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s Moralistes français, par Prévost-Parado! / / tie

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pouvoir inique <|ui les 8n aurai! dépouillés. La Boëtie est de ceux qui oui flétri en paroles énergiques toutes les tyrannies, et il n'en es! pas de plus intolérable que celle don! le poids écrase les esprits et les consciences.

Si l'on jM'iii en toute probabilité supj i La

Boëtie des tendances républicaines, il faul reconnaître qu'il lui avant toul un libéral el un tolérant, cl que, d'après l'époque où il vécut, il donne à ses idées uni1 forme littéraire adéquate à la renaissance des idées grecques et romaine- : il appartient à cette école des grande libéraui qui, à Irai ers les étapes du monde, jalonnent pour ainsi dire les et contribuent, dans l'avenir, à rendre meilleure la renommée de ces siècles souvent confus el agil C'est l'honneur de l'humanité qu'à toute époque des âmes fortes et des âmesfières se soient redi sées, insensibles aux passions du jour, dominant de toute leur hauteur les mouvement- pop u lai] s1 sourdes auxexcitationsou aux promesses des maîtres du moment, ralliant après les pires aventures ou les pires erreurs la sympathie déférente de ceux qui pensent et de ceux qui jugent. A toute époque on a rencontré, en très petit nombre, d'ailleurs, et paraissant presque dépaysés dans un milieu qui ne les comprend pas encore, quelques hommes assez forts dans leurs convictions, assez sûrs des principes qu'ils défendent, assez respectueux de la libellé pour aller jusqu'à défendre cette liberté contre

eux-mêmes el pour préférer une défaite passagère a une victoire Bans honneur. La belle parole de Condorcel a toujours trouvé, heureusement, quelques esprits assez libres pour être comprise el appliquée. « Une âme noble rend justice même à ceux qui la lui refusent. »

Ces tendances libérales de La Boëtie, nous les retrouverons dans toul le cours de sa vie, dans le choix de ses amitiés, dans sa manière de comprendre les devoirs de sa charge, dans la conduite générale el dans la philosophie directrice de son existence. Si les qualités personnelles de La Boëtie se deviuèrenl chez lui dès sa jeunesse extrême, il esl certain que les quelques années d'étude el de labeur acharné passées à Orléans, au sortir du collège de Guienne, dans un milieu remarquable, contribuèrent spécialement à les développer.

Que l'on si4 reporte par la pensée dans la vieille cité si française des bords de la Loire, rendu»' au royaume depuis un siècle, grâce à L'admirable épopée de Jeanne «l'Arc ; que 1 on évoque le souvenir de cette Université florissante el renommée qui, de tous les points du pays, attirail alors L'élite

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<|c la jeu q en santé el i ra v ailleuse. I >••- hommes

1 1* I s que Aline «lu Bourg, Jean Robert, le rival de Cujas, <l autres moins connus, mais dont les noms son! parvenus jusqu'à qous, François Jamet. P Gaillart, Jean Le Jay, Jean Meymet, enseignaient le droil el la jurisprudence, et, pour de tels maîti une élite d'auditeurs choisis, au nombre desquels La Boètie. !)•• tels disciples apportenl à ceux dont ils suivent renseignement le réconforl de leui dans la science el la collaboration d'un travail personnel. La Boëtie eul j>* » 1 1 1- premiers amis Orléans se- maîtres d'abord, et, sous leur direction, il travailla sans relâche avec eux; il est permis de supposer que certains d'entre eux, Anne du Bourg entre antres, déjà très séduit par le courant idées nouvelles, niais Jidèle encore aux enseigne-j ments de l'Eglise catholique, exercèrent sur La Boètie une influence assez décisive : la fréquent talion de tels hommes développa certainement en lui cette aptitude à l'esprit critique et à la méthode qui. poussée à L'extrême et maniée pal1 des natures absolu>'- (elles que Lamennais, par exemple, devient un danger, mais qui, maniée avec prudence et précision, estime qualité très précieuse et très rare ; il devint, grâce à eux. un juriste convaincu et puisa dans la connaissance raisonnée des lois une bonne part de ses sentiments libéraux. 11 dut aux sciences juridiques, approfondies avec une sorte de passion, ce calme et cette

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sérénité de jugemenl qu'acquièrent à leur fréquentation les esprits vraiment élevés; il leur tint ce besoin d'impartialité, cette soif de vérité dans la pensée d'où naît la tolérance, cet ardenl besoin de justice <|ui fait parfois le tourment, mais quiesl aussi L'honneur <•( pour ainsi dire Le refuge de certaines âmes.

