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moi i . Ce senti menl lui esl habituel el l'attriste plua il une fois, pendant ses courses dana les mu séea d'Europe : il connaissait h fond le Pinacothèque de Munich, le Belvédère <l«- Vienne les richesses de Londres; il rédigea d'innombrables notices Bur les principaux représentants des grandes écoles. Il résume, explique, détaille les tableaux connus de lui ; il en fail voir les béai el les critique en philosophe ei <-n sai an! .
Durer, Holbein, Rembrandi, Ruysdaël, avec sa mélancolie silencieuse el son arl d'exprimer la solitude profonde dans la nature, Rubens, avec son incroyable vigueur de mouvement. Van Dyck réalisant La perfection «le la simplicité, sont, pour lui, les maîtres préférés des renie- allemande et flamande ; il entonne des hymnes véritables à la gloire de Michel-Ange el de Raphaël, il compare ses modèles les plus chers dans deux genres di rents, Raphaël et Mozart, le jeune homme de Salzbourg et le jeune homme d'Urbin. 11 regard»' toutes choses en artiste. C'est ainsi qu'en parcourant l'Angleterre il cherchai! dans les paysages un peu pâles d'Outre-Manche, oùTiïrner avait pu trouver ses effets de lumière, et ne voyait dans le peintre anglais qu'un imitateur secondaire de Claude Lorrain, le maître incontesté du paysage. Ceux qui aiment ces côtés insaisissables de la nature ei si difficiles à exprimer, ceux qui aiment les irradiations des beaux ciels ou l'embrasement lumineux des
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soirs tout imprégnés de mélancolie, l'harmonie des lignes ou des teintes pourront demeurer de Longs moments devanl les tableaux de Claude : il Bemble qu'il ail eu Le don de reproduire les couches impalpables de l'air; il a des effets de perspectives connus de lui seul : les buées étranges qui enveloppenl Les horizons s'échappent pour ainsi dire de son pinceau ; il exprime admirablement les nuances changeantes de la nature, el en particulier les nuances de La mer, ces couleurs qui ne sont ni bleues, ni vertes, que notre langue ne sail pas décrire et que la poésie grecque excellait à rendre.
L'art antique avec ses proportions harmonieuses el sa majesté si grave impressionnait aussi Tonnelle : il n'y a qu'à lire sa description du théâtre d'Arles, son jugement sur les frises du Parthénon,
on son appréciation sur la sculpture ancienne. Selon lui, les Grecs avaient raison de colorer leurs marbres en leur donnant une illusion de vie.
Toules les noies où Tonnelle exposait -es vues sur la peinture Bont malheureusement inachevées, nous n'avons que ^\('> matériaux Laissés pèlemôle que la mort a pour ainsi dire Btérilisés, bien qu'une main amie et respect ueuse les ait class ensuite. Il y avait matière à un ouvrage que Ton aurait pu comparer à celle œuvre connue de Fromentin, les Maîtres d'autrefois. Tonnelle projetait une œuvre qui lut comme Le manuel des grands
musées d Allemagne, d'Autriche el <l Angle te i tonnelle, reprenant une idée chèreauxvu siècle, voulait < 1 1 1 1 ! I 1 1 1 » 1 1 1 1 1 1 1 • 1 1 i > 1 1 1 1 1 1 1 1 1 tou te i • 1 1 1 ■ laisser entraîner ;i de perpétuelles effusions dans la nature, ce témoin indifférent, insensible <-i toujours le même. I! évitait avec -''in ce que l'on ;i nommé L'idolâtrie de la nature pour elle-même, ci'llc tendance fâcheuse qui conduis il tant -I prits à l'erreur; !<•- un- glissèrent il. m- le panthéisme, Les autres tombèrent jusque dans le matérialisme. Tonnelle Fuyait la rêverie, quand '-Ile n'était qu'une alliance de L'âme avec le- facul qui sont au-dessous d'elle, mais il admettait La contemplation de la nature, quand elle nous servait à nous élever à l'aide des traces <l«' l;i beauté divine qu'elle renferme, ^ ers cette beauté elle-même, à nous appuyer sur ses vestiges comme sur il«-marchepieds, pour remonter n l'exemplaire éternel». 11 veut, en résumé, que celle contemplation ne soit qu'un procédé pour non- élever à L'infini, et l'on peut dire que dans ce sens, Tonnelle a passionnément aimé la nature : il suffit, pour - en convaincre, de lire le récit ébauché de ses vo\ - - 11 admirait naïvement même les Heurs, les champs, la gaieté saine, la verve de la campagne, la mouss vive et humide des torrents, la pierre ruisselante descascades. 11 s'est arrêté confus devant l'épanouissement, « devant la pompe nuptiale des larges et riches pétales des magnolias »; il s'est ému devant ce
