Un poète inconnu, par CARO
I LES > lEfl CLOfi
de lui seulement deui morceau littéraires qui révèlenl le grand écrivain. Artiste raffiné el délicat, il s'était épris de l'art grec; il étudiai! en compagnie <lr Trébutien <■! de quelques amis les chefs-d'œuvre de la Btatuaire antique : il lisait Pausanias, et c'est à la Buite de ses visites dans nos musées qu'il composa deui splendides fragmei
Le Centaure d l;i BdCl It'inte,
II en méditait un autre, X Hermaphrodite qu'il n'eut pas le temps d'écrire. Le Centaure est un morceau plein de souffle et de poésie : le demidieu raconte sa vie, son enfance au fond cavernes, sa jeunesse folle et fougueuse quand il courait dans les espaces, s'arrêtant subitement pour mieux sentir le tumulte et le ûot de vie qui L'agitait, ou « se livrant à l'abandon des tteu dans l'eau desquels il se glissait . ému par le charme des rivages ou cherchant le soir à surprendre au cœur des nuits aveugles ou dans les lueurs indécises des couchants quelques secrets de la nature ».
A une époque de sa vie, au temps de la Chênaie, Maurice ressemblait à ce jeune Centaure dont il reprenait l'histoire. Il était alors enfermé comnnlui au fond d'un séjour dont il ignorait l'issue, mais constamment aussi, il se sentait agité « par des troubles soudains, par des fraîcheurs étranges que les vents de l'inconnu lui jetaient parfois du côté de l'ouverture ».
M \URTCE DE GUÉRIN 179
« Le calme et les ombres présidaienl alors au charme secret du senti menl de sa vie » ; mais quand il quitta la I Shênaie, tel que le jeun.' Centaure, venant à la lumière du jour, « il chancela et ne salua pas cette lumière, il éprouva que son être s'ébranlail et perdait beaucoup de lui-môme.
Est-ce à de secrètes analogies, est-ce à nue entente spéciale de Tari grec qu'il dut d'être si magnifiquement inspiré?Quoi qu'il en soit, il écrivit dans la circonstance nue œuvre malheureusement trop courte, mais qui le classait grand écrivain. Ce oesonl plus ici les délicieuses hésitations des feuillets «lu cahier vcrl : nous avons une prose supérieure, marmoréenne, martelée par une main d'artiste puissanl et sur.
La Bacchante qui peu! être classée comme un morceau <lc prose supérieur, n'a pas, cependant, cette vigueur admirable (lu Centaure, Trop de mythologie encombre le récit cl parfois le procédé se devine dans la composition.
Maurice de Guérin avait le culte désintéressé des lettres. Son existence s'écoula sans secousses apparentes mais dans de perpétuelles agitations d'âme, ci -'il ne remua pas beaucoup d'idées, il remua beaucoup de sentiments.
11 se distingua toujours par -<>n horreur native, ou mieux par son ignorance, par son inconscience totale du vulgaire. Il a eu le torl de méconnaître les devoirs de la vie et de reculer devanl