L'étude sérieuse du droit ne se concevail pas alors sans la connaissance détaillée îles langues anciennes. La Boëtie, on le sait, les avait longuement étudiées, mais il s'y perfectionna encore, et, grâce à cette science de la méthode, à ce goûl »l<i la netteté que le droit développa en lui, il se perfectionna peu à peu dans celle matière très ardue de la philologie antique au point de devenir une sorte d'érudit.

Le groupe des condisciples quotidiens de La Boëtie Laisse deviner desuite quels pouvaient être le niveau intellectuel, la tournure d'esprit, les habitudes «le pensée <le celle jeunesse studieuse. Lambert Daneau, Jean-Antoine de Baïf, Jean Dorai. Lancelot de Carie, Jean de Belot sonl les amis d'adolescence avec Lesquels il correspond et travaille et <|iii. Ions, par desqualités différentes, ont su mériter son estime affectueuse. Lambert Daneau, <{ni devint plus tard un controversiste, \u\ théologien protestant réputé, après avoir adopté la Réforme sous L'impression de L'émotion qu'il ressenti tau spectacle de son maître Anne du Bourg

conduit au supplice, était le commensal journalier de La Boôtie : les deui jeui us se trouvaient

portés l'un vers I autre par des affinités «I»- nature particulières, par un grand désir de savoir el un respect religieux el absolu de la liberté. Il es! | mis de supposer que, pendant leurs beures d'intimité dans quelque mansarde d'Orléans, l'auteur 'l<hi Servitude volontaire dut communiquer à son ami son manuscrit, peu connu alors, et nul <l<>uir <jn<' Lambert Daneau ne se -"il Lui aussi enthousiasmé à cette Lecture.

Avec liait". Dorât, dont le foyer lui un jour le premier asile de La Pléiade, Lanceloi de Carie, un des meilleurs et plus anciens amis de Ronsard, Jean de Belot, le futur collègue du Parlement, el qui, tous, furent plus ou moins des compagnons <1«' jeunesse, les conversations étaient sans doute in«>ins graves el moins austères qu'avec Daneau. Les vers, latins ou français, que nou> pouvons lire encore et qui furent échangés entre La Boëti»' et ces poètes, ces écrivains éminents dont nous donnons les noms, témoignent du mouvement intellectuel et des préoccupations littéraires qui caractérisent cette période florissante de la Renaissance. Il est évident que La Boëtie fut initié lui aussi au mouvement et aux ambitions de la Pléiade, L'influence en est sensible chez lui, et tout porte à croire que, par l'intermédiaire des uns ou des auti plus spécialement de Lancelot de Carie et de

Jean de Belot, il «lui connaître personnellement Ronsard, pour lequel il avail une déférence e1 une considération particulières.

Après quelques années d'études poursuivies dans m ii recueillement de pensée qui les rendit plus fécondes, La Boëtie revinl à Bordeaux, où, malgré son âge, à vingt-trois ans et demi, le 7 mai 1554, il prêtait serment en qualité de conseiller à la cour. Au Parlement de Bordeaux, comme au collège de Guienne, comme à l'Université d'Orléans, il Be créa <le précieuses affections; il semblail qu'il lût pour ainsi dire prédestiné à l'amitié. Sou aspecl extérieur était alors plutôt déplaisant : « Il avait mésadvenance au premier regard qui loge principalement au visage et souvent nous dégoûte d'un teint, d'une lâche, d'une rude contenance... il «Mail d'une laideur superficielle <|ui est pourtant liés impérieuse, mais malgré cette laideur il avait une brave démarcherai cette brave démarche qui corre s pond ail si bien ta ce (ju'il y avail en lui de droiture, d'assurance et de fixité dans le bien, Lui gagnait la sympathie générale. Colle tel nous dit de lui que «sa rare suffisance soutenue d'un beau naturel et sa probité inviolable lui acquirent une

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■>i haute '■! si solide réputation dans sa province que jamais homme de sa condition n \ fui plus estimé ni plus honoré que lui1

