AVERTISSEMENT
D'ailleurs ces deux éditions de Vascosan (B et C) ne présentent entre elles que des différences d'orthographe, et parfois de ponctuation : le texte en est absolument identique. En dépit de la mention « en cette y édition revues et corrigées en infinis passages... » Tauteur n'a rien corrigé ; sans doute, parce qu'il n'y voyait plus rien à reprendre. Toutefois, il est vraisemblable qu' Amyot a pris la peine de relire lui-même ces feuilles : la ponctuation est plus soignée que dans les deux premières éditions '. Ce qui recommandait aussi l'édition de 1 567, c'était le format petit in- 8°, autrement maniable que le massif in-fo où le bonhomme Chrysale mettra ses rabats ; et c'était la netteté des caractères, l'élégance des vignettes, cette beauté de l'exécution matérielle, faite pour séduire les bibliophiles : aussi ont-ils spécialement nommé cette édition : le Plutarque de Vascosan, en y comprenant, avec les six volumes des Vies, les sept volumes des Œuvres morales, rééditées en 1574 dans ce même format ».
Telles sont les raisons qui nous ont fait choisir le texte de 1567 (C); restait à le comparer au premier (A) de 1559. Ici encore l'annonce faite en B et reproduite en C « revues et corrigées en infinis passages » nous a déçu ; on pourra le constater par les variantes que nous avons relevées : les corrections faites par Amyot à sa première rédaction sont, pour l'ensemble, peu nombreuses et peu importantes. Je ne dis pas qu'elles soient négligeables, puisque l'auteur s'est préoccupé surtout de rendre sa traduction plus exacte ; mais ces modifications n'ont porté que sur des points de détail : noms propres mal transcrits, ou parfois quelques expressions incomprises. On voit même qu' Amyot n'a pas cherché à serrer de plus près le sens de Plutarque, ni à rendre avec plus de précision le contour de la phrase grecque ; en cela il restait fidèle à sa méthode d'interprétation et de transposition. Quant au style, aucune retouche sensible ; çà et là un mot remplacé ou supprimé pour éviter une répétition, et c'est tout 1
1. L*orthographe, d*une uniformité remarquable, appartient sans doute plus à l'imprimeur qu'à l'auteur.
2. La 3* édition des Œuvres morales est de 1575, in-f* (Vascosan et Féd. Morel).
AVERTISSEMENT g
Il est vrai que notre collation n'a encore porté que sur les deux vies parallèles contenues dans le présent volume ; nous aurions scrupule à ne pas le déclarer ; mais il nous parait peu probable que la suite du travail infirme cette conclusion : le texte d'Amyot a été fixé dès 1559 ; à cette date, l'écrivain, comme il le dit lui-même, a vraiment « conduit l'œuvre totale à chef».
Signalons, en passant, les additions faites au Plutarque du vivant même d'Amyot : la Décade des Empereurs^ traduite de Guevara par Antoine Ailegre, parue d'abord chez Vascosan en 1567 avec les Vies d'Hannibal et Scipion F Africain traduites par Charles de l'Ecluse — les Ft«<c recueillies des bons autheurs » » et celles prises du latin d^^miliiis Prohus par Simon Goulard ; et, rédigés par le même Goulard, des sommaires pour chacune des Vies, deyrésumés et sentences placés dans les marges, avec des index et « les effigies des hommes illustres, retirées des médailles antiques » : tout cela figure dans la plupart des réimpressions que nous avons signalées plus haut, entre autres celles de Du Puys, et se retrouve dans l'édition donnée par Fédéric Morel le jeune (les Morales en 16 18, les Vies en 16 19, 2 vol. in-f°).
Nous devions tenir compte de cette édition de 16 19, que nous désignerons par la lettre D *. U nous a paru cependant qu'on s'en était exagéré la valeur. Fédéric le jeune avait été à son tour le protégé d'Amyot. Ce fut encore l'évêque d'Auxerre qui fit transmettre au fils, en 158 1, le titre d'imprimeur du roi, dont le père avait bénéficié ; en 1585 il s'employait à le faire nommer
1. Sur les sources de ces vies, v. de Blignières, p. i8a et sq. — Cf. l'édition d'Amyot par Coray, p. vr et suiv.
2. « Les Vies des Hommes IllustreSy etc., translatées de Grec en François par messire laques Amyot, lors Abbé de Bellozane, depuis evesque d'Auxerre, Conseiller du Roy et grand Aumosnier de France, Reveuës, corrigées et augmentées en ceste dernière édition, de plusieurs comparaisons et Vies, ainsi qu'il se pourra cognoistre par l'advertissement au lecteur inséré après la préface du Translateur... etc. A Paris, chez Claude Morel, rue Saint laques à la Fontaine. M. D. CXIX. Avec privilège de Sa Majesté. » [Bibl. Nat. et Bibl. de la Sorbonne]. V. après l'avertissement de Fédéric Morel, « un sommaire de la vie de messire Jacques Amyot ».
