APERÇU HISTORIQUE. XXXI
L'œuvre de Constantin fut ébranlée par ses fiis. Constant soutint la foi de Nicée que Constance combattait. « Alors l'Eglise admira les longues souffrances de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie et défenseur du concile de Nicée. Chassé de son siège par Constance, il fut rétabli canoniquement par le pape saint Jules (341) dont Constant appuya le décret. Ce bon prince ne dura guère. Le tyran Magnence le tua par trahison (350); mais tôt après vaincu par Constance il se tua lui-même. Dans la bataille où ses affaires furent ruinées, Valens, évêque arien, secrètement averti par ses amis, assura Constance que l'armée du tyran était en fuite et fit croire au faible empereur qu'il le savait par révélation. Sur cette fausse révélation Constance se livre aux Ariens. Les évêques orthodoxes sont chassés de leurs sièges, toute l'Église (353) est remplie de confusion et de trouble. » De grandes faiblesses furent alors commises par quelques-uns de ceux sur lesquels on devait surtout compter. La ruse et la violence l'emportent sur le droit; l'autorité de l'empereur se substitue à la loi ; mais les Ariens, qui se trouvent les maîtres, ne peuvent s'accorder entre eux ; ils changent tous les jours leur symbole, et l'iniquité se ment à elle-même. « La foi de Nicée subsiste : saint Athanase et Hilaire, évêque de Poitiers, ses principaux défenseurs, se rendent célèbres par toute la terre. »
Les choses restèrent à peu près dans le même état jusqu'au règne de Julien l'Apostat. Ce prince employa contre l'Eglise un nouveau genre de persécution. « Il en entretint les divisions ; il exclut les chrétiens non-seulement des honneurs mais des études ; et en imitant la sainte discipline de l'Église il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. » La prompte mort de Julien ne lui permit pas de faire tout le mal qu'il avait projeté. Son successeur, Jovien, était zélé chrétien, mais il régna très-peu de temps. Après lui vint Valentinien. Ce prince rétablit
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les alTaires de l'empire très-compromises parles derniers règnes, et protégea en Occident la foi de Nicée, que Valens, son frère et son collègue, persécutait en Orient. On verra les luttes que soutinrent contre lui plusieurs des saints évêques et religieux qui figurent dans nos Vies des Pères des déserts.
C'est à cette époque que Aérius, prêtre arien, joignant de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte, soutint que la prêtrise devait être égalée à l'épiscopat et déclara inutiles les prières et les oblations de l'Église pour les morts. Il prétendait, en outre, que le jeûne n'était pas obligatoire. C'est aussi alors, d'autre part, que saint Martin, évêque de Tours, dont on reconstruit aujourd'hui la basilique, remplissait tout l'univers du bruit de sa sainteté et de ses miracles, durant sa vie et après sa mort.
La foi triomphe en Orient et en Occident sous Théodose le Grand etGratien; tous deux étaient d'habiles capitaines comme de fervents chrétiens, et repoussaient les barbares en même temps que les hérétiques. Le règne de Théodose fut long (379-395) et l'Orient eut d'heureuses années. C'est sous le règne de Théodose que les hérétiques macédoniens, qui niaient la divinité du Saint- Esprit, furent condamnés au concile de Constantinople (381). Gratien, massacré en 383, eut pour successeur Maxime, qui, par complaisance pour le sénat, rétablit à Rome, en 388, le culte des faux dieux. Théodose marcha contre lui, le défit et le laissa tuer par ses soldats; puis il donna l'empire d'Occident à Valentinien dont la mère favorisait l'arianisme. Le Franc Arbogaste renversa Valentinien et mit à sa place Eugène, qui releva les autels du paganisme. Théodose reprit les armes. Eugène, vaincu et prisonnier, fut puni de mort (39Zi), et, cette fois, Théodose garda tout l'empire. « Il fut, dit Bossuet, l'admiration et la joie de tout l'univers. Il appuya la religion, il fit taire les hérétiques; il abolit les sacrifices impurs des païens; il corrigea la mollesse, il réprima les dépenses superflues. Il avoua humblement ses fautes et en fit
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pénitence. Il écouta saint Ambroise, célèbre docteur de l'Eglise, qui le reprenait de sa colère, seul vice d'un si grand prince. Toujours victorieux, jamais il ne fit la guerre que par nécessité. Il rendit les peuples heureux et mourut en paix, plus illustre par sa foi que par ses victoires. »
Cette heureuse situation fut troublée sous le fils de Théodose; mais il n'entre pas dans notre plan de pousser plus loin ce rapide exposé. Nous avons simplement voulu rappeler par les faits essentiels quelle était la situation de l'Église et du monde à l'époque où la vie religieuse prit définitivement possession du désert et y reçut de magnifiques développements.