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I. Journal, 1 décembre

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cl comme le gladiateur mourant regardai! &a blei sure d'où lu vie s'échappait, goutte II goutte, lui aussi regardai! 8a pauvre âme blessée dont, chaque jour, l;i forer el l'énergie B'en allaient.

En constatant l'impossibilité du bonheur, il éprouvait cette amertume d'&me, cette Bourde angoisse qui fail dire Lorsqu'un désir est comblé : Gomment? n'est-ce qui' cela? Cependant, malg nos déceptions, malgré nos joies manquées ou envolées, nous restons sous l'empire d'une soif inextinguible de bonheur.

Une fois installé à Paris, il cuira vite en relations avec plusieurs de ses anciens amis de la Chênaie, en particulier avec Quemper dont le dévouement lui futd'un grand secours. Il demanda vite à l'amitié de lui prêter main-forte « contre je ue sais quelle ombre qui rôdail autour de lui et qui ressemblait au désespoir » .

N'ayanl pas obtenu au collège de Juilly la chaire de professeur qu'il ambitionnait, il chercha ailleurs. Il pensa, un moment, entrer dans les bureaux du ministère de L'Instruction publique, mais il ne persista pas dans cette idée. Grâce aux appuis des uns cl des autres, il se lil recevoir dans un journal, la France catholique; il cherchait à uliliser son goût et sa capacité littéraires en écrivant des articles; son ami Cazalès lui procura La situation de rédacteur dans une feuille de Nancy, le Courrier lorrain; il collahorail aussi à la Revue européenne,

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N'ayanl aucun passé, rien n<- pouvait l'entraver pour écrire librement. En politique, tout en affectionnanl les Bourbons, il avait «I»'- croyances indépendantes de cette affection. Il croyail que les formes sociales devaienl changer el que les révolutions à venir devaient ôtre opérées par les peuples cl pour les peuples.

Il étaitalors fort affairé; il assistait aux séances du Comité des revues; il allait au collège Stanislas écouter les improvisation- retentissantes de Lacordaire ; à date fixe, il dînait dans une réunion d'amis qui comprenait entre autres Joanne, Champagny, Gouraud, Carné. Il y aurait une curieuse étude à faire de ce cénacle composé d'hommes tous jeunes, ardents, intelligents, tous épris du beau. comprenant la vie avec noblesse. Leurs noms sont aujourd'hui presque ignorés; il en est cependant qui mériteraient d'être connus. Il serait juste, par exemple, qu'une nature aussi délicate, et aussi noble que celle d'un Trébutien, l'un des plus chers amis de Guérin, fût mise en lumière et largement étudiée. Il y aurait beaucoup à apprendre et à gagner à la fréquentation de tels hommes qui avaient fait de la culture de leur esprit et de leur cœur, leur unique préoccupation.

Maurice de Guérin allait dans le monde ; il dansait môme, suivait quelques soirées musicales. Pendant quelque temps il semble échapper au découragement ; il était encore très timide et sa

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gêne provenait de ce qu'il devinai! les jugements et les sévérités du monde. Go qu'il y a de factice el de tumultueux dans la viede Paris ne le saisi! pas dès le début. Il demeurai! alors, rue d'Anjou, dans mit' maison entourée d'un jardin, où M continuait do s'entretenir avec la nature. Mais dans ces tôte-à-tète qu'il aimait, le senti men! de son t< Indigence intérieure » le reprenail souvent. « Il me semblai! entendre bruire au-dessus de ma tête, bien haut, bien loin, ce monde de pensée et de poésie vers lequel je m'élance si souvenl sans pouvoir l'atteindre jamais. Je songeais à ceux de mon âge qui ont assez d'aile pour \ arriver, mais sans jalousie et comme nous regardons d'ici-bas les élus et leur félicité1. »

Malgré quelques retours à ses désespoirs, Guéri ii semblait moins troublé qu'il ne l'avait jamais élé; le métier de journaliste littéraire lui plaisait, ses amis lui étaient aussi d'une ressource efficace; il se réunissait à eux souvent et commençait avec eux l'une de ces longues et douces causeries (jui se continuaient après dîner dans des promenades (( SOUS les marronniers des Tuileries » aux parfums des orangers el i\<'* Qeurs <\r> parterres, aux lueurs du couchant. Ces causeries, dit-il, vont et viennent de Paris au Val, d'un ami à un autre ami, du présent à l'avenir, de la mélancolie à la

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