VI AVANT-PROPOS
solitaires dont nous parlons dans cet ouvrage, ni Rufin, ni Evagre, ni les Grands Frères et quelques autres, nous n'avons pas cru devoir exclure également tous ceux qui, sous prétexte d'origénisme, furent persécutés par Théophile d'Alexandrie, et qui cherchèrent contre ses poursuites un asile près de saint Jean Chrysostome. »
Le P. Marin explique ensuite qu'il a fait de larges emprunts à l'ouvrage de Bulteau : Histoire des moines de l'Orient. « Nous avons tâché, dit-il, de recueillir ce que nous avons pu trouver de plus sûr dans l'histoire monastique, en puisant dans les anciens écrivains et en nous servant utilement des recherches et des remarques des nouveaux. Quoiqu'on ait beaucoup écrit sur cette matière, nous ne connaissons guère que Bulteau qui ait réuni dans un même dessein les vies des Pères des déserts, leur doctrine spirituelle et leur discipline monastique. On trouve ces trois matières traitées séparément dans différents auteurs. Nous avons cru qu'en les unissant, à l'exemple de Bulteau, elles feraient mieux connaître ces saints habitants de la solitude.
« Cet auteur nous a servi de guide. Nous l'avons suivi pas à pas, et il nous a été d'un très-grand secours dans un sujet où l'on trouve des difficultés en grand nombre et que nous n'aurions pu débrouiller sans lui qu'avec beaucoup de difficulté, et peut-être sans y réussir. Comme son ouvrage est fort concis, et qu'il ne s'est proposé que de donner un essai, nous développons ce qu'il a renfermé en abrégé ainsi que dans
AYANT-PROPOS. Vff
un germe ; nous lui donnons toute retendue dont il est susceptible; et on trouvera ici bien au long ce qu'il n'a fait, pour ainsi dire, que nous indiquer \
« D'ailleurs, les Vies des Pères par Bosweyde, les Actes des Saiîits de Bollandus et de ses continuateurs, les Monuments de VÉglise grecque de Cotelier, les Mémoires ecclésiastiques de Tillemont sont les principaux ouvrages que nous avons consultés. Nous avons eu aussi recours aux anciens historiens de l'Église et à ceux encore qui ont traité particulièrement de la discipline religieuse, comme à Cassien, à la collection des règles de Saint-Benoît d'Aniane, et entre les modernes, à Bivarius.
« Quant aux ouvrages ascétiques dont nous avons formé la doctrine spirituelle des saints solitaires, nous avons tâché de les lire avec attention pour en donner une analyse assez étendue, et nous avons profité aussi des traductions qu'on en a faites en notre langue, persuadés qu'elles seraient bien plus exactes que celles que nous en ferions nous-mêmes. »
Plusieurs des historiens des Pères des déserts et des écrivains ecclésiastiques des premiers siècles, dont le témoignage est invoqué dans le cours de cet ouvrage, ont vécu eux-mêmes dans la solitude, et Ton trouvera des détails sur leur vie à côté des renseignements que nous leur avons empruntés. Ci-
1 Bulteau est mort en 1693. Il avait publié son Histoire des moines dt i 'Orient, en 1678.
THI AVANT-PROPOS.
tons particulièrement saint Athanase, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, Théodoret, le bienheureux Cassien, saint Ephrem, saint Nil, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, Pallade, saint Jean Climaque, saint Jean Mosch. De tels noms montrent à eux seuls toute la valeur de ces récits.
Comme historiens, Eusèbe, Socrate, Sozomène, Procope, qui écrivirent au IVe, au Ve et au VIe siècle, ont une incontestable autorité. Gennade a été soupçonné de semi-pélagianisme, et ce soupçon doit mettre en garde contre ses doctrines; mais la partie historique de ses écrits est estimée. Rufin, bien qu'il ait besoin d'être contrôlé, doit être consulté et peut l'être avec fruit. Saint Théodore Studite et Théophane ont écrit plus tard ; tous deux cependant comptent encore parmi les auteurs qui font remonter aux sources de l'histoire monastique. Le P. Marin a pris dans ces divers écrivains tout ce qui convenait à son sujet.
Après les auteurs ecclésiastiques qui vont du IVe siècle au commencement du IXe, nous trouvons les savants, les commentateurs, les critiques. Le P. Marin a largement puisé dans leurs nombreux et doctes travaux. Il l'a dit plus haut, et nous n'avons pas à insister sur ce point. Cependant, aux noms donnés dans les lignes que nous venons de reproduire, nous devons ajouter ceux de Baronius et d'Assemani. Le P. Marin voulait que son livre fût, en même temps, un livre d'érudition, de saine critique et de piété ; et ce résultat difficile a été pleinement obtenu.