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qu'il va de mystérieux et de divin dans L'obscurité des nuages qui enveloppent les hautes montagnes, devant L'inquiétude des mers, devanl les étoiles, les consolatrices de l'Ame, qui la câlinent el L'élèvent, la foui glisser parmi leurs chœurs sereins dans les sentiers de l'espace1 qui la fonl frissonner comme leur pure el tremblante Lumière du pressentimenl de l'infini ». Il a écrit quelques pensées qui peuvent se comparer aux morceaux les plus justement admirés de Maurice de Guérin : il n'y a rien de plus graoieui el de plus profond à la lois, rien de plus «'levé que ses pajjes sur le Chant de montagnes et sur f Attrait de l'eau. « ("est Le besoin de L'âme, dit-il, de se noyer el de se perdre dans quelque chose de plus grand que soi, c'est
le supplice et c'est le besoin de l'homme de se
sentir entouré de mystères. Il sent qu'il ne peut se sufïire. Il b soif de quelque chose qui Le surpasse, et malgré ses conquêtes il se sentira toujours petit devant ces grandes forces. »
La théorie qui consistait à subordonner toutes Les (dioses extérieures à la raison n'excluait chez Tonnelle ni la délicatesse, ni la sensibilité, mais cela empêchait La prédominance dangereuse de L'imagination, d'une sorte de plaisir superficiel. C'esl ainsi qu'il sut éviter la contagion de quelques-unes de ces maladies littéraires qui ont atteint plus d'un jeune écrivain de notre époque.
Il échappe à un mal qui ne fait plus grand ra-
e aujourd'hui : on ''il •■ I réd uil ■• le regretl mais qui sous ses apparences él diiiil un germe fatal de destruction el <!<• mort. Il échappa à ce que A. miel avait nommé la malad'u de Fidéal. Il ii<v peu! pas supporter, en effet, que l'on adore sous l<i nom d'idéal Les choses finies ei soi-même » ; il soutient qu'il est de la nature de L'homme d'aspirer au bonheur; or cette maladie de L'idéal rend le bonheur impossible en donnant à L'âme des défiances ombrageuses surtout en corrompant son jugement, en La faisant s'attacher à des choses indignes d'elle, en La poussant â regretter toujours et â ne jamais désirer. Ce mal fait les désespérés, Les dillettantes, Les misanthropes. Pourquoi ><i faire une idée trop haute de la société humaine? Le faux idéal stérilise L'action, enlève au cœur tout contentement de soi, pousse à l'extase. A quoi aboutit, en effet, celte volupté inerte delà contemplation, sinon à une mélancolie fatale qui pousse parfois à s'abstenir de I;i vie? (.eux qui vont en ce monde en régardant obstinément en haut, perdus dans L'illusion de leurs rêves, ou bien s'arrêtent dans leur contemplation et leurs compagnons de route les dépassent ou bien trébuchent aux pierres du chemin et tombent au premier obstacle.
La passion du rêve a conduit plus d'un écrivain à cette habitude égoïste de l'analyse. Que de victimes l'analyse à outrance fait chaque jour encore !
ALFRED T0NNELL1 1\ 1
En se replianl continuellement sur soi, en fouillant les recoins le> plus cachés de son cœur, riiommc se voue à l'insuccès, il s'exagère sa personnalité : l'action devient secondaire pour lui. Le développement excessif de la vie intérieure exalte la sensibilité, obscurcit jusqu'à l'intelligence, conduit au désœuvrement. Lésâmes timides et curieuses qui se confinent dans L'analyse restent toujours jeunes, si la jeunesse consiste à ressentir doublement, à souffrir ou à jouir plus vivement; mais, d'autre part, elles sont atteintes d'incurable vieillesse, car elles ne savent plus agir et vouloir; leurs forces se sont perdues en une dépense excessive et improductive de L'esprit. Tonnelle sut échappera ces pièges quelquefois -'■.luisants qui L'entouraient, et ne fut pas atteint de ces maux dont souffraient tant d'enfants du siècle. Leurs confessions mettent souvent à nu de tristes plaies morales dont aucune n'a souillé L'esprit vigoureux et sain de Tonnelle. L'honneur en revient aux efforts qu'il sut faire pour rester toujours le maître de sa pensée; il employa dans ce bul un remède qui s'applique à tout, même aux maladies de l'imagination, ce remède que Fromentin tait conseiller à son Dominique, c'est une hygiène. «J'entends par là L'image des idées justes, des sentiments Logiques, des affections possibles, en un mot l'emploi judicieux des forces el des activités de la vie. La vie, croyez-moi, voilà la grande
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antithèse fi le grand remède ;i toutes le souf francea dont I»' principe est une erreur.
Tonnelle est aujourd fini dam l'ombre, non seulement méconnu, maison pourrait dire inconnu. Dans l.i sphère des esprits, au-dessous de L'humanité glorieuse ci resplendissante, il \ b vraiment l'humanité souffrante, méprisée] bafouée el <|ui souvent vaul beaucoup mieux que son sort. Il \ n souvenl lieu de regretter La masse prodig des forces perdues dont le talent ignoré h jamais ira grossir l<i trésor anonyme «lu passé.
Tonnelle était un esprit éclectique, difficile sur
le choix dos choses vraiment belles; il envisageai I l'existence à la façon de certains grands esprits du
wii siècle; par la profondeur de sa pensée religieuse, on pourrait quelquefois le rapprocher de Pascal. Pour lui, en effet, ce n'est pas une bagatelle que vivre, c'est une mission, c'est une préparation a un avenir merveilleux qu'il faut gagner à loul prix : de là, une sorte de mélancolie qui
n'était autre chose que « L'amour et le sentiment du divin, la tristesse de ce que les choses sont passagères, mobiles, périssables, mêlées de mal et de bien '. de ce que rien ne demeure », La
mélancolie est saine (die/ lui, elle élève e{ fortifie;
bien que dans la vie, il fui un peu de ceux qui jouissent plus encore du charme «le L'automne que des riantes promesses du printemps, il n'était pas de ceux cependant qui s'enfermenl ci se consument dans un vain cercle de regrets stériles; il
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ne conci vaii la mélancolie que comme la sou de toute poésie, de toute philosophie, de toul srl Nous rapprocherionfl assez volontiers Alfred Tonaellé de l'abbé Perreyve el de Maurice de Guérin. Il esl de cette classe d'esprits charmants dont la morl n'a pas eu pitié, mais dont la rie hâtive reste d'au (an l plus attachante, environné de cette auréole un peu mystérieuse el troublante qui s'attache à la destinée de ceux qui meurent jeun Des liens plus forts qu'on ne le suppose unissent souvent le lecteur à ces jeunes écrivains sitôt disparus : on emporte, de les avoir fréquentés, un souvenir discret et tenace comme on emporte L'exquise senteur des sauges et des fleurs de montagnes dont on a touché les feuilles quelques heures auparavant.
Il y a toutefois une différence profonde qui pare Tonnelle et Maurice de Guérin: ce dernier, trop faible pour la vie, se laissa tourmenter par elle, sa volonté fragile se brisait à mille écueils, d'où chez lui une mélancolie sans objet et sans borne à la fois, qui s'épanchait en strophes ou en pensées très poétiques; mais rien de viril, rien de fort ; de plus inconsciemment, par procédé poétique il incline au panthéisme : comme le rossignol, il se charmait lui-même de son propre chant, et cherchait à s'enfermer de plus en plus dans le silence pour mieux jouir de sa mélancolie et de sa tristesse. Tonnelle, au contraire, plane comme
l'alouette : connue elle, il moule toujours plus haut, niais toujours en chantant. Son coup d'aile est joyeux puisque chaque envolée le rapproche du ciel.
En effet, en étudiant Tonnelle, si l'on admire les qualités intellectuelles, l'étendue, la précision, la profondeur, la clarté, la finesse, le sentimenl poétique, on admire plus encore ses qualités morales. Il présente le spectacle d'une âme qui s'élève, qui n'aspire <|u'à se rapprocher du modèle immuable, mais dont toute- les transformations ue sont qu'un échelon de plus gravi pour arriver au sommet;
En résumé, Tonnelle fui une âme tranquille qui eut hi privilège 1res rare d'être en joie avec ellemême. Il ne fut pas heureux; le bonheur u'est qu'une espérance; mais au prix de sacrifices, au prix du devoir accompli, au prix d'abnégation, et surtoul au prix d'une volonté constante, il trouva
la paix du cœur, celle paix tant désirée, tant cherchée ici-bas, que chacun poursuit, < 1 1 1 < * quelques-uns seulement obtiennent, celle paix adorable, en un mot, promise aux homme- de bonne volonté.
iiEMu hkgnault
IIKNRI ItEr.NA.ULT
(D'après ses lettres)
Ceux qui pieusement Bont morts pour la patrie Ontdroil qu'à leur cercueil la foule vienne el prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau, Toute gloire auprès d'eux passeet tombe éphémère.
El comme ferait une mère Le cri d'un peuple entier les berce en leur tombeau. »
On sait le grand, le génial artiste que fui Henri Regnault. En parcourant le recueil posthume <Ie ses lettres publiées, il y a plusieurs années, on découvre quelle âme se cachail sous les dehors d'une nature si ardente. Ceux qui oui connu Regnaull se rappellent qu'il était souvent d'une humeur fantasque, d'un enthousiasme voisin de L'exaltation, «rime gaieté tapageuse et fébrile. Mais il apparaît loul autre dans ses lettres, dans l'échange le plus intime de sa pensée. D'ailleurs, qui sail s'il ne fui pas battu lui aussi, par un de ces vents de folie sublime dont furent atteints tanl d'ouvriers de la pensée ?
lui tous cas, il ressort de sa correspondance
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qu'il avait une âme droite, loyale el simple. Il ;iv;iii une juste conscience de bs valeur el sentait confusément l'appel du génie, mais il n'était uul- Lement orgueilleux et aspirait toujours h mieux faire : il provoquait lei conseils et, ce qui est plus pare, il Les acceptait.
La délicatesse de sas sentiments était extrême: il avait le mépris, la houle des questions d'intérêt : il ne visait pas au suce-: ...•< Icllivs en foi; il visait au progrès, a La réalisation de l'idéal poursuivi, et rien oe dénote en lui, dans ses écrits tout au moins, cet état d'esprit irritable et susceptible qui amoindrit beaucoup d'artistes, même parmi les plus grand-.
Le grand attrait de ces lettres, c'est que Kegnault y livre sou âme si riche d'enthousiasn si éprise de beauté, si vraiment jeune, toute pénétrée des plus belles qualités de la jeunesse, l'ardeur, la force, le désir de créer, la volonté de lutter contre les difficultés, l'horreur du découragement. Ces lettres expliquent aussi le travail qui s'opère dans cette organisation artistique vraiment rare : elles montrent l'effet que produisaient sur Regnault les merveilles contemplées; elles nous initient à ses projets d'arts, à ses désirs, à sa ligne de conduite dans l'étude. On voit ainsi comment dans chacune de ses œuvres importantes, l'idée artistique est née, s'est précisée, a changé, mûri et a pris en dernier lieu sa forme définitive.
IIKMU KKl.N Mil 22 I
Henri Regnault n;i(|iiil peintre, pour ainsi dire; tout enfant il crayonnait déjà, mais il travaillait de mémoire ou d'après nature. Au collège, ses cahiers el ses livres soni encombrés d'illustration. A douze ans, il esquissail les grands sujets historiques dont on lui parlait dan- ses classes. Il quitta le collège en 18Ô9, laissanl le souvenir d'un élève remarquable. Son père, Victor Regnault, le grand savant, ne songea pas un instanl .:i contrarier celle vocation artistique trop nettemenl Indiquée, II. Regnauli se mil de suite à la peinture; il étudia sous la direction de M. Lamothe, un ancien
élève d'Ingres, avec l'ardeur et la Fougue <|ui devaient en peu de temps faire de lui un véritable
maître. Il se levai! de lionne heure et demeurait à
-on atelier la journée entière; il se distinguait par une grande sévérité pour lui-même, un dédain véritable du convenu et de l'a peu près.
En 1862, Il Concourut pour le prix de Home1. Il
se lit Inscrire ensuite à l'atelier de Cabanel; il achevait alors un grand tableau : La Mise au Tombeau du Christ. Il traversait une véritable cri-e intérieure ; sa vocation d'artiste s'imposait à lui. Il avait entendu L'appel irrésistible de la Beauté et c'est avec élan qu'il se livra tout entier. Le rellei divin, dont la beauté éternelle éclaire ici-bas toute àme d'homme qui ne se dérobe pas ;i celle