‹ Les vies closesChapitre 59 sur 64 · CONI LU810N · texte numérisé non relu

CONI LU810N

Nous plaignons tous ers êtres parce qu ils ont été jeunes el parce qu'ils onl disparu, et parce que jamais ici-bas, nous De pourrons rester insensibles au contraste douloureux de la jeunesse ei de la mort. Nous les plaignons aussi parce qu'ils onl souffert. Us voulaient être, ils n'ont pas été. N'est-ce pas une poignante désillusion? Ceux d'entre eux qui ont vécu dans un rêve d'arl ou de pensée s'étaient inscrits dans le groupe «les «ouvriers de la beauté », et la plupart, si nous en exceptons quelques-uns, comme Regnaull par exemple, qui, malgré sa morl hâtive, n'en lui pas moins assez Fort pour marquer sou empreinte, la plupart n'ont pas <ui la joie de voir la réalisation de l'œuvre méditée : ils ont emporté avec eux le secret de tout et1 qu'ils auraient pu faire, el la nuit de l'oubli l»i> a vile engloutis !

Toutefois, la sympathie légitime dont nous les entourons, ne doit pas nous faire oublier l'enseignement qu'ils nous donnent eux-mêmes. Tous (••'- disparus ont connu surtout les défauts cl les dangers de la jeunesse el n'en ont pas pratiqué les plus belles qualités ni pénétré le vrai rôle.

L'ensemble <lt*s qualités de la jeunesse se résume d'un seul mol. toujours le même, c'est d'être la Jeunesse, c'est-à-dire I;» Vie, la Joie, l'Avenir, la Confiance, le Dévouement, L'Amour, l'Enthousiasme ; c'est d'être ce qu'il \ a de plus beau en ce inonde Ne l'a-t-on pas définie d'une

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parole admirable .' N'a -i on pas <lil qu'elle était I âge éternel de Dieu ? Son rôle esl dom de donner, de se dépenser sans compter, d'oin rîr esprit et son coeur à la scien la vérité et a la

justice, afin de restituer aui autres un peu de dépôt sacré qui lui a été confié, afin d'enseigner el <lr propager elle-même la vérité. Sinon à qu<>i lui serviraient ses forces, son ardeur, son inexpérience même qui lui commandent de rejeter loin d'elle les calcul- égoïstes, el ce besoin de tout scruter, de tout analyser qui paralysent • •! annihilent if- meilleurs efforts ? Mais beaucoup d'hommes se sont annihilés pour n'avoir pas compris ce vrai rôle de la jeunesse, n'en avoir pas évité les périls, et s'être égarés dans le dilettantisme, le caprice, l'amour-propre nu la vanité : ilont ainsi conipromi- toutes les belles quali qui auraient pu, malgré une mort prématui donner un côté achevé à leur destinée «-t à leur existence ; ils n'ôntété qu'une promesse fleurie «lu printemps; mais quand bien même il- eussent vécu on devine qu'ils n'eussent rien produit, et que cette fleur de séduction souvent parfumée et charmante n'aurait donné aucun fruit. Ne voit-on pas aux premiers malins de mai les arbres de Judée se couvrir de corolles roses qui sont la joie des yeux mais qui, au souille de l'orage, disparaissent infécondes et viennent joncher le sol sans rien laisser après elles ?

Que déjeunes gens auxquels cette phrase mélancolique d'un de nos écrivains1 demeurés Le plus accessible aux sentiments de fraîcheur et de jeunesse pourrait s'appliquer en toute réalité! « Ils ne se son! engagés dans L'existence qu'avec un secret malaise, ils <»nt cru y voir les embûches partout dressées ; ils s'y sont sentis enveloppés d'un redoutable mystère ; L'impénétrable obscurité de la futaie les a mis en défiance... ils se sont pris ù douter du chemin à suivre et le doule a desséché dans [eur cœur La faculté de s'enth.ousiasmer el d'aimer. »

Ces quelques Lignes résument une histoire fr<v q uen te et nous donnent Le récit d'une de ces crises douloureuses que beaucoup de générations, à certaines époques surtout, ont traversées. Non que la faculté de s'enthousiasmer et d'aimer soil éteinte chez tous ces jeunes hommes que l'on nous montre effrayés devant les périls de la vie. Ceux que le poison du doute n'a pas mordus trop fort savent encore aimer de toutes les .forces de leur âme ce qui vaut d'être aime en ce monde, et en un coin très impénétrable de leur cœur fermé à toutes les curiosités du dehors, ignoré de chacun, ils ont caché toutes leurs ardeurs passionnées et tous leurs enthousiasmes. Parfois, quand certaines lassitudes ou certains froissements leur paraissent

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