I. Feugères, ouvrage cité
Nous verrons, en étudiant l'existence de La Boëtie comment il sut accommoder sa conduite avec ses convictions el commenl toujours il envisagea la vie par ses côtés sérieux : il en lii un labeur constanl vers !<■ bien, vers le mieux el préparail dans un travail continu a sa tâche | sente el à sa lâche Future : amoureux des lettres anciennes, qui furent les véritables éducatrices de son esprit, il vivail dans un rêve de justice, dé poésie et de beauté. A époques successives, en s'appuyanl sur les pages enflammées de la Setvititde volontaire, on a voulu voir <-\\ La I5< Btie un révolutionnaire, semant avec passion des id de haine etde discorde. C« serait mal juger cette nature élevée et impartiale. Il était trop pré cupé de justice pour avoir prêché la révolte : les seules missions qu'il eût aimé à remplir eussent été des missions de paix et de concorde : d'ailleurs, il n'en remplit pas d'autre.
Au fond de son àme délicate, il avait puisé la conscience exacte de certains nnA< sublimes quand ils sont bien compris, et qui. trop souvent dénaturés, deviennent odieux ou tyranniques : il avait défini dans leur sens désintéressé et le plus élevé ces belles idées de liberté, de charité, d'amour de l'humanité, et si parfois, sous l'impulsion de la jeunesse, il donna à ces pensées une expression trop ardente que pour le besoin des partis, on a voulu depuis exploiter contre lui, tout dans sa vie
l.\ i;ni.ni:
et dans sa conduite proteste contre certaines interprétations audacieuses d tées à ses écrits. Il ne
i'ul jamais un railleur de troubles pour l'Etat, il
fui seulement un passion ri é de liberté. Son âme dévorée de générosité avait soif de bien ëi soif d'action : mais elle était d'une Inflexible droiture
ei eût repoussé par là même comme indigne d'elle loul ce qui l'eût entraînée en dehors de la voie droite. Il avail grande foi dans la force morale el expansive de la vertu el supposait au vice, au mal, à tout ce qui es! faux, en un mol. une grande puissance de désagrégation. Ces! une telle hauteur el une telle sérénité de Convictions qui donnent tant d'attrait à cette figuré de La Boètie.
Etienne de La Boëtie, petit-fils du président de Calvimont, naquit à Sarlal. le 1" novembre 1530.
Son père était alors lieutenant particulier du sénéchal de la province, mais il ne connut pas ce père, mort lui aussi très jeun»', el il lut confié h son parrain, Etienne de La Boëtie, prieur de Vayssien. (jui s'acquitta avec conscience et honneur de sa tâche protectrice. La Boëtie enfant lit sa première éducation dans sa famille, au tond de cette
LES \ m s CLOSES
vieille province sarladaise qui, malgré k>h éloi gnemenl de Parie et de l'Italie, D'en ;i\;iii j..imoins très fortement subi l'influence de la Reu sance. Le cardinal Nicolas Gaddi, parent des Médicis, protecteur des arts ei tout imprégné lui aussi des sentiments qui, au souffle des lettres antiques retrouvées et comprises de nouveau, semblaient rajeunir tanl d'esprits, était aloi que de Sarlat. Pendant ses séjours ln>p p ers, mais effectifs, dans sa ville épiscopale, il contribuait ii répandre dans son entourage un peu des mille connaissances qui charmaient alors L'Italie et, avec clic, tant de nations jeunes, heureuses de voir s'élargir l'horizon de la pensée : -on Influence fui grande sur La Boëtie, qui prit au contact de cet esprit curieux le goût de toutes ces connaissan générales que Ton avait alors résumées d'un m<»t significatif : les humanités. N'étaient-eïles pas destinées à former et à développer l'ensemble des meilleures qualités qui constituent vraiment l'homme ?
La Boëtie, dans son enfance, avait été élève du collège de Guienne, à Bordeaux, où il se trouva en rapport avec des savants considérables, tels que Govea, Elie Vinet et plusieurs autres qui ont laissé un nom dans ce catalogue si nombreux des crudits au xvr siècle. Elie Vinet. l'éditeur des œuvres de Sidoine Apollinaire, de Perse. d'Ausone, de Pomponius Mêla, dut contribuer lui aussi à
LA Kni ni.
éveiller dans L'intelligence de son jeune auditeur le goûl des bonnes Lettres. De Sarlal el de Bordeaux, La Boëtie se rendil à Orléans, <>ù il travailla à cette célèbre Université des lois qui avait attiré alors cl es maîtres illustres el des auditeurs en renom. Déclaré licencié en droit le 23 septembre 1553, il était nommé le 13 octobre de la même année, à L'âge de vingt-deux nus, conseiller au Parlement de Bordeaux : il prêtail serment peu de mois après, en 1554. Vers la même époque, il épousait l;i sœur <ln président de Carie, Marguerite de Carie, «jifil aimait depuis longtemps el auprès de Laquelle il vécut doucement, dans un bonheur domestique qu'aucun nuage ne troubla.
