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Chapitre SI

Dès que Théodore fut établi abbé il envoya deux de ses religieux, Théophile et Coprez, à saint Àthanase pour lui offrir ses respects et son obéissance. En revenant ils amenèrent d'Alexandrie un jeune homme de dix-sept ans, nommé Ammon, qui, après s'être converti à la foi, avait résolu d'embrasser la vie solitaire, sur l'éloge que saint Athanase en avait fait dans un de ses sermons. Il avait d'abord voulu se mettre sous la conduite d'un moine de Thébaïde qui se trouvait alors à Alexandrie ; mais un curé de la ville qu'il consulta sur son dessein, l'avertit que ce moine était hérétique, et lui conseilla de se rendre plutôt auprès de Théodore. Il profita donc du retour de ses deux religieux, et c'est de cet Ammon, qui fut évêque dans la suite, que nous avons appris une partie des actions de notre Saint, dans une longue lettre qu'il adressa à Théophile, patriarche d'Alexandrie, sur la prière que ce prélat lui en avait faite. Il y rapporte après la mort de saint Théodore, non-seulement ce qu'il en avait ouï raconter; mais aussi ce que lui-même avait vu et entendu.

11 dit que, quand il arriva à Pabau, saint Théodore vint le recevoir à la porte du monastère, lui fit quelques interrogations, le revêtit de l'habit monastique, l'introduisit dans un endroit où les frères étaient assemblés au nombre de six cents, et le fit asseoir auprès de lui sous un palmier.

il ajoute qu'il y était dans l'étonneinent et l'admiration de voir le bel ordre qui régnait dans une si nombreuse assemblée de

moines, et que tandis qu'il était assis auprès du Saint, il vit plusieurs de ces religieux se lever les uns après les autres et s'approcher de lui pour le prier de leur dire devant tous quels étaient leurs défauts. Que Théodore leur disait alors quelque passage de l' Écriture qui convenait à leur état particulier, et qu'on voyait ces religieux retourner à leurs places les larmes aux yeux et la componction dans le cœur. Que quelques-uns en étaient si vivement pénétrés, qu'ils répandaient des larmes en abondance, et en tiraient des yeux de ceux qui étaient assis à leur côté. Parmi ceux qui venaient ainsi prier le saint abbé de leur dire leurs défauts, Ammon en remarqua un nommé Patelloli, à qui le Saint dit ces paroles de l'Apôtre : Portez les fardeaux les uns des G(J> c autres, et de cette sorte vous accomplirez la loi de Jésus-Christ; mais il déclara ensuite aux frères que ce bon religieux était trèsredoutable aux malins esprits.

Ce n'était pas seulement par une connaissance expérimentale des mœurs de ses religieux, que le Saint faisait à l'état de chacun d'eux en particulier des applications si justes de l'Écriture, mais c'était plutôt par une lumière surnaturelle que Dieu lui communiquait sur leur intérieur; et il ne finit point cette conférence sans qu'il parût évidemment que l'esprit de Dieu résidait en lui; car il fit en même temps sur ce qui devait bientôt arriver à l'Église, une prédiction que les effets justifièrent, et que nous allon rapporter sur le récit d' Ammon qui l'entendit.

Un autre religieux s'allait approcher de lui comme avaient fait les autres, lorsqu'on le vit entrer tout à coup dans un profond silence, ensuite regarder le ciel, et enfin se lever de sa place. Tous les frères se levèrent aussi et formèrent un cercle autour de lui, comprenant qu'il avait encore quelque avis important à leur donner. Il leur dit alors : « Je ne sais si ceux qui sont encore charnels entendaient ce que je vais dire, le prendraient en bonne part ; je ne laisserai pas de le déclarer, puisque Dieu me l'ordonne. La persécution qui a été excitée par ceux qui se disent

chrétiens comme nous (il voulait désigner les ariens) , augmentera encore beaucoup, et en entraînera plusieurs à la perte éternelle. Quand elle sera plus allumée que jamais, il s'élèvera un prince païen qui déclarera encore une guerre sanglante aux fidèles qui seront soumis à sa domination, et il n'oubliera rien pour détruire la religion; mais Jésus-Christ renversera ses desseins et il sera confondu. C'est pour cela que nous ne devons pas cesser de crier vers Dieu afin qu'il ait pitié des Églises, et qu'il empêche par sa miséricorde la perte d'un grand nombre d'âmes. » $ Élurion, qui était un des frères qui l' écoutaient, désira de savoir quand ces choses arriveraient, et pria Ammon de le lui demander ; mais le jeune novice ne l'osait par respect et par timidité. Il le fit enfin aux instances d'Élurion, qui l'assura que le Saint aurait pour lui cette complaisance ; et à peine eut-il ouvert la bouche, que Théodore lui fit une réponse qui fut une prédiction qui le regardait personnellement. Il lui répondit donc que ce qu'il venait de dire s'accomplirait dans peu d'années; que Dieu aurait enfin pitié de son Église ; que quand la persécution des païens aurait cessé, celle des ariens cesserait aussi, et que lui, Ammon, verrait par lui-même ces tragiques événements, et les favorables ni leur succéderaient.

Ceci se vérifia premièrement lorsque saint Athanase fut chai d'Alexandrie, et que les ariens déchargèrent plus que jaii ;s leur fureur contre les orthodoxes. En second lieu, lorsque Ji l'Apostat, au milieu de ces troubles, fut déclaré empereur, ej persécuta l'Église qu'il avait résolu d'abolir entièrement. troisième lieu, quand Jovien, prince très-orthodoxe, succéda à n el rendit la paix à l'Église.

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