IV AVANT-PROPOS
Sabas par le moine Cyrille et quelques autres retrouvés par les Bollandistes, nous n'avons guère que des abrégés ou quelques traits et sentences recueillis par divers auteurs. Ces documents incomplets ont donné lieu aux plus patientes investigations, aux plus savantes recherches, et l'on est arrivé h de précieux résultats.
« Il faut distinguer, dit le P. Marin, trois sortes de recueils des sujets que nous traitons dans cet ouvrage. Les uns ne contiennent que quelques actions ou paroles remarquables des solitaires, qu'on trouve dans les livres des Pères que Rosweyde a donnés et qu'il a enrichis de notes savantes, ou dans les monuments de l'Eglise grecque de M. Cotelier et dans d'autres auteurs. D'autres contiennent quelques vies, mais la plupart abrégées, qu'on trouve aussi dans Rosweyde, et que nous devons surtout à Kufin, à Pallade, à Théodoret. D'autres enfin contiennent des vies plus étendues qui se trouvent principalement dans le premier livre de Rosweyde ou dans les monuments de M. Cotelier, outre quelques notices qui n'y sont point insérées et qu'il faut chercher dans divers écrivains ecclésiastiques.
« La plupart de ces collections sont fort anciennes. On avait soin dans l'Orient, comme on fit aussi eh Occident, de les rendre communes dans les monastères, et on les mettait entre les mains des religieux pour apprendre les devoirs de leur état dans les sentiments et les vertus de ceux qui les avaient précédés. *
avant-propos; y
Il n'est pas aisé de dire quels ont été les auteurs de ces différents recueils ; mais cela est secondaire ; il importe surtout de bien établir l'autorité des sources où Ton a puisé. « C'est ce que nous avons essayé de faire, reprend le P. Marin, en nous servant des meilleurs auteurs modernes qui ont fait des recherches sur cette matière. Nous savons, par exemple, que Kufin et Evagre du Pont ont été accusés d'origénisme, et que les erreurs d'Origène s'étaient glissées parmi quelques solitaires de Nitrie. D'ailleurs Rufin est un auteur exagérant et qui emploie facilement les superlatifs. Ainsi nous nous sommes tenu en garde contre ses sentiments et ses hyperboles, et nous ne l'avons pas cru sur sa parole; mais nous avons appelé à notre secours saint Jérôme qui l'a combattu, et Pallade qui a voyagé comme lui dans ces déserts.
« Mais quant à saint Jérôme, outre la qualité de Docteur de l'Église qui rend son témoignage si respectable, il était trop sincère et trop judicieux critique pour nous donner comme véritables des histoires hasardées sans garants sûrs et fondées sur des ouï-dire et des bruits populaires. Aussi le jugement qu'Erasme a porté des Vies de saint Paul ermite et de saint Malch, en prétendant que ce sont deux pieux romans que ce saint Docteur a composés comme pour égayer sa plume et se délasser de ses études sérieuses, est un paradoxe qui ne mérite pas même qu'on se donne la peine de le combattre.
« Nous ferons pourtant observer que si le respect qui est dû à saint Jérôme ne nous a pas permis de placer parmi les