h AVERTISSEMENT
« lecteur royal en éloquence grecque et latine ». Fédéric le jeune avait reçu d'Amyot des corrections et des variantes sur le texte grec de Plutarque ; il les réservait pour « une impression nouvelle de Plutarque grec et latin », qui n'a pas été faite ; mais, en revanche, il affirme avoir donné dans cette édition des Fies Ul version française corrigée suivant l'exemplaire même d'Amyot ».
Est-ce une raison suffisante pour que nous considérions avec de Blignières cette édition de Fédéric le Jeune « comme l'oeuvre définitive du traducteur » ? Savons-nous si ces corrections manuscrites représentaient une revision totale ? Sonmies-nous sûrs que Téditeur les ait littéralement transcrites?
En fait, parmi les variantes que nous avons relevées dans le texte de 1619, il y en a peu qui aient vraiment de l'intérêt, soit pour le sens, soit pour le style ; ce que nous avons constaté jusqu'à présent pour les trois premières éditions de Vascosan, se vérifie de nouveau pour cette dernière ; l'immobilité à peu près entière du texte d'Amyot.
Le Plutarque français eut encore quelques éditions au xviie siècle, jusqu'en 1655 *. Citons pour mémoire les réimpressions faites au xviiie siècle par Bastien (1754), par Brotier et Vauvilliers (1783-84); au xixc par Clavier (i 801- 1806). L'édition de Coray (1826) 5 ne comprend que les Vtes; elle a le tort de rajeunir, non pas seulement l'orthographe, mais le texte lui» même, ce qui est plus grave, en l'altérant parfois d'une manière méconnaissable.
Nous avons apporté tout notre soin à reproduire avec exactitude le texte et même l'orthographe de 1567; on a seulement distingué, pour rendre la lecture plus facile, le ; de l't et le V de Vu ; les majuscules n'ont été maintenues que pour les noms
1. Même assertion l'année précédente pour les Œuvres morales : « reveue et corrigée en infinité de lieux par feu M. Amyot, peu auparavant son deceds ».
2. Paris, 1622, in-8** : le tome I chez Nicolas de la Vigne ; le t. II chez Mathurin Henault [Bibl. Sorbonne]. — Paris, 164$, 2 vol in-f®, chez Antoine Robinet et i6$$, 2 vol. in-f*», chez Léonard [Bibl. Nai.J.
3. Paris, Dupont, 12 vol. grand in-8**. V. dans le 1. 1" la vie d'Amyot, par l'abbé Lebœuf ; cf. de Blignières, p. 400 et suiv.
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Henry deuxième de ce nom,
Jacques Amyot Abbé de BellcK^ane
Son treshumhle et tresobétssant serviUur 5.
s Cevx qui de père en fils sont na^ ou habitue:^ souhs une juste, légitime et héréditaire principauté, comme la vostre^ Sire, doyvent, à mon jugement, au service de leur prince la dévotion que les Sages anciens attribuoyent à la charité du pats ou Ion a pris naissance. Car il^^ disoyent que le
lo premier degré en estoit deu aux Dieux, le second au pats, et le troisième aux parens, sans faire mention de roy ne de prince, pourautant que cestoyent gens qui vivoyent soubs autre forme de gouvernement que de royaume, et qui pour inciter les hommes à défendre le
15 public, soubs lequel la vie, V honneur et le bien de chaque particulier sont compris, et à tascher de profiter à la communauté de ceux avec lesquels on a convenance de nativité, de langue^ de loix, de mœurs et de demeurance, enseignoyent qtie non seulement la raison de tout droict
20 humain, mais aussi la religion de droict divin, et le devoir de conscience obligeoyent toute personne de servir à son entier pouvoir au bien public de son pats, oultre la douceur d'affection que nature imprime en no:(^cueurs, et la conformité d'humeurs qui se treuve ordinairement en nox^
16 D: comprins
T. fr, mod, — Amyot, I. b