Les collègues habituels de La Boëtie au Parlement onl été Jean Brodeau, le mathématicien el l«' savant, Arnaud de Perron, le légiste el l'historien, Christophe de Roffignac, auteur de livres juridiques estimés, Benoist de Lâge- Bâton, La Ghassaigne, beau-père de Montaigne, Pomiers, \lesme, Malvin, Gaultier, <■ tous doctes en bonnes Lettres en droil ». L'un des conseillers avec Lesquels il se Lia davantage fui surtout ce Guy de Galard de Brassac, passionné de littérature, ami d'un très grand nombre de savants et d'écrivains, en particulier de Scaliger; grâce à Guy de Galard, Scaliger et La Boëtie furent mis en rapport, correspondirent ensemble el s'apprécièrent beaucoup l'un et l'autre. L'illustre philosophe italien, auquel toute sa science donnait beaucoup d'autorité el des façons d'oracle, écrivait sur La Boëtie ces quelques mois qui, dans toute cette région de l'Agenais et du Bordelais, suffisaient alors h établir une renommée : «La Boëtie est un homme qui a toutes les aptitudes. A quelque chose qu il s'applique, il y dépassera tout ce que l'on peut atteindre.» Scaliger remerciait aussi le conseiller

1. Vies des poêles bordelais et périgourdins, par Guillaume Colletet de l'Académie française, publiées par Philippe Tomegay de Larroque. Bordeaux, 1873.

de Brassac, comme (rime faveur insigne, de lui avoir mérité l'estime et L'amitié «lu «grand La Boètie».

Dans le milieu grave où vivait le jeune magistrat, le meilleur el près» pic Le seul délassement aux devoirs strictement accomplis de sa haute charge consistait en travaux littéraires; ils étaient ladiversion nécessaire à L'étude continue du droit. C'est ainsi que, toujours admirateur de Plutarque, l'un des premiers éducateurs de son esprit, toujours plus attiré vers ce maître qui avait alimenté les meilleurs et Les premiers enthousiasmes de sa jeunesse pensive, il traduisait tour à leur les Règles du mariage^ la Lettre de consolation de Plutarque à sa femme, après la mort de leur tille; il traduisit également ce qu'il appelle la Mesnagerie de Xé~ no/thon, ce dialogue sur L'économie domestique dont le côté pratique et familial était alors fort goûté; loule son érudition de philologue trouvai! à s'exercer et les travaux faits à Sarlal SOUS la direction du cardinal Gaddi ou dans les bibliothèques de l'Université des lois d'Orléans lui permettaient de comprendre et transposer pour ainsi dire en Langage cou rant les meilleures œuvres de L'antiquité.

Mais La Boëtic était aussi trop imbu des coutumes intellectuelles de son temps, il avaitrespiré de trop près cette atmosphère des poètes de la Pléiade pour n'être pas, lui aussi, poète inlermit-

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tent, el ne pas donner quelquefois à sa pensée lo forme poétique. Ses vers Boni assez nombreux : la plupart son! adressés à sa femme, Marguerite «!<• Carie. Scaliger vantait très baul ces poésies, donl la douceur «li\ Ine é\ oque tout ce <|ii'' l'ant Iquité a de plus savoureui . mais Scaliger, désireui sans doute de mériter un suffrage auquel il attachait an grand prix, multipliait les éloges, et,en Méridional qu'il était, son éloge, dans la circonstance, atteint presque l'hyperbole.

Les vers français <lr La Boëtie ont une certaine grâce un peu précieuse, presque un peu mièvre : les sonnets dédiés à sa femme auraient pu être écrits, près d'un siècle plus tard, par l'un des habitués de l'hôtel de Rambouillet. Toutefois, même dans ses poésies fugitives, légères, dirait-on, si jamais un tel mot pouvait être employé avec La Boëtie, on reste frappé du tour grave que revêl naturellement sa pensée. En évoquant l'amour qui Tattache à celle dont il veut faire sa femme, il ne se permet aucune privauté, et on ne surprend jamais chez lui ce ton de gauloiserie >i fréquent au xvi° siècle. On devine seulement au fond de ses expressions les pins contenues une grande réserve de tendresse. Par instinct, il demeure éloigné de tout libertinage, de ce que l'on nomme le plaisir : il fut chaste et ne craignit pas de vanter en termes éloquents la chasteté, dont il louait très haut la vertu efficace. D'ailleurs, dans tout ce qu'il

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a écrit, d'une manière générale, il a banni la trivialité, il a exclu volontairement ce qui pouvait sembler dissolu <>u grossier, et cette délicatesse paraîl d'autant plus pare à cette époque où les récits de Brantôme el de la reine de Navarre égayaient bruyammenl tan! de lecteurs.

