‹ Les Vies Des Hommes Illustres Grecs Et RomainsChapitre 32 sur 43 · Ce sont environ vingt et cinq escus · texte numérisé non relu

Ce sont environ vingt et cinq escus

Ti D: qu'on bruslast gastast tout

Le sénat ordonna que Ion n'envoyeroit point d'argent pour les délivrer, et blasma grandement Fabius d'avoir fait cest accord, comme n'estant ny honorable ny profitable à la chose publique, pour recouvrer des gens qui S par lascheté de cueur s'estoyent laissez prendre aux ennemis. Ce qu'entendant, Fabius supporta patiemment le courroux du sénat; mais n'ayant point d'argent, et ne voulant point faillir à sa parole, ny abandonner ses citoyens prisonniers, il envoya son filz à Rome avec pro-

10 curation pour vendre ses terres, et luy en apporter l'argent incontinent. Le jeune homme y alla, vendit les héritages de son père, et luy en porta bien tost l'argent au camp, dont il rachepta les prisonniers, en envoyant leur rençon à Hannibal. Plusieurs de ceulx qu'il avoit

15 racheptez, le voulurent depuis rembourser, mais il n'en voulut onques rien prendre, et leur donna leur rençon à tous.

VIII. Depuis estant appelle à Rome par les presbtres, pour faire quelques solennelz sacrifices, il laissa Tannée

20 entre les mains de Minutius pour la gouverner en son absence, avec condition de ne s'attacher point à l'ennemy, et de ne combatre point : ce que non seulement il luy défendit tresexpressement, comme ayant souveraine puissance, ains encore l'en admonesta, et l'en pria très

25 instamment, comme son amy. Minutius se souciant bien peu de toutes ses prières et commandefmens, aussi tost qu'il eut le dos tourné, commencea incontinent à harasser les ennemis : et un jour entre les autres ayant observé que Hannibal avoit envoyé bonne partie de son armée

30 au fourrage et recouvrement de vivres, il alla charger ceulx qui estoyent demourez, et les mena bâtant jusque

16 A : ains lear donna leur rençon

dedans leur camp avec grand meurtre, et plus grand effroy de ceulx qui s'estoyent sauvez, lesquelz n'attendoyent pas moins que d'estre assiégez dedans leur camp : et encore après que toute leur armée se fut ras- S semblée en un, il se retira malgré eulx, et sans rien perdre. Cela le remplit d'arrogance, et les soudards de témérité, encore plus que jamais. Si courut incontinent la nouvelle de ceste desfaitte jusques à Rome, et la feit on beaucoup plus grande qu'elle n'estoit : et Fabius

10 l'ayant entendue dit qu'il craignoit beaucoup plus la prospérité de Minutius, qu'il ne faisoit son adversité. Mais le commun peuple s'en esjouit fort, et avec grande démonstration de joye accourut sur la place : là ou Metellus, l'un des tribuns du peuple, montant en la chaire

iS aux harengues, leur feit un sermon, auquel il magnifia et loua haultement la vertu de Minutius, et à l'opposite chargea Fabius, non plus de lascheté et de couardise, ains de trahison : accusant aussi les autres priri«4paux personnages de Rome, disant que des le commencement ilz

20 avoyent tenu moyen de tirer ceste guerre en longueur, à fin de ruiner l'authorité et la puissance du peuple, et avoyent incontinent fait tumber les affaires soubs la main d'une monarchie, laquelle avec ses remises et délais donneroit loisir à Hannibal de se planter et maintenir en

iS Italie, jusques à ce que les Cartaginois eussent moyen, avec le temps, de luy envoyer renfort d'une seconde armée, pour de tout poinct se saisir et s'emparer de toute l'Italie.

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