INTRODUCTION. XXI
habitaient les déserts. Mais cette différence ne change rien à l'état ; elle ne forme qu'une circonstance accidentelle, qui ne prouve rien moins qu'une distinction d'état. Aussi Fleury remarque que, quand ces fervents chrétiens quittèrent le voisinage des villes pour entrer plus avant dans le désert, on ne les nomma plus simplement ascètes, quoiqu'ils menassent la même vie ; on les appela moines, c'est-à-dire solitaires ou ermites, c'est-à-dire habitants des déserts. Ce n'est donc ici qu'un nom différent qu'on commença de donner aux personnes du même état; et même, comme nous l'avons déjà remarqué, on leur donna dès lors indifféremment le nom de moine et d'ascète.
Ajoutons que cette distinction que donne Fleury n'est pas tout à fait sûre ; puisque les auteurs de l'histoire monastique, parlant de la ville d'Oxirinque, nous la représentent comme un seul et grand monastère, à cause de la grande quantité de moines qui s'y trouvaient. Voilà donc des moines reconnus pour tels, qui n'habitaient pas dans les déserts.
C'est là une partie des preuves qu'on donne ordinairement pour établir la succession de l'état monastique depuis les apôtres jusqu'à saint Antoine le Grand. On en peut voir le détail plus circonstancié dans ceux qui ont fait des dissertations expresses pour soutenir ce sentiment, qu'on ne peut nier être vraisemblable, bien qu'il y ait de grandes difficultés. Nous n'entrerons point ici dans ce débat, n'ayant en vue que d'édifier par le récit des vertus des solitaires.
Ce qui paraît plus certain, sans entrer dans aucune discussion des deux sentiments qui partagent les savants sur cette matière, c'est: l°que si l'état monastique fut en vigueur avant saint Antoine le Grand, il ne se soutint que dans l'obscurité ; au lieu que depuis ce saint, il parut avec éclat dans l'Église,