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On eut dit qu'il ressentait encore ces étonnementa naïfs et presque craintifs donl le premier bomme «lui ôtre frappé à l'aspect des choses.
Mais cei artiste charmanl allait ôtre bien désarmé maintenant que la vie pratique, impérieuse dans ses exigences mesquines, Bujetteà des luttes quotidiennes, commençait pour lui. Il savait qu'en ce monde chaque homme est laboureur et doit tracer son sillon; mais il n'avait pas la lord4 sérénité d'Ozanam; celui-ci ne se croyait pas dispensé d'agir parce que ses bras n'étaient pas assez forts
pour remuer la terre el ue pouvaient diriger la charrue; il se fil au moins semeur de belles idées et de bonnes paroles. Le l»ou grain jeté ainsi ne se disperse pas toujours au vent du monde et germe parfois en œuvres fécondes.
Maurice de (iuérin semblait prendre part à la vie commune, mais il vivait surtout d'une existence intérieure, solitaire, qui l'intéressait hien davantage et dont il ne permettait à personne de se mêler. Il était un « emmuré » suivant l'énergique expression de L'abbé Roux. La solitude morale pesait sur lui. Malgré des fringales de conception, il ne produisait rien, el paraissait vont' à l'immobilité éternelle des divinités hindoues. Il n'avait pas compris que toutes les solitudes ne sont pas bénies. L'une chère à tous ceux qui travaillent de la pensée et dont le poète fait sa meilleure amie est bonne conseillère : c'est l'amie
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mélancolique el grave que chacun vienl retrou aux heures solennelles el douieureuses de la mais L'autre ésl dangereuse, ei Plauberl la connaisaii bien, quand il parle de ces amères solitudes de l'adolescence», qui rendent les cœurs malades, avec leurs vertiges, Leurs nausées el leurs bouffi d'amour. Maurice dut à sa foi, qu'il conserva < ardente pendant, Longtemps, de ne pas avoir sombré pendant ces heure- maudites.
Mais toute son énergie disparaissait ainsi à la dérive des événements. Il ne voyait pas sa place marquée en ce monde : il s'interrogeait pour trouver quelle pouvait être sa voie. La route jusqu 'à présent parcourue ne comptait que des haltes, el il ignorait à quelle étape aboutir.
Indécis, flottant, incapable de sortir de son indécision, il vivait au jour le jour, sans comprendre qu'il perdait tout son temps. 11 s'appliquait avec raison ces vers de Charles d'Orléans, dont il avait fait l'épigramme d'une de ses poésies :
Aveugle suis, ne sais où aller doye
De mon bâton afin que ne fourvoyé
Je vais tâtant mon chemin, eà et là,
C'est grand pitié qu'il convient que je soye
L'homme égaré qui ne sait où il va.
Sa jeunesse se troublait à l'obligation d'être inutile et sans but et ses rêves d'avenir s'évanouissant peu à peu, sa faiblesse se décuplait encore.
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Depuis >i\ mille ans l'homme souffre, mais depuis l;m! de siècles, L'âme reste aussi surprise el angoissée qu'au premier jour à la vue des douleurs, aussi prête à se révolterel à se désespérer. Bile ne -.' soumet qu'au milieu des larmes. L'homme n'a pasencore voulu apprendre sa Leçon qui se résume en un mot, la souffrance.
Guérin, cependant, reconnaissait la beauté el La nécessité de La souffrance : « Les âmes faibles n'onl pas d'ailes pours'élever au ciel et le Seigneur qui veut, cependant, qu'elles y viennenl leur envoie du secours ; il les place sur un bûcher d'épines cl l'ail descendre le feu delà douleur; l<i bois consumé, il s'élance vers le ciel comme une vapeur blanche, semblable à ces colombes qui prenaient leur vol parmi les llammes mourantes du bûcher des martyrs. (Test L'âme qui a consommé son sacrifice, el que le feu «les tribulations a pendue assez Légère pour qu'elle puisse s'élever au ciel comme une fumée. Le l>ois est lourd el immobile; mettez-y le feu, une partie de Lui-même s'élèvera
jusqu'aux nuées. Je suis de ces âmes. Seigneur, je ne dois donc pas verser de larmes pour éteindre mon bûcher l. »
Lu sentiment profond d'impuissance brisail Maurice de Guérin. Le mal de la vie, mal indéfinissable, qui étouffe, qui enlise, L'avait terrassé,