La Boëtie revint ensuite à Bordeaux, où le retenaient ses devoirs de conseiller au Parlement, jusqu'au jour trop hâtif de celle année 1563 où la moil vint l'arracher è ses amis et a ses travaux. En étudianl les phases de celte existence si brève, nous verrons se former, se développer et s'élever peu è peu jusqu'à des hauteurs bien rares le caractère et l'âme de La Boëtie.
L'œuvre qui lil sa réputation fut une œuvre de grande jeunesse, presque d'adolescence : on dis-
LES VtEfl CfX>8
cute pour sai oir s'il était al< ■■ de seiz i de
(li\-linil ans. La controverse importerail peu dans la seconde hypothèse, la Sert itude \ olontat cessanl d'être an travail personnel, ne devenail alors une sorte de pamphlet, une protestation indignée contre les atrocités commises par le connétable de Montmorency réprimant, en I" l'insurrection de Bordeaux. On se souvient de ta répression imaginée par le connétable pour châtier la ville à la suite de la révolte d'avril 1548, an cours de laquelle Tristan de Monéis, le lieutenant du roi, avait été assassiné. Entre autres châtiments, il exige des notables qu'ils déterrent avec leurs ongles le corps du lieutenant de Monéis. II est évident que l'impression de i nés terri-
fiantes fut profonde sur le jeune homme qu'était alors La Boëtie et lui fit à tout jamais détester et combattre les abus du pouvoir personnel qui tout et qui n'admet pour le contenir ni frein ni contrôle: mais, si nous trouvons dans la Servitude volontaire une défense enthousi.i-tr de la liberté et l'expression d'une sorte de dégoût farouche pour la servitude, aucune allusion directe n'est faite aux tragiques événements de Bordeaux et ne permet de voir dans le Contre-Un une réponse aux excès du terrible connétable.
L'incertitude sur la date exacte de cette composition a laissé croire à certains commentateur? que La Boëtie avait dû écrire le Contre-Un lors de son
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séjour à Orléans: ils croient retrouver dans ces pages L'influence de cet homme à L'âme contenue, mais enflammée, de cel \nne du Qourg, Le grand jurisconsulte <le l'Université des lois, un des maîtres «lu jeune écrivain de Sarlat, un de ceux, en tous cas, qui agirenl Le plus directemenl sur lui, car il \ avait entre leurs deux intelligences des affinités particulières.
Quoi qu'il en soit, si la Servitude volontaire a été écrite en haine <lu connétable de Montmorency ou sur l'instigation d'Anne du Bourg, elle devient nue arme de combat, une réplique vigoureuse de polémiste s'élevant contre des abus immédiats : si elle a été composée sous l'empire d'une idée personnelle, elle devient une de ces œuvres lilléraires tout imprégnées de l'antiquité, comme on en vit tant éclore à cette époque, mais sa portée est beaucoup plus grande puisqu'elle cesse «le s'appliquer à des faits particuliers, si blâmables soient-ils. pour saper, au contraire, un vice plus général. La Servitude volontaire n'en reste pas moins une oeuvre d'extrôme jeunesse, car. à côté de pages très élevées qui laissent supposer chea l'écrivain une maturité singulière, on retrouve exprimées des opinions presque puériles, inconséquentes même, où L'inexpérience de l'auteur reprend ses droits : ainsi, lorsqu'il croit possible pour l'homme «le vivre dans l'étal «l»1 nature, sans iété, sans gouvernement, Lorsqu'il voit dan-
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un tel chaos mu < • I * - r 1 1 « ■ 1 1 1 de bonheur pour I huma nité, il émet un paradoxe donl la réfutation même
esl iinii i le.
La Boëtie ne discute pas dan- le Contre-Un la question de savoir h la monarchie vaul moins ou plus que la république, ceci amènerai I desdisputes politiques qu'il veul éviter» : il soutien! -«mi Icmenl que l'on ne doit pas endurer mm»- domination dure el déraisonnable; or rien n'es! plus facile <l<1 secouer mm»' telle domination quand elle esl exercée par mm seul homme. Cet homme n'a de puissance que celle donl les villes <•( les nations l'investissent. Son pouvoir esl légitime, il importe de lui obéir, mais obéissance n'es! pas servilité. « Quel vice, on plutôt quel malheureux vice, voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir, non pas être gouvernées, mai- tyrannisées '. La tyrannie d'un seul n'es! pas admissible et il faut, comme ont su le faire le- Grecs, favoriser « la victoire de la liberté sur la domination, de la franchise sur la convoitise ». On ne doit pas de soi-même consentir à la servitude et les tyrans deviennent déposés de droit, sans qu'il soit rien fait contre eux, si l'on cesse de les servir. Il ne s'agit ni de les combattre, ni de les frapper : il suffit « qu'on ne leur baille rien » et qu'on leur refuse l'obéissance. On est libre du moment où l'on demeure bien résolu à ne plus servir : un colosse auquel on a dérobé sa base -écrase de lui-
la îinii u: :u
même. Les souffrances du peuple, quand aucune mesure de douceur ne vient les atténuer, sontelles supportables, pendanl que l'unique préoccupation du tyran est de « se mignarder en ses délices el se vautrer dans les sales et vilains plaisirs •> ? Les peuples sont-ils donc si « opiniâtres en leur mal cl aveugles en leur bien > qu ils supportent sans protester un tel avilissement ?
