APERÇU HISTORIQUE. XXIX
quefois fatigués de brûler séparément les fidèles, les païens les précipitaient en foule dans le bûcher : les ossements des victimes, réduits en cendre, étaient jetés au vent. »
L'Egypte vit des scènes de cruauté inouïe même alors. Dans la Thébaïde, on attachait les martyrs à un poteau, aux ardeurs d'un soleil dévorant, et on les laissait mourir de faim. On déchirait leurs corps avec des tessons de verres et de pots ; on introduisait des pointes de fer ou de roseau sous leurs ongles, on versait de l'huile bouillante sur leurs plaies.^Ces scènes se prolongèrent pendant deux années et l'on vit jusqu'à cent exécutions dans une seule ville en un seul jour. La violence de la persécution empêcha les clercs romains de se réunir pour donner un successeur au pape saint Marcellin et le Saint-Siège fut vacant de 304 à 308. C'est alors que saint Marcel fut élu.
La persécution de Dioclétien ne s'étendit pas aux solitudes, qui déjà, selon l'expression des prophètes, commençaient à se couvrir de fleurs. Au contraire elle poussa beaucoup de chrétiens dans le désert, comme dès le temps de l'empereur Dèce elle y avait poussé saint Paul premier ermite. C'est en 307 que saint Antoine, dont la réputation était déjà grande, donna à son œuvre plus d'extension et commença, en quelque sorte, sa vie publique.
Les édits contre les chrétiens étaient toujours en vigueur, et leur application, bien que moins violente, ne s'arrêtait point. Le pape Marcel fat martyrisé en 309. Galérius mourant et sentant qu'il était sous le coup d'une punition divine, voulut donner la liberté aux chrétiens ; mais son édit rendu en 310 fat annulé l'année suivante ; on vit alors saint Antoine venir dans Alexandrie pour y confesser hardiment la foi et soutenir ainsi le courage des chrétiens.
L'ère du paganisme va finir. Constantin paraît, il est vainqueur de Maxence ; il règne et l'Église catholique jouit enfin de la liberté. Demandons à Bossuet quel fut alors l'état du monde :
xxx APERÇU HISTORIQUE.
« Pendant que Constantin assiégeait Maxence dans Rome, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde, avec une inscription qui lui promettait la victoire : la même chose lui est confirmée dans un songe. Le lendemain il gagna cette célèbre bataille, qui défit Rome d'un tyran et l'Église d'un persécuteur. La croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire (313). Un peu après, Maximien fut vaincu par Licinius, qui était d'accord avec Constantin. La paix fut donnée à l'Eglise. Constantin la combla d'honneurs. La victoire le suivit partout, et les barbares furent réprimés tant. par lui que par ses enfants. Cependant Licinius se brouille avec lui et renouvelle la persécution (315). Battu par mer et par terre, il est contraint de quitter l'empire et enfin de perdre la vie (32/1).
a En ce temps Constantin assembla à Nicée en Bithynie (325) le premier concile général où trois cent dix-huit évêques qui représentaient toute l'Église, condamnèrent le prêtre Arius, ennemi de la divinité du Fils de Dieu, et dressèrent le symbole où la consubstantialité du Père et du Fils est établie. Les prêtres de l'Eglise romaine envoyés par le pape saint Silvestre, précédèrent tous les évêques dans cette assemblée; et un ancien auteur grec compte, parmi les légats du Saint-Siège, le célèbre Osius, évêque de Cordoue, qui présida au concile. Constantin y prit sa séance et en reçut les décisions comme un oracle du Ciel. Les Ariens cachèrent leurs erreurs et rentrèrent dans ses bonnes grâces en dissimulant.
« L'Église paisible sous Constantin (dans tout l'empire) fut cruellement affligée en Perse. Une infinité de martyrs signalèrent leur foi !. L'empereur tâcha en vain d'apaiser Sapor, et de l'attirer au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable retraite 2. »
» On trouvera des détails sur cette persécution dans le dernier volume de cet ouvrage.
Discours sur l'Histoire universelle, onzième époque.