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Certaines Ames méritent le nom d'âmes de souffrance, lani elles sont douées pour la douleur, et faut il semble que pour elles (oui se transforme en amertune. La tombe où chacun ensevelil ses illusions mortes n'est pour ces prédestinés jamais assez vaste ni jamais assez ouverte. C'est chaque jour, c'est à chaque heure qu'il leur faut arracher «lu cœur, soit un désir, soit un amour, soil une espérance que le poison «le la vie aura l'ail mourir; et le glas de tout ce qu'ils ont perdu tinte en eux-mêmes, sans cesse, avec des unies d'une infinie tristesse.
Pour ceux-là, le bonheur lui-même devient un tourment, puisqu'il n'esi que l'attente inquiète de l'épreuve à venir. Ils souffrenl pour eux et pour la communauté humaine don! ils épousent les angoisses ; ils souffrent dans le passé, dans le
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présent, dans l'avenir, Ils souffrent d'instinct et leurs ;i mes semblent penchi >us le poids
connu de douleurs invisibles, comme certaines plantes, souvent les plus jolies, voient leur i s'incliner sous le souffle d'une brisé que personne sentie.
Il- ont en toute chose placé leur idéal Bi haut, que tout leur devient déception, <•! ils s'aperçoit «'ni peu ;i peu que la cime immaculée el i plendissante, sur laquelle ils entrevoient cet idéal est inaccessible pour eux, et il- souffrent une intolérable souffrance de voir La disproportion de leurs facultés ei de leurs aspirations.
Ils comprennent l'inanité tje '""" les rêves de l'homme et ils voient se flétrir et tomber peu à pou. ainsi que des feuilles au vent d'automne toute la frondaison des espérances que I de
la jeunesse l'ait germer (,t fleurir dans leur cœur. L'indifférence ou le désespoir menacent de devenir les hôtes habituels de leur pensée. Lés plus mauvais d'entre ceux-là deviennent des sceptiqu 9 des envieux : les meilleurs sonl des résignés; m les nus el les autre- se refusent au labeur de la vie et méritent déjà cette épithète de tant d'amertume et (Je tant de compassion que les anciens donnaient parfois à ceux qui ne sont plus :•. v.y.j.z^-i: les fatigues.
De tous ces individus d'une aussi étrange prédestination beaucoup ne sont que des coupables :
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quelques autres deviennenl des ôtreé supérieurs: ils sonl coupables vraiment s'ils n'en sont arrivés à cette sensibilité maladive que par faiblesse, lâcheté, dégoûl de la lui le leur faute «'-I moins grave si cel étal de leur âme n'est qu'un ressouvenir des ascendances passées, si malgré leur apparence de vie, ils ae sont en réalité que des revenants, au sens <>ù l'entendait un puissant écrivain dans celte phrase poignante :
« Les revenants, ce ><»nt les vieux morts d'autrefois dont les runes en peine reviennent aimer et souffrir dans la poitrine des vivants d'aujourd'hui. >
Ils sont d'essence supérieure au contraire, si après avoir bien compris la beauté divine de la douleur el toul en étant très pénétrés de celle pensée que l'homme vaut surtout par la souffrance el sa puissance de souffrir, ils ont dominé l'épreuve,
l'ont pour ainsi dire matée et en oui l'ail une force
de plus dans leur vie.
Les physiologistes nous disent que les yeux de tous les êtres appelés à la lumière spnl recouverts d'une couche de larmes, el que ces larmes bienfaisantes, protègent et fortifient la vue; ne semblentils pas ainsi nous dire que la douleur ici-bas doit également, -en une certaine mesure, nous protéger el nous fortifier !
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Lorsque Wilhelm Meifter la salle <lu passé, a» i
alie, allait pour pleurer mit le tombeau de son oncle, dont on lui avait mandé la mort, la statue du défunt surmontant le sarcopl tenait unrouleau à la main. Il y lut
iens-toi de > h n-, »
Marie Baschkirtseff écrivait en un jour de détresse
dans son journal: Tout, la souffrance, la douleur physique, L'angoisse morale, tout, plutôt qu'une
vie morte », et elle entendait par laces exister d'indifférence el d'insensibilité qui s'écoulent sans que l'âme, le cœur ou l'intelligence aient parlé. Gomme ils sont nombreux en ce monde ceux qui mènent dos vies mortes!
