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Journal, 1 mai

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foi, de la philosophie & la poésie, des molles tristesses aui résolutions fermes e1 viriles, de l'une à L'autre des choses de La \ ie. Vouloir vous peindre ces entretiens ce serait essayer de rendre avec le style Les couleurs du crépuscule, La vague nonchalance des brise», ou chose encore plus difficile, ce qui sonne de plus doux et de plus nuancé dans le cœur ».

Toute sa vie, Guérin fut très sensible au charme de l'amitié: il savait qu'elle n'a rien d'emporté ; il en aimait la vertu consolante; elle fut toujours pour lui comme un repos délicieux1. Il parle avec émotion de cette rencontre prédestinée des âmes « qui célèbrent cet hymen mystérieux de L'amitié que Dieu bénit de sa main invisible ». Dès le collège Stanislas, plus tard à la Chênaie, ensuite à Paris, ses meilleures joies furent celles queluiprocurèrent ses amis. N'est-ce pas à l'affection de ceux-ci qu'il doit aujourd'hui d'être connu? N'est-ce pas à la tendresse agissante de Barbey d'Aurevilly, au zèle dévoué d'un Trébutien que nous devons de posséder les fragments des écrits de Maurice de Guérin? Son âme, fermée et grise en apparence, s'ouvrait vite aux moindres preuves de sympathie et de sensibilité, comme ces fleurs

1. Eugénie de Guérin a dit de son frère : L'amitié a été le plus doux et le plus fort de ses sentiments, celui qu'il a senti le plus à fond, dont il aimait le plus à parler, et qu'il a pris, je puis dire, avec lui dans la tombe.

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du désert qu'une Larme de rosée bu f fit à faire épa- Qouir.

Au commencement do l'été L834, Maurice séjourna Longtemps à La campagne chez an doses amis, M. Vacher, en Eure-et-Loir, mais il «lui à la lin d'août revenir à Paris ; il avait obtenu de faire une classé <lr vacances au collège Stanislas ; il se mil à la besogne sans enthousiasme. 11 projetait alors de préparer Bon agrégation, mais il n'aimait guère Le professorat; il redoutait L'impitoyable malignité de L'enfance, et puis partout, il chérissait les horizons vastes, la possibilité des coups d'œils indéfinis et profonds. «J'effaroucherai toute cette jeunesse, barbu, ri<lé et rechigné. La plupart me donnent trente ans, quelques-uns trentecinq ; un enfant m'en a donné quarante. Dieu ! si j'étais femme! La noirceur de ma barbe, ma peau tannée et quelques rides <jui se creusent en sont la cause. Le lemps laboure, le soleil h aie, L'âme soutire. Que voulez-vous que devienne un pauvre visage d'homme ainsi en proie?»

Les occupations de Guérin étaient multiples; Bes répétitions et ses Leçons à Stanislas l'absorbaient sans lui plaire, en Lelassanl beaucoup; il ne rentrait qu'assez tard chez lui au quartier Poissonnière où ildemeurail depuis peu . Il allait souvent

dans Le monde; il y avait pris gOÛtei était devenu

fashionnable. Il était d'ailleurs élégant, distingué,

de manières courtoises et, sans briller aux dépens

d 'autrui, il réussissail pour lui-môme s h une véritable séduction de causeur. Il avail pu s'apercevoir de certains succès flatteurs, en septembre 1835, quand il alla passer quelques jours dans La Nièvre au château de Saint-Martin, chez M"" de S;iinte-M... Il l'fli-nuvail chez cette grande (laine et chez sa fille M""' de M.... dans les conversations échangées, ce plaisir nuancé de tendn cl de respect, qu'adolescent, il avait éprouvé auprès des personnes qui eureni ses premières affections. Pendant Irois ans, de L835 à 1838, Guérir toui en travaillant, vécut d'une façon très parisienne: il écrivait bien an Cayla que sa vie ressemblai! à celle qui se mène dans un coin de province, mais Eugénie s'alarmait, cependant, et redoutaitavee des appréhensions quasi maternelles, ce qu'elle appelait « le cercle de feu des passions».

Maurice goûta le monde, mais il ne fut jamais envahi tout entier par son mouvement. Il le laisse entendre. « Ma pensée sur les bords est prise par les soins et les soucis de la vie active; mais au large rien n'y touche, nul n'y puise, rien ne s'en va de ses Ilots que par l'évaporation continuelle de son onde aspirée par une puissance inconnue. »

Jusqu'à vingt-cinq ans, il avait eu unejeunesse exceptionnellement grave ; il s'était violemment séparé du groupe des indifférents et des tièdes ; il semblait, un instant avoir participé à la nature de ce Stylite dont parle la vie des saints, qui avait

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fait sa demeure du chapiteau d'une colonne, etqui de là contemplait tout, refusanl de - loucher la ferre »•. Quand il se mêla aux foules, il s'aperçut que l'air était moins pur <|ne sur les hauteurs d'où il descendait. Il cessa d'être L'ascète mystique, le néophyte plein de foi qui ravissait ses auditeurs, Lorsque de sa belle voix vibrante il chantait des strophes du Veni Sancte Spiritus dans la petite chapelle de la Chênaie.

Au contact de Paris, Maurice perdit non pas la foi, aucune de ses pages ne permettrait de l'aire peser sur lui Le reproche d incrédulité, mais il perdit ses habitudes de piété, il devint indifférent, il fut atteint par les idées du temps ; au fond, il se sentait, dit-il, « l'ami de Dieu » ; et « si le doute lui posa quelques-unes de ces questions qu'il adresse parfois aux hommes les mieux affermis dans Leur croyance », il a su répondre en homme sûr de ses convictions.

Eugénie de Guérin soutirait de ce changement dans le caractère et les habitudes de son frère; elle s'effrayait du passé en songeant à Lamennais, inquiète à l'idée que Maurice pût partager ou professer les opinions du prêtre apostat. Elle ne pouvait s'abstenir de formuler ses regrets et ceux de son père à ce sujet ; elle redoutait rintluence de M. Feli. En réalité, l'influence de Lamennais avait été presque nulle sur Guérin; Sainte-Breuve l<i constate Lui-même. Mais Maurice, énervé de tant

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de craintes qu'il jugeai! Indiscrètes e1 peu fonde! répondait vivement à sa sœur Marie eu se < inl

d'ailleurs toul à fait de son ancien maître: Autre accusation encore : je persiste dana des systèmes de politique, de religion. Une fois pour toutes, el je vous en prie, ajoutez foi I mes paroles, je n'ai aucune espèce de système en rien ni pour rien*

Je né pense jamais à ces clmses-là, elles me sont

totalement étrangères el me le seronl toujours* Croyez-moi enfin sevré de M. de Lamennais.

« On n'est pas éternellement a la mamelle ; je suis aussi libre de lui que possible* Je ne suis, grâce à Dieu, de l'école de qui que ce soit. .1 ai n m' mieux n'être rien que disciple, car, en fait d'idées, c'est le cas de le dire : Ne soyons rien pour rester quelque chose * .»

C'est alors qu'il composa son magnifique poème du Centaure, cette œuvre sans précédent, qui lit l'admiration de G. Sand et de Sainte-Breuve et qui dénotait chez son auteur le sens de l'antiquité et une rare puissance d'expression poétique.

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