La Boëtie presse l'homme de « se remettre en son droit naturel » : il ne doit rien avoir de plus cher que la liberté : sans clic, « tous les gens d'honneur doivent estimer la vie déplaisante et la mort salutaire... elle est un bien si grand et si plaisant qu'elle perdue tous les maux viennenl à la file cl les biens même qui demeurent après elle perdent leur goût et leur saveur ».
Cette volonté de servir où semblent se complaire les hommes est une erreur : ils ne seraient pas Berfs s'ils se souvenaient des droits que la nature nous a donnés et des enseignements qu'elle nous dispense : la nature « nous a bien faits de même forme et, comme il semble, à même moule, afin de nous entre-connaître tous pour compagnons, ou plutôt pour frères », et, si la nature a dot»' les unplus que les autres, elle u'autorise pas les plus forts à gourmander les plus faibles, elle n'a pas entendu nous mettre en (■<> monde « comme danun champ clos ». Si les parts son! inégales, « elle voulait faire place à la fraternelle affection, afin
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qu'elle eûl à s'employer, ayant, lei uni puissance de donner aide, [es aul res besoin «I en 1 1 i
La nature nous a fa.il tous nal urellcmenl lil huis compagnons. La Boëtie développe ainsi la thèse libérale, ou mieux encore la Ihèse humaine, (Luis ce <|u elle a de plus élevé el de plus chrétien.
Après avoir établi que la Liberté étaii «!<• droil naturel el que l<i devoir de chaque homme étail d'user d'un droij aussi imprescriptible, il constate avec mépris que non seulement les hommes laissent assujettir, mais qu'ils son! assujettis avec une sorte de joie ei arrivent même à servir sans regret. On dirai! à les voir qu'ils ont « non pas perdu la liberté, mais gagné la servitude. La servitude devient donc volontaire. < >n en donne pour raison je n<' sais quelle accoutumance qui a glissé en nous ce venin de bassesse, mais La Boëtie n'admet pas ces raisons singulières : il met l'homme constamment en présence de sa dignité native, de son indépendance naturelle, qui sonl sa fierté et son honneur ; il réclame pour lui la faculté d'agir, de parler et de penser librement; il s'exprime avec cette vaillance « que la liberté met dans le cœur de ceux qui la défendent ». Mais il se hâte d'ajouter qu'il ne faut jamais abuser de ce saint nom pour foire quelque mauvaise entreprise : aussi faut-il dédaigner les conspirations des gens ambitieux et refuser de soutenir
LA B0ËT1E 33
ceux (jni m1 chassent 1rs tyrans que pour se mettre
à leur place.
Il distingue trois sortes de tyrans: les uns ('lus par le peuple, les au 1res élus par la force des armes, ceux-là élus par succession de leur race; mais, avant de s'élever contre ces hommes comblés eu dignité el incapables «l'en comprendre les charges, qui trompent le> peuples et les tiennent en esclavage, il se défend bien haul de vouloir Taire la moindre application à sou pays,car,en France, on a toujours eu des l'ois « si bons en la paix et si vaillants eu la guerre qu'ils semblent avoir été choisis par Dieu même ». Le grand arl du tyran est «le se maintenir el de savoir forger les outils de sa tyrannie : il se maintiendra par la faveur, par la création de nouveaux offices qui assouviront les convoitises. Certes, ces offices ne serviront pas à la réformation de ta justice : ils ne sont autrechose
que les appàls de la ser\ ilude. Il faut qu'au-dessous
de lui le maître ait su se ménager (ouïe une nichée de tyranneaux, el qu'il >•• trouve à ses côtés autant de gens a qui la tyrannie semble être profitable que de gens à qui la liberté sérail agréable : malheureusement, ce recrutement presque monstrueux d'être avides de servitude est facile à opérer, car « le peuple est soupçonneux à l'endroit de celui qui l'aime el soupir envers celui qui le trompe ». La suite suspecte qui \ il du tj nui et qui l'entoure tout en le détestant, ton- ces
homme perdus ••( u l»«i nd< >n nés de Dieu &ont contents d endurer leur mal non pour se retourner conl re celu i qui les écrase, mais pou r leur tour ceux <|ui endurenl la môme tyrannie. Pour ceux-là plu» esclaves que les autres, La UoCtie avait « ébabissemenl de leur méchanceté el quelquefois pitié de leur sottise . Le laboureur et l'artisan, -i pressurés soient-ils, sont plus libres que tous ces courtisans ■■ coquinant el mendiant la faveur «lu maître ». car, au moins, gardent-ils leur liberté de penser, tandis que les autres l'on! abdiquée : les premiers obéissent, les aul obéissent aussi, mais, en outre, ils doivent complaire » au souverain el en arrivent ainsi aux limites extrêmes de la bassesse; or ces compromissions sont Intolérables à l'homme vraiment conscient de sa dignité.
Mais, malgré leur omnipotence, malgré ou plutôt à cause de toutes ces bassesses qu'ils favorisent et dont ils donnent L'exemple, il est un sentiment d'une douceur inexprimable que les tyrans ne connaîtront jamais; ils ne sauront ni l'inspirer ni l'éprouver: c'est l'amitié: ils ne sont pas aimés, ils n'aiment pas. « L'amitié, c'est un nom sacré, c'est une chose sainte; elle ne se met jamais qu'entre gens de bien et ne se prend que par une mutuelle es lime : elle s'entretient non tant par bienfaits que par la bonne vie. Ce qui rend un ami assuré de l'autre, c'est la- connaissance qu'il a de
LA 1:1 >i i il.
son intégrité. Les répondants qu'il en a, c'esl son Non naturel, la foi el La constance. Il ne peu! y avoir d'amitié Là où es! La cruauté, là où esl la déloyauté, là où esl l'injustice ; et, entre les méchants, quand ils s'assemblent, c'est un complot, non pas une compagnie; ils ne s'entreaimenl pas, mais il> s'entre-craignent ; ils ne sont pas amis,
niais ils son t complices.
En Ions cas, malgré les instruments de servitude dont use le tyran, malgré L'isolement où il se complaîl el li' silence qu'il exige sur ses méfaits, malgré la corruption qu'il répand H donl il l'ail un moyen de gouvernement, malgré la force brutale <|ifil emploie el l'hypocrisie qui le pousse a user de la religion et à « la mettre devant lui pour ^arde-corps •>, malgré (ont, L'heure, souvent trop lente à sonner, vient cependanl où la l\ rannie, donl la hase esl si chancelante, s'effondre sur ellemême ((t s'écrase en une chute sans Lendemain. La tyrannie esl toujours condamnée à une perle certaine par L'impossibilité où elle se trouve d'arrêter Les excès « I < >n l elle vil : on ne peul faire sa pari au despotisme, il est omnipotent el absolu par nature : on ne compose pas avec lui. on le subil ou on le renverse.
On pourrait ainsi résumer toute la pensée de La Boëlie. Le peuple esl le nombre: il esl la puissance el la l'orée: le souverain esl seul, il est <lon<la faiblesse : son unique raison d'exercer le pou-
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voir réside dans sa bonté et -.1 justice, sinon s! puissance n'est qu'une tyrannie el !<• fail de sj soumettre esl un signe d< itude. Comment
sortir de l'état de servitude? Non certes par lei moyens violents el par l'effusion du sang, mais en refusant de servir. L<- peuple esl donc le \ lable artisan de sa servitude: s'il ne se soumet plus et refuse «le soutenir le prince, il redevient libre.
Xmis retrouvons encore dans ces conclusion! trop vagues l'influence des Inexpériences de Uj Boètie. Cette sorte d'interdit ou d'excommunica-j lion du j)rince indigne qu'il préconise s'expliquail aux époques où la législation prévoyaii elle-mêmd ce qu'elle nommait l'interdil de feau el du feui ou bien aux temps où l'Eglise toute-puissant! déclarait solennellemenl sous le porche de se! temples que les souverains étaient devenus indignes, les déposait et déliail toute une nation d! ses serments de fidélité ; mais, au x\ 1 siècle, de tels moyens d'opposition avaient déjà cessé d'être pratiques. En outre, il ne suffit pas de s'attaquer au principe d'autorité, de montrer les abus auxquels il peut parfois aboutir, pour nier l'utilité, l'importance et les bienfaits de l'autorité dans le gouvernement des hommes : il faut savoir comment on peut remplacer l'autorité, et La Boëtie n'a sur ce sujet que des expressions bien imprécis s.
Toutefois, si de cette œuvre du Contre- Un écrite
la boëti] ;^t
presque au déclin de ses années d'enfance on -<i reporte à sa vie, telle que ses biographes nous l'ont l'ait connaître, il est aisé de démêler son vrai senliment de L'autorité.
