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Voir lettre à Mllc de Guérin, 30 octobre

Pour suivre l'existence de Maurice de Guérin pendant l<is dernières années de sa vie, on ne saurait mieux s'adresser qu'à Barbey d'Aurevilly1.

I. Dans un ouvrage de sa jeunesse, Imatdée, Barbey d'Aurevilly a cherché à définir la nature poétique et rêveuse « I « * son ami Maurice de Guérin. Le souille romantique qui anime ces pages jette un peu de vie et de mouvemenl sur la physionomie fuyante

de Guérin. Dans son Mémorandum. :\ décembre 1814, Harbey d'Aurevilly parle ainsi d'Amaïdée : « Amaidée, une espèce de poème en prose pour l'usage personne] de Guérin. Dans ce poème, il y avait trois personnages : le porte Somtgod c'était Guérin , le philosophe Altaï, c'étail moi, e1 la convertie inconvertie* que j'appelais Amaïdée el qui e^c aussi êtail un être réel. Le profil fuyant de Guérin dans sa nuée céruléenne, ce Farouche Endymion qui chassait l'infini à la suite de la nature dans le fond des bois comme au bord des mers, Guérin, le quelque Dieu, car il en avait un en lui. était dessine ave.' assez de crànerie dans cet amphigouri de morale stoïcienne el d'orgueil. Littérairement la chose ne valait rien, cela est sûr. mais pour non-;, a des années de là, quand nous cherchons à ramasser tous les rayons de cette grande physionomie disparue qui a lais-.- dans la mémoire les nulle points d'or et les mille orbes de pourpre que le soleil, regardé longtemps, nous laisse tournant dans le fond des yeux, pour nous, les peintres du souvenir qui reconstituons notre Guérin, la chose a-t-elle une valeur de circonstances particulières ? Je le crois?»

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L histoire « I < * I amitié qui réuni! le grand écrivain, hautain <•! passionné, a Maurice de Guérin, celte iiiiic flexible et Bans force, sérail L'histoire d'une des plus belles, des plus touchantes el des plus durables amitiés de ce siècle. Le premier avait pour l'autre la tendresse aveugle, le dévouement protecteur <it caressanl d'un frère atné pour un frère beaucoup plu- jeune.

Les Memoranda nous initienl à cette intimité de chaque jour. Presque quotidiennement les deux amis dînaient ensemble chez Copenet, se promenaient sur les boulevards, allaient au concert, dans le monde, dans les musées, ou se réunissaient l'un chez l'autre pour causer; il- parlaient de leurs lectures, de Leurs impressions d'art ou de poésie, ils discutaient entre eux des questions littéraires ou se mettaient sans rien dire au balcon et contemplaient ensemble la beauté du temps et du ciel. Guérin était le visiteur « quotidien et bienvenu », et tous les deux disaient ensemble : «Quoi, des riens, mais avec les esprits qui nous plaisent les riens ne sont plus rien 1 ».

Ces deux amis avaient besoin l'un de l'autre : leurs tristesses se fondaient ensemble : quand ils étaient absents, leurs pensées se rejoignaient encore. Les lettres de Guérin à Barbey d'Aurevilly

1. Voir memoranda de Barbey d'Aurevilly, 1er mémorandum commencé le 12 août 1836, 14, 17, 19 août 18, 19. 21. 25, -

27 septembre 1836.

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prouvenl combien était grande l'union de ces deux esprits. Maurice livre à son ami tous les secrets de ses misères inconnues ; il entre avec lui dans les détails les plus familiers sur son pays, sur les siens, sur sa sœur Eugénie1, on devine qu'il éprouve un repos véritable à déposer -m- des «'pailles plus Portes que les siennes le lourd fardeau d'ennuis sons lequel il pliait. Mais, par un contraste bizarre on en demeure frappé dans ces lelli'esi, chez cel èhv souffrant, d'apparence si frôle, guetté par la mort, la sensation la pins chère, la plus cherchée, la pins sentie était celle de la vie. D'ailleurs, pins d'un mourant l'a connue, celle sensation d'une si poignante mélancolie !

Les Memoranda racontent avec détail l'histoire du mariage de Guérin, l'œuvre de Barbey d'Aurevilly. II avait compris que l'âme charmante et rare de son ami était vraiment trop faible pour chemi-

l. Mémorandum de is:ai. -il septembre.

Guérin m'a lu le journal de sa sœur, « cette Pythonisse de lu a. solitude, si cette fille s'était ouvert L'intelligence par Le monde « comme elle L'a fait par les choses, que ne sérail elle pas, « tandis quVlle n'est qu'un Neuve, dévoré par La terre a L'endroit « même ou il jaillit. »

Ou encore, 1 avril 1838. Guérin m'a conduil dans sa chambre où il m'a lu divers feuillets du journal de sa sœur. Quelle diction charmante et pleine de traits tellement rêveurs qu'ils semblent profonds. Quelle distinction d'esprit ! quelle aoble fille ! l'.t que cet esprit est bien femme '. et que cette .'une est bien sœur ! et que cette tendre relation de Guérin et d'elle est bien ce qu'elle doit être: La femme «lisant à L'homme : Tu sais, mais lime!» i J'aime, apprends-moi. »

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ner seule1, el il chercha le compagnon «!•• route qu'il fallait •• Bon rêveur; après d assez longs pourparlers, il fiança Maurice à M Caroline de Gervin, originaire de Calcutta, une enfanl ravissante èl distinguée. Si nous croyons les descriptions qui non- soni faites de la céleste Indienne de cette Eve charmante venue d'Orieni pour un paradis de quelques jours cette jolie Bile du Gange étail d'une beauté peu commune. Maurice se contente de dire <ju<i L'ensemble étail exquis. Barbey d'Aurevilly, tenu à moins de réserve, nous apprend qu'elle était « mignonne, blanche, grande, mince, le buste long el I<i- mains longues . avec d'épaisses boucles blondes ;< l'anglaise tombant sur les joues comme deux bouquets renvers (( Elle parle assez, n'est pas timide et a un accent dont rien des accents d'Europe ne peut donner idée'2. » Ce mariage était heureux pour Guérin à tous égards : il trouvait, ainsi un foyer, ce dont il avait besoin ; il trouvait en outre, dans celte union qui comblait son cœur, les ressources qui lui permettraient «de travailler non pour vivre, mais pour penser ou retentir ».

Sa santé commençait à se délabrer de jour en jour. Il (Uait parfois soucieux, pensif; il sentait

1. «Je crois qu'il a l » e - . » i 1 1 de foyer à lui. Il aura le temps de travailler non pour vivre, mais [tour penser ou pour retentir. Du reste, qui n"a pas besoin d'un foyer? Byron n'en médisait tant que parce qu'on avait détruit le sien. »

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