuses du printemps ou plus indécises de l'automne, soit les couchants splendides de l'été, ou les chevauchées des nuages dans les crépuscules d'il i ver. Pour lui, le prestige du ciel avec ses teintes veloutées ou brillantes, le murmure du venl dans les cimes, la pluie qui jetait des larmes dans le cœur des Heurs, le soleil avec toutes ><■> surprises de couleurs, le clianl des oiseaux, étaient de chères attractions. Il décomposait les harmonies de la nature, se demandant d'où naît ce timbre extraordinaire duchanl de la nier ou reconstituai à travers «les nervures délicates et le réseau de fibres des feuilles dont les insectes ont dévoré le parenchyme», les mille fantaisies ei chimères de l'ail gothique. Etendu sous I»*- bois de hêtres qui avoisinaienl la Chênaie, ilallail.au rerctour du printemps, aspirer l'air tiède que renvoyaient les brises marines ou écouli'r lesrumeurs immenses qui s'engouffraient dans les arbres et lui apportaient un écho de la mer. 11 se grisail a

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ces premières brises printanièrei si puissantesque jusqu'au plus profond du mystère des eaui < • 1 i • * s. font reverdir Les tiges el refleurir Les corolles, contemplation se traduisait parfois en pensées admirables.

(( Il n'y a plus de fleurs aux arbres. Leur mission d'amour accomplie, elles sonl mortes comme une tnère qui périt en donnant La vie. Les fruits ont noué : ils aspirent L'énergie vitale t\ reproductrice qui doit mettre sur pied de nouveaux individus. Une génération innombrable est actuellement suspendue aux branches de tous Les arbres; aux fibres des plus humbles graminées, comme des enfants au sein maternel. Tous ces germes, incalculables dans leur nombre et leur diversité, sont là suspendus entre le ciel et la terre dan- leur berceau et livrés au vent qui a la charge de bercer ces créatures. Les forêts futures se balancent imperceptibles aux forêts vivantes. La nature est toute entière aux soins de son immense maternité1. »

Son âme unie, mariée à la nature, devenait pour ainsi dire le «jouet de tout ce qui souffle sur la terre ». L'antiquité eut fait de lui si doux, si candide encore un jeune prêtre de la nature : on sent qu'il avait, pour la contempler et la décrire, toutes les émotions solennelles, tout le recueillement, tout l'amour mystique des nouveaux officiants.

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