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lant dans les vergers de Sèvres, elle prit mi refroidissement qui aggrava son mal et hâta la lin <lc sa maladie de poitrine. Elle, si active el si vaillante, elle n'a plus la force <le travailler ou de penser.
« Si je disais lonl ! (30 aoûl 1884 !) Les craintes affreuses.!... Voici septembre. Ce mauvais temps n'est pas loin... Ah ! voici le moment <le croire en h ic h et de le prie i'. Au point où j'en suis, je puis finir en six semaines avec une pleurésie quelconque. C'est ainsi que je partirai, du reste. La voilà donc la lin de toutes mes misères! tanl d'aspiration, tant «le désirs de projets, tant <le... pour mourir à vingt-quatre ans, au seuil de tout ! Je l'avais prévu : Dieu, ne pouvant, sans se montrer partial, me donner ce qui est nécessaire à ma vie, me fera mourir. Il va des années... tanl d'années! si peu et ... rien ! »
Elle mourut le 31 octobre 18Ç4 : Mie avait vingt-trois ans. Le monde si frivole pourtant. 1rs artistes si indifférents parfois s'émurenl devant ce cercueil qui renfermait tant de ^vàc^ et de promesse de génie. Les critiques regardèrent avec soin les toiles laissées par cette jeune fille el s'accordèrent à déclarer qu'elle possédait un talent très rare et très personnel.
Peu de mois après sa mort parut le Journal: elleavait elle-même écrit la préface. ■ Sijene vis pas assez pour être illustre, ce journal intéressera
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les naturalistes : c'est toujours curieux la vie «I une femme, jour par jour, sans pose, comme si • sonne au monde ne devait la lire et en même temps avec l'intention d'être lue, car je suis bien sûre qu'on me trouvera sympathique...
Bile était sympathique, en effet, car l'enveloppe frôle et délicieuse de ce corps d'en fan I cachait une âme ardente, une âme éprise de toul ce qui i st noble c! beau en ce monde. Ses Lettres^ qui ont étépubliées, montrent plus encore peut-être que le Journal quelle libreet indépendante créature elle était : ainsi elle est en correspondance avec les écrivains qu'elle admire ou qui lui plaisent : elle écrit par exemple à Zola, à Maupassant, .1 Alexandre Dumas. Dans ses lettres comme dans son journal cllt4 aborde tous les sujets; elle juge les événements el les hommes, souvent avec éloquence, elle a quelques pages vraiment belles sur Gambetta el sur le Prince Impérial; elle s'intéresse ;i chaque chose, môme aux problème^ «If politique: la question sociale la passionne; elle expose - « théories en art et en littérature, surtout <'ll<' cherche à se définir elle-même. Mais toujours elle reste vraie. Il faut lui reprocher seulement d'avoir trop souvent sacrifié à l'esprit d'atelier qui l'envahit un peu et qui était indigne d'elle.
Il n'y a dans ses livres, à vrai dire, aucun style: son Journal se compose de pages écrites du premier jet, vives et spontanées comme la pensée qui
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les a dictées; il ne faudrait pas la juger au point de vue littéraire; elle n'est pas écrivain: elle esl femme. Elle rêvail la gloire, le bonheur etla paix, trois Imts sublimes, presque contradictoires. Elle poursuivail l'impossible en cherchant « l'harmoii ic (huis huis le< détails de la vie ». Mais celle harmonie exquise étail introuvable [tour elle, dont la faculté de souffrance était trop intense.
Sans doute il faut la plaindre, la petite Moussia aux cheveux dorés et au pur visage, si tôt ravie de ce monde où elle voulait régner. Mais doit-on dire en réalité qu'elle mourut jeune? A l'âge où tant d'autres commencent à peine leur existence,
elle avait déjà fini la sienne. A \i nul- trois ans, elle
avait tant travaillé, tant pensé, tant vécu, qu'elle avait presque fourni sa carrière. Elle parcourait en un jour l'étape qui exige souvenl y\^> années à être franchie el son regard embrassait un horizon plus vaste que le regard du vulgaire.
Cette fille de l'Ukraine grandie à Nice, à Rome el à Naples, était semblable à ces plantes luxuriantes auxquelles l'atmosphère des serres chaudes esl nécessaire el qui produisent quelque Heur d'un éclat el d'un parfum troublants, faite, hélas! pour loi se flétrir.
Mais le moindre souffle disperse les pétales décolorés el rien ne subsiste de la fleur qui charmait. Le vent de l'oubli, au contraire, ne dispersera pas le souvenir de Marie Bashkirtseff : il qous reste
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nie naissant; il nous reste Les feuillets assemblés du Journal dans lequel l'artiste enfanl a rais le meilleur < I * < - ! I < - - 1 1 1 « ■ r 1 1 < • . i dire son âme i an-
dide et fière. (>n lui eût souhaité un peu moins de cel égoïsme inconscieni qui envahit ces pages, • •! un peu moins d'orgueil. Mari-' Bashkirtseff ne disparaîtra pas tout à fait, «-ii dépit du tombeau, André Theuriet s'en est porté garant.
Non, n<>n, toi <|ui trempais aux sources de la vie Ta lèvre impatiente avec tant de candeur, Le néanl oe t'a pasaveuglémenl ravie A ce monde qui lui !<■ souci de ton cœur.