Chapitre I
La congrégation de Tabenne était composée, du vivant de saint Pacôme, de neuf monastères d'hommes, auxquels clans la suite et après la mort du saint patriarche, saint Théodore en ajouta quatre, et d'un monastère de filles, auquel le même saint Théodore en ajouta un second. Chaque monastère était divisé en tribus, les tribus en familles ou maisons, et les maisons en cellules. Les religieux, selon la règle de l'ange, étaient trois dans chaque cellule. Les maisons ou familles étaient composées de douze ou treize cellules, et habitées par conséquent de trente ou quarante religieux. Trois ou quatre maisons formaient une tribu ; ainsi chaque tribu était composée d'environ cent vingt ou cent soixante religieux, et comme il y avait trente ou quarante familles dans un monastère, selon qu'il était plus ou moins considérable, il s'ensuit que les moindres monastères étaient de mille deux cents religieux, et les plus grands de mille six cents; de sorte qu'il y aurait eu, selon ce calcul, dans les treize monastères qui subsistaient du temps de saint Théodore, plus de seize mille religieux. C'est la remarque de Gazaeus sur lalettre de saint Jérôme, sert de préface à la traduction de la règle de saint Pacôme.
Cependant nous sommes obligés d'avouer que ce sentiment È pas tout à fait sûr, puisque Pallade, qui n'écrivait que ■ ans après saint Jérôme, et qui avait été au monastère de Panes, donne des chiffres différents. Nous nous rangeons à l'opinion la plus probable.
Tout l'Ordre était gouverné par un chef, à qui le nom d'abbé était plus particulièrement réservé. On trouve pourtant dans
l'histoire de saint Pacôme qu'il est quelