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André Theuriit, Discours à VAcadém

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trop forts, Ils font pour <'n\ mêmes ce pèlerin de leur cœur et ils viennent, en une veillée mystique devanl le tabernacle où leurs enthousiasmes brûlent -ans se consumer jamais, se retremper, puiser des forces nouvelles, scruter leur conscience sans complaisance aucune. Il- sont alors obligés de reconnaître que la banqueroute de leurs rêves n'est pas uniquement due au seul el brutal nivellement des temps. Il- sont obligés des'avouer que, dans une large mesure, il- ont été les ouvriers de leurs misères : si tant d'illusions, tant d'espéran sont à jamais tombées, c'est que trop souvenl ils ont secoué eux-mêmes la cime fragile et délicate où ils croyaient les voir fleurir un jour aux soli «le l'avenir. S'il- se trouvent trop souvent inquiets et irrésolus, c'est que l'énergie leur a manqué, l'énergie, le meilleur et le plus puissanl des viatiques.

Les incertitudes du lendemain et les angoiss du présent ont tristement agi sur eux et leur ont fait un mal profond. Ils n'ont pas su lutter. La lutte est plus facile quand elle est franche et circonscrite, et si dur que soit l'effort, on n'hésite pas à le fournir quand on sait où il mène et \ quels buts immédiats il conduit. Mais quand l'obscurité épaissit tous les horizons, l'énergiese brise et se disperse : mal préparés, mal équipés pour les luttes nouvelles, la plupart des combattants s<>nl effrayés de la défaite probable. Leur dignité de

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soldai, leur vaillance d'homme en souffre parce qu'au fond d'eux-mêmes, ils s'imaginaient que battait un cœur de conquérants et nue âme de gloire, et qu'ils doivenl reconnaître L'inanité d'une telle erreur, Connue si. la conquête e1 la gloire pour être obtenues ne demandaient pas des efforts autrement sérieux e1 répétés el «les âmes bien autrement trempées !

Ou peut chercher et trouver peut-être plusieurs causes a ces vies manquées, et manquées parce qu'elles avaient été frappées de ce mal qui a fait tanl (h» victimes, qui a pris tant «le formes diverses, qui s'est fait tour à loin- L'impatience, la rêverie, la faiblesse et que L'on a nommé le md de la jeunesse. Baudelaire, dont La mélancolie grave et hautaine s'exprimait en paroles profondes, écrivait un jour ces deux vers si pleins d'enseignement :

.l(> sortirai quanl à mol satisfait

D'un monde où L'action D'est pas la sœur «lu rêve.

Il définissait ainsi le mal et le remède. L'action doit être la sœur du rêve, sinon le rêve ne mène Ici-bas qu'au néant et à L'impuissance.

Les uns n'ont pas réussi parce qu'ils n'onl pas eu la patience nécessaire à toute œuvre humaine; ici-bas où tout est labeur continu et quotidien, ceux qui vivent obstinément par l'imagination sont voués à L'insuccès ; ils ont rompu la chaîne des

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efforts indispensables pour réussir. Puisque tout b' écroule, il faut avoir La j » . « t i * * 1 1 « - * * des oiseaux du ciel qui se remettenl au travail lorsqu'un passant a détruil leur aid. Eu voyant que pour eux les ann s'écoulaient souvent très vides en apparence, en voyant qu'ils se Livraient toujours aux travaux préparatoires, obscurs et lassants qui précèdent La moisson sans que jamais ne suive L'heure de la récolte, beaucoup d'hommes se sont d< - Lis

n'ont pas suffisamment compris que tout Le grain jeté pendant des heures et des heures répétées de travail inconnu <'t modeste Lèverait un jour en beaux épis productifs, que leur destinée d'homme trouverait à s'accomplir, et que Leur désir souvent très ardent et très noble du bien se réaliserait sous une forme quelconque, profitable pour autrui et pour eux-mêmes. Ils se sont effrayés et ont abandonné le combat à l'instant peut-être où la victoire était acquise. Le désir du suer-- est si grand à cet âge ! 11 est tel que si les joies convoitées ne sont obtenues que plus tard une secrète blessure n'en reste pas moins en nous-même à jamais. Ce mot d'un des hommes d'Etat dont la fin d'existence fut le plus comblée de distinctions, au point que toutes les amertumes de sa jeunesse auraient dû être à jamais oubliées, ce mot n'est-il pas significatif? On le félicitait d'un double et éclatant succès qui couronnait sa carrière politique. Il ne trouvait que cette seule parole à répondre.

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« Ma jeunesse a été frappée el mon âme <m es! restée meurtrie : l<>ul maintenant m • vient à !:i fin : je ae suis pas plus méritant, mais je n'en suis pas plus fier e1 mon âme nVsf pas consolée1. » Tous ces Impatients étaient donc trop pressés de yivre el ils ont mal vécu. Ils avaienl une soit' inextinguible de bonheur e1 u'onl pas admis <|ini <-r bonheur lanl convoité n'était qu'un passager fugace donl les visites intermittentes sont rares el n'ont parfois que peu de Lendemains.

Quel esl ce passager qui jamais ne s'arrête ?

Ce conviv< qui part lorsque la table esl pr te?

Quel esl cel étranger qui u'esl pas revenu?

El pourtant <>n L'aimail bien qu'il fui inconnu!

on souffrait: il arrive el la peine s'efface ;

On pleurail et des pleurs il ae reste plus trace;

Mais à peine un instant s'assied-i] au foyer

Que ses ailes déjà se veulenl déployer.

El l'exquis messager s'envole avec mystère!

Nous dira-t-on, son uom, son pays el sa terre?

[ci-bas jusqu'alors du divin promeneur

Nu] n'a <n le pays... son nom est I»' Bonheur!

El pourtant ces impatients de succès n'onl pas toujours été sans excuses! Dans le siècle quivienl de disparaître la jeunesse fui souvent, par préméditation par coalition, par principe, écartée des rôles actifs où son intelligence, sa vaillance, sa témérité même auraienl pu réussir à souhait. El pour briser les entraves qui l'entouraient, il lui fallait une

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