Qu'elle soil non seulemenl utile, mais nécessaire dans toute société et que, sous une forme quelconque, elle en soil un des fondements indispensables, il faul avoir l'âge de La Boëtie quand il écrivail la Servitude volontaire pour ne pas le proclamer très haut.
Mais il es! une nolinu ancienne, un peu païenne
de l'autorité, très battue en brèche aujourd'hui H couda innée instinol i\ e ment par La Boëtie : elle consiste à ne voir surtout dans l'autorité, pour celui qui l'exerce, qu'une suite de prérogatives, d'honneurs et de dignités auxquels s'habitue le titulaire et qui, insensiblement, lui foui oublier les devoirs très étroits de sa charge. On veut y substituer
une notion toute autre et lie voir en elle (|u une e de service à remplir, qu'un mandat déterminé d'accomplir telle et telle fonction pour le bien cl l'utilité de tous. Les prérogatives et les honneurs viendront par surcroît, mais ils ni- son! utiles que dans la mesure assez limitée où ils leviennenl le signe sensible de la fonction. Une elle notion, tout en ayant l'air de restreindre 'autorité dans ses côtés extérieurs et apparents, 'élargit, au contraire, singulièremenl et lui donne me véritable ampleur. Mais, pour être ainsi corn-
il- VIES CLOSE!
prise el pratiquée, elle implique un perfection] 1 1 1 * - 1 1 f plus achevé de l'humanité, une plus grande conscience des devoirs <•! des responsabilités chez celui qui la détient, et, chez celui qui, pour ainsi dire, La délègue, plus d'abandon, une absence réfléchie de tout esprii de fronde ou de révolte, un désir sincère «le seconder le représentant du pouvoir.
A côté d'idées générales très hardies, très courageuses pour l'époque, dont La Boëtie avait été puiser le sens et l'amour au fond de lui-même d'abord, dans une prédisposition très spéciale pour ce qu'il y a de plus noble ••! de plu- désintéressé ici-bas, on trouve dan< lu Servitude volontaire toute une part d'utopies généreu-e*> sans doute, mais irréalisables et imprudentes. Le danger même de certaines utopies est Ici qu'il explique ou tout, au moins, qu'il excuse les sévérités de ceux qui ont jugé sans pitié l'auteur de tant <!<■ paradoxes.
Au moment où il écrivit cet opuscule passionne. La Bo.ëtie n'était pas le magistrat grave, apaisé malgré sa jeunesse, qui s'imposait au respect «lises collègues du Parlement de Bordeaux : il était encore le jeune homme à l'Ame impatiente desj premières années d'adolescence et qui. sous l'impression d'une pensée dominante, se donnait tout entier dans le frémissement de ses ardeurs et de! ses émotions.
On en était alors à cette période de I;» Renaissance où les esprits cultivés étaient littéralement gris par L'étude des Lettres antiques. L'œuvre de La Boëtie ne fut à certains points de vue qu'une dissertation littéraire, très puissante sans doute, et qui dénotait chez son auteur certains sentiments particuliers; elle fui une sorte d'exercice académique comme il s'en composai! beaucoup alors e\
(|iii, dans le cercle des iniliés, se passail de main en main nous une forme manuscrite, mais elle ne fut pas, dans la pensée de Tailleur, une œuvre de polémique destinée à attiser les passions politiques du moment, ni un écrit révolutionnaire susceptible de provoquer {\i^ soulèvements ou des révoiles. Montaigne, le confidenl des moindres actions el des moindres pensées de son ami, nous l'a dit lui-même. Cel hymne si hardi écril en l'honneur de la Liberté lui inspiré à La Boëtie, à la ^\\\\c d'une lecture de Plutarque. La Boëtie lui en une certaine mesure un auteur ancien ; il alla chercher plusieurs de ses théories dans les livres de L'antiquité, donl il (Hait imbu, et, lie- souvent, >;i thèse esi pins encore littéraire que philosophique. Suivant la remarque élégante de Villemain on pourrait prendre le Contre-Un pour un manuscrit antique trouvé dans les ruines de Rome SOUS la statue brisée du plus jeune des Gracques.
La Servitude volontaire parut en 1574, pour la première foifl et plus de dii ans après la mort de son auteur, mais sans oom, par fragmenta et en Latin, dans le Réveil-matin des Français, une œuvre collective e1 anonyme, analogue à laSatire Ménippée, mais moins connue, parce que le ml talent n'y fut pas déployé; l'écrit de La Boèti< trouvait ainsi mélangé à un dialogue dans lequel le roi et la reine mère étaient attaqués ei combattus. En 1578, les protestants L*inséraien1 de nouveau dans les Mémoires de F Etat de France sous Charles IX: aussi Montaigne, publianl dans Essais les vers de La Boètie, refusait-il d'insérer le Contre-Un, parce que, jusqu'à ce jour, ce livre n'avait été mis en lumière « qu'à mauvaise fin . par ceux-là mêmes qui cherchaient « à troubler e1 à changer l'Etat sans savoir s'ils L'amenderaient : l'œuvre était mêlée à d'aulres écrits m de même farine ». Montaigne avoue bien que cette matière est un peu trop chatouilleuse et conçue avec plus de liberté que la raison ne le pouvait souffrir, et sa réserve provient uniquement de la crainte où il i trouvait que l'œuvre, hardie peut-être, mais loyale, de son ami ne fut exploitée dans un sens détes-
LA B0ËT11 VI
table. Il semble qu'il aitvu là comme une atteinte au respecl que devait imposer La mémoire indiscutée de La Boètie.
Lorsqu'elle parut, la Servitude volontaire fui très goûtée dans le milieu hostile à In couronne : on voulait, on pouvait \ voir une protestation indignée contre tanl d'abus donl La cour des Valois élail Le spectacle quotidien. I >i<*n que La Boëtiese soil défendu de la moindre allusion visanl le souverain, 1 > i «m i qu'il soil de eeux auxquels on ail le devoir d'accorder toul crédii cl toute confiance, on s'explique aisémenl que plus d'un lecteur du Contre-Un ail eu plaisir à reconnaître certains princes delà famille dos Valois dans les termes si pleins de mépris et d'une ironie dédaigneuse avec lesquels il dépeint Le tyran. « Il n'esl non pas un Hercule ou un Samson, mais un seul houmeau, et, Le plus souvent, le plus Lâche el femelin de la nation, non pas accoutumé à la poudre d^s batailles, mais encore à pins grand'peine au sable des tournois, non pas qu'il puisse par force commander aux hommes, mais tout empêché de servir vilement à la moindre femmelette. »
On peu! objecter de suite que, si quelques
touches de ce porlrail font songer à des rois tels
que François II, Henri 111 ou Charles IX, il> ne rappellent en rien on vraiment fort peu Henri II, et que, La Boètie avant écril son ouvrage sous Le règne de ce dernier prince, l'imputation d'allusions
i - LES VIES CLO
directes contre le soin erain est difficile a établir.
Lorsque le premier élan d'admiration pour la Servitude volontaire fut passé, la renommée de cel <>u\ page lui très vite, lui trop \ Lie oubliée, comme ilen advient de toutes les œuvres que l'on n'a pas voulu juger en elles-mêmes, mais en les rapportant aux événements ou aux modes éphémères de l'époque. Une fois disparus les événements dont on sV'Iail passionné, l'œuvre qui avail semblé les incarner ou en avait le mieux reflété l'agitation passagère disparaît aussi.
Au commencement du xvu° siècle, on connaît a peine A' Contre-Un. Tallemant des Réaux nous «lit bien que Richelieu voulut lire cet ouvrage, et qu'à grand 'peine, à force de recherches dans les vieux fonds de librairie, aux abords du Pont-Neuf, on finit par découvrir un exemplaire oubli»'. Qu'en pensa-t-il? Il est aisé de le deviner. Il «lui se dire sans doute, quand il ferma le livre, que les jeunes hommes susceptibles, à seize ou dix-neuf ans, de formuler d'aussi fortes vérités étaient à leur manière des duellistes et des bretteurs, et qu'il y aurait eu lieu, le cas échéant, d'arrêter en place de Gr< l'élan d'une imagination si chaude.
Malgré les appréciations sympathiques dont Collelet, le premier académicien, gratifia La Boëtie en une biographie un peu fugitive, hj < 'ontre-l H est. dune manière générale, complètement oublié au xvne siècle; il reprit un peu faveur au siècle
!.\ uni i m: , :
suivant : <>n l'imprima à l;i suite <le^ Essais de Montaigne, mais l'œuvre ne fui pas appréciée : la liberté de discussion cl d'action nécessaire manquai I trop aux habitudes générales pourque «les opinions si osées fussent vraiment comprises.
Au moment de la Révolution, la Servitude volontaire fui remise en lumière, mais « à mauvaise fin», connue déjà l'écrivait Montaigne en 1574: on orul nécessaire de l'adapter aux excès et aux aspirationsde l'époque. Lamennais n'eut pas d'autre intention quand, en 1835, il publiait l'ouvrage de La Boëtie précédé d'une préface violente.
Il y a quelques années, on étudia de nouveau La Boëtie, mais avec le parti ]u-i> de prouver qu'à n'en pas douter il avait été le premier républicain de France, cl de ce jeune magistral <>n voulul faire le vieil ancêtre des plus grands partisans du régime actuel. Les différentes époques où revint la vogue de lu Servitude volontaire prouA ent assez que Ton lil toujours de cet ouvrage un instrument destiné à surexciter les Indes des partis ou à mieux expliquer les passions du temps, et, pourtant, l'œuvre est supérieure à celte utilisation furtive. Elle a des parties insuffisantes, dangereuses même, qu'il importe d!oublier el qu'il faul attribuer à l'inexpérience et à lajeunesse extrême de l'écrivain :
ce son! de telles taches ([ne. trop ><>iiv<'iiL I»'-
factieux prétendent remettre en lumière ; mais (die renferme aussi des passages excellents, où nous
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trouvons exprimées des vérités toujours justes, qu'il esj possible sans doute d'exploiter avec parti pris, mais qui, l'i'-n examinées en elles mêmes, auront une application à toutes les époques, dans tous les temps e1 sous tous I»-- régirai
Toui proteste contre l'idée qu'on! eue certains commentateurs de voir en La Boëtie un révolté: il Faudrait établir nue divergence absolue entre ses paroles el ses actes : or, quand on a pénétré un peu dans L'intimité de cette nature de loyauté et de droiture, quand on connaît el étudie sa vie, on recule devant une telle accusation, el pour la maintenir, il faudrait, à notre avis, n'avoir bien compris ni l'œuvre ni l'écrivain.
La Boëtie avait trop souffert des guerres civiles pour les vouloir attiser : nous voyou- dans un»1 poésie latine adressée à Montaigne aux environs de 1560 toutes ses appréhensions pour la France devant les troubles qui désolent l'Etat : dan- lac d'une mélancolie qui ne lui est pas coutumière, il se demande si la Providence, en laissant découvrir de l'autre côté des océans ces continents immens de l'Amérique, n'aurait pas indiqué ainsi la nouvelle voie à suivre. Ne convient-il pas de se rendre dans ces terres neuves où l'humanité, toute jeune encore, ignore les souffrances et les vices des civilisations européennes, pour y vivre d'une existence renouvelée et y jeter les bases d'une société meilleure? Un factieux n'eût pas connu les douleurs
désintéressées, Les angoisses patriotiques donl souffril l'âme très française de La Boëtie.
Ceux (|ni croient résumer sa doctrine politique cl sa pensée «mi qous disanl qu'il était républicain s'expriment peut-être en termes d'une modernité bien actuelle ; sans doute, s'il eût vécu de nos jours. Il eût adhéré à un régime qui, dût-il ne pas appliquer toujours ses théories fondamentales, l'ail <l<v la Liberté, de L'égalité des droits de chacun reposant sur L'égalité uative «les hommes, la base écrite de son existence ; il eûi sans doute signé volontiers la Déclaration desdroits de F homme, à la condition qu'elle lui appliquée d'abord, el surtout qu'elle De fût pas utilisée pour justifier tanl uY tristes expériences: le mol de M"" Rolland formulai! évidemmenl une de ses pensées intimes, et, de ce que certains méfaits onl été commis au nom de la liberté, ils n'en deviennent ni plus excusables ni moins odieux.
Ceux-là mêmes qui tendenl à démontrer que La Boëtie lui républicain ajoutenl cependant que. s'il préférait la république à la monarchie, le gouvernement rêvé par lui et se rapprochant de Sparte ou de Venise n'était en réalité ^< qu'un vrai patriarcat sans peuple, sans démocratie, avec l'élite «le la nation, l'élite de la propriété, L'élite de L'intelligence ". .M. F. Combes ' a quelques pages curieuses
1. Essai sur les idées politiques de Montaigne et de Lu Boëtie
par F. Combes. Bordeaux. 1892.
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sur ce <|u il nomme la république aristocratique • le La BoCl i'1 : il s'appuie sur quelque - citations commentées ;i la Façon d'un texte de sermon pour établir que La Boëtie fui parlementaire ci républicain : " pour -;i république, il ne veut que le |-«'iii nombre el il supprime d'un trait de plume presque toute l;i démocratie ».
Ne peut-on pas dire que les républiques chères ;i La Boëtie, Venise H Sparte, étaienl des aristocraties fermées où l<i- sentiments qu'il exalte dans ses écrits eussent été bien comprimés ? La question se trouve donc mal posée, car, au milieu 'lu xvic siècle, la république telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est-à-dire la démocratie, ne se concevait pas encore. Quelques écrivains oni vu la meilleure démonstration des sentiments républicains de La Boëtie dans son horreur pour la tyrannie, en ajoutant que, sous une république, La tyrannie n'existait pas et ne pourrait passe concevoir. Ceuxlà ont-ils bien lu l'œuvre de La Boëtie el se rappellent-ils certains traits généraux qui, puisés dans le fonds commun de lame humaine, trouvent leur application sous tous les régimes? Se rappellentils ce qu'il pense de l'abus des fonctions publiques, de ce fonctionnarisme abusif dont il désigne les titulaires d'un seul mot. mais quel mot significatif : les mange-peuple^ et il insiste sur cette idée que rien ne consolide la servitude comme la multiplicité des hauts salariés, et qu'un peuple de fonc-
tionnaires ne saurai! être un peuple libre: - il> sont les tyranneaux » dit-il. Ce. sont ces deux expressions que Lamennais commentai! ainsi dan-- sa préface du Contre-Un: « Deux ou Irois cenl mille individus ainsi choisis constitueraien! dans la uation une autre nation, une aristocratie dominatrice, organisée pour contenir le peuple el pour l'exploiter; il> feraient seuls !<■> lois el l<is feraient au profil du tyran et au leur. Pour eux, tous les emplois, toutes les charges, ton les les commissions lucratives, le gouvernemenl des provinces, le maniement d(^ deniers. Disposanl du crédil el de la fortune publique, maîtres de l'administration civile el judiciaire, toul leur serait matière à spéculation el moyen de richesse... Aussi, quel dévouement à la tyrannie <|ui le^ aurait rendus communs au lieu de ses pilleries1 ! »
Faut-il rappeler aussi cette tyrannie bien connue, SOUVenl subie dans diverses nations du monde et qui n'est ni moins intolérable ni moins dure que les autres, la tyrannie parlementaire, l'oppression des minorités par des majorités insolentes, la coalition des intérêts secondaires et électoraux ligués ensemble, en un mol la vraie pensée el l'opinion réelle de tout un pays étouffées bous les clameurs de politiciens intéressés ? A certaines
1. Lu Servitude volontaire, par E. de La Boëtie, avec une prérace par l-'. do Lamennais, L835. Paris, Paul Daubrée <■( Cailleux,
époques, on a vu les Chambres législatives ajoutant !•' despotisme des I des empiétements quotidiens sur le domaine des autres pouvoirs, supprimer peu a peu toutes les garanties que la Gona titutiou donne aux libertés4 établies. Cette forme de despotisme « sans responsabilité el sans scrupule» es! peut-être plus odieuse que les auti Ne pourrait-on citer bien des pages de droit public où se trouvent traitées ces questions «l»* l'empiétement du pouvoir législatif el qui, sous leur forme un peu spéciale, n'en seraient pas moins un parfait commentaire de La Boêtii
La servitude est de toutes les époques, et Prévost- Paradol, dans quelques-unes de ses meilleures pages, indique de suite à quels signes on la peu! reconnaître. « Elle existe lorsqu'un peuple esl tenu éloigné du degré de libertédont il esl évidemment capable, on. mieux encore, lorsqu'il est privé de la liberté dont il a joui pendant un temps assez long d'une façon régulière. Il suffit que cette suppression d'une liberté capitale de fait et de droit ait été accomplie pour qu'aussitôt on retrouve dans la société qui aurait éprouvé ce malheur tous les
1. Discours de M. B.uboiix Voir la Semaine politique et littéraire, 1901, mars, avril .
2. Voir Revue politique et parlementaire : Eludes de droit parlementaire. L'A Tyrannie des Chambres, par Jules Miceli. — Voir conférence de M.Jules Roche, jeudi 21 mars 1901:2a T y rannie parlementaire .
LA BOftTlE
caractères que La Boëtie a reconnus el signalés dans l'étal de sen itude '. »
La Boëtie visai! donc une de ces vérités pro- IniKlcs (|in do mi ne ni debeaucoup les contingences passagères de tel ou tel régime ; il y aurait quelque imprudence à accaparer pour soi, dans un bul de parti, au gré de ses appréciations <>u de ses idées personnelles, l'auteur de /</ Servitude volontaire, cai* nous trouvons souvent chez lui des définitions ou des maximes qui donnenl singulièrement a ré- Qéchir cl pourraient entraîner des retours de pensée inattendus. Ainsi, la lecture des pages de La Boëtie inspirait à Lamennais, en 1835, dans une préface retentissante; ces quelques lignes qui nous semblent écrites hier, car elles ne caractérisent que trop bien le enté tyrannique de certaines diseussions actuelles. « De ces considérations il résulte que, dans létal actuel de la société européenne, le despotisme s'efforcerait en vain d'isoler les hommes pour les asservir, el que les entraves apportées au droit naturel d'association, l<^ interdictions qui le frapperaient, les peines sévères qui sanctionneraient ces interdictions, loin d'à Hennir la tyrannie contribueraient, à hâter sa chute, parce que le droit attaqué était le droit de Ion-, droil d'ailleurs aujourd'hui indispensable à la vie des peuples ; tous réagiraient instinctivement contre le