Les uns, victimes d'un égoïsme insondable, ont fait de leur personnalité le centre de leur univers. La tragique réponse de Médée est leur devise. < ^euxlà sont incapables de vivre puisqu'ils ne promènent en réalité dans la foule qu'un squelette lui main dont l'âme est absente.
Le cercle infiniment restreini de leurs petits intérêts, de leurs petits calculs, de leurs chétifs désirs, de leurs mesquines ambitions, voilà l<>ul ce qui les attire dans ce| univers immense où lanl d'âmes inquiètes poursuivent avec acharnement leurs visions d'infini et leurs rêves d'idéal.
Quelques autres, nés subalternes, nés avec des âmes serves, fussent-ils empereurs, ne comprennent et n'aiment que le joug. Ils naissent, marqués d'avance pour faire partie <lu grand troupeau qui passe el marche dans un mouvement incessant et mécanique, niais jamais dans la tète de ce bétail humain, n'aura jailli l'éclair d'une pensée ou le feu d'un désir personnel. Ce sont des êtres d'indolence et de paresse qui, par mégarde, ont pris le masque de l'homme, mais au fronl desquels n'aura jamais brillé le reflet divin, signe de noblesse de la créature humaine.
D'autres boudent leur époque : ils se font les champions d'un passé déjà mort et refusent de prendre pari à la lutte et au travail commun.
Certes, les âmes fidèles sont nobles el méritent tous les respects : certes, ceux <pii veillent el gardenl les morts font une œuvre pie. Il faut toujours saluer les disparus. 11 en est même que Ton a pleures amèrement el dont on n'a pu croire <|u'ils avaient emporté avec eux dans l'enveloppe du cercueil tout ce que l'on possédaitde force aimante et vive. Mais ceux à qui le bienfait de la vie a été
( onser\ é don enl se dire que le chemin n es! ; ;ichr\ .•. qu'il fa n I i«'ii<l pe a u bu i el reprendre le bâton du voyageur pour achever la route comm< cée. \\> doi \ eni jeter leu r barque â la mer el lutter (•nuire le flot. Pour gagner le grand <-;ilm<' <ln large, il faul éviter ioxiti les écueila du bord el l(ni> les courants voisins des ptages. On manquerai! à sa tâche e! a son dévoir si l'on se bornai! .1 contemplerde la ri\'\ avec un dilettantisme Indifférent, les efforts des rameui
Tous ceux qui ont vécu sans amour, sans dévouement, sans Sacrifice volontairement accepté e! quelquefois volontairement recherché, tous ceux qui n'mil pas poursuivi un idéal quelconque, i«l<:;il de charité, de paix sociale, dé justice, idéal d ou de beauté, Ions ceux-là n'oni pas connu le prix de l'existence: ils ont accepté lès joies, comme un spectacle momentané de douceur qui Qattail leur égoïsme : ils ont subi les épreuves, comme l'animal sous le joug subit les coups, mais ils n'ont rien donné d'eux-mêmes: ils sont désignés pour aller rejoindre le groupe incohérent de ceux qui peuplent la nécropole immense où vonf se perdre et s'abîmer les « vies mortes ».
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LA BOETIE1
IN LIBÉRAL Al XVI SIÈCLE
C'est une vie exquise celle qui se maintienl en ordre jusques en son privé. •
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I >a us la galerie des grandes physionomies du passé, la figure <le La Boëtie occupe nue place toul e particulière : une sérénité si grave, une telle maturité rayonnenl sur ce visage en pleine jeunesse que, malgré L'éloignemenl «les siècles, malgré In brièveté d'une existence trop tôt brisée par la mort, malgré le sentiment de réserve, de discrétion absolue qui distingua la vie fugitive du jeune écrivain, le souvenir de la pensée demeurent obstinément lixés sur lui. Après l'avoir approché, il semble que Ton seule peser longuement sur soi son regard droit el profond el le désir survient d'interroger ce disparu qui écrivil si peu el qui
1. D'une manière générale, toutes les citations de La Boëtie que
l'on pourra lire au cours de cette étude «ait été empruntées a l'édition de M. Paul Bonnefon, Œuvres complètes d'Est tenue de La Boëtie publiées avec notice biographique, variante, notes -'t index, [Kir Paul Bonnefon, bibliothécaire a l'Arsenal Paris lï