La Boétie se montre plus Inspiré dans ses poésies latines, cl, dans le maniement de cette langue <|ui fui presque celle de son enfance, de ses premiers travaux, sa pensée s'élargit : il y développe les idées générales où son esprit se complaisait : il y chante la patrie, qu'il aime ardemment, qu'il aime jusqu'à la souffrance. N'est-ce pas d'ailleurs le signe du véritable amour? Il chante la vertu et llétri! I»4 vice. Il avait une soif d'action et un désir du bien qu'il traduisait parfois en paroles profondes et, pour lui, la vie valait d'être employée utilement.

h Qu'est-ce <i u«* L'existence pour l'homme inutile

« qui, vivant, ne diffère (Mi lieu de ceux que ren- « ferme la tombe? Il devance L'heure du trépas, celui qui passe ses jours dans le silence et laisse ses années s'écouler dans un profond sommeil, sans être compté parmi Les hommes. >> Les vers Latins les meilleurs, ou, du moins, les plus Intimes, ceux dans Lesquels il se Livre avec ses qualités vraies et -«• laisse deviner davantage, sont dédiés à Montaigne, son ami Le plus cher. Michel de Montaigne avait succédé à son

père comme membre de la Cour des Aides de P< ri gueux. Cette cour avait été supprimée par un édil de 1557 et ses offices avaient été rattachés au Parlement de Bordeaux, où les nouveaux magis- Irats avaient pris rang de conseillers. I! semble qu'avant de se connaître La Boëtie et Montaigne se plaisaient et se recherchaient déjà; ef quand ces deux oatures prédestinées et si dissemblables s'approchèrent, ce fut le début d'une indestructible amitié. La Boëtie, vertueux et chaste, en imposait à Montaigne par la fermeté de son caractère et la pureté de sa vie. Montaigne, supérieur au point de vue des qualités intellectuelles, s'inclinait avec une sorte de déférence devant La Boëtie, dont il reconnaissait et subissait la supériorité morale.

Cette amitié légendaire est restée comme un des symboles de l'amitié elle-même et a inspiré à Montaigne les lignes les plus exquises, celles que chacun a voulu relire depuis trois siècle-. <•! que les siècles à venir liront encore avec joie et i pect. car elles ont jailli du cœur sous l'impression, sous l'étreinte de l'émotion la plus noble et de la souffrance la plus élevée qui soit : elles iront au cœur de tous ceux qui ont aimé, cherché, trouvé et perdu l'amitié. « Montaigne a écrit sur La Boëlie un chapitre des Essais, La Boëtie lui-même a écrit la Servitude volontaire, <:l le voilà immortel. car son nom est étroitement uni aux mots d'amitié

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et de liberté, mots divins que rien n'effacera «lu langage des hommes '. »

Leur amitié, basée sur la raison, avail été l'objet d'un libre choix; mais, librement consentie, elle étail d'une solidité à toute épreuve, car elle s'ap-

pnvail sur ce qu'il y a de pins solide ici-bas, la

vertu et la vérité, Pour reprendre L'expression Imagée de La Boëtie, (die riait «greffée» à toul jamais.

Partout où il passait, La Boëtie forçait l'estime <d la considération de ceux dont il partageait la vie on les occupations. Magistrat et jurisconsulte, il était particulièrement considéré an Parlement de Bordeaux, dans ce milieu si élevé où les esprits d'élite n'étaient cependant pas pares. Il y avait en lui, comme on Ta bien déiini '. nn mélange de deux qualités qui semblent le pins sonvent s'exclure, mais qui produisent une impression inattendue Lorsqu'elles se trouvent réunies: « l'austérité et la grâce ». De pins, il savait penser et il savait agir : il avail enlin le courage simple, mais obstiné, des opinions qui étaient les siennes. La Boëtie était un jurisconsulte fort apprécié' : on a conservé de lui plusieurs travaux rédigés en qualité de conseiller rapporteur et t|ni témoignent de m^ mérites et de ses talents d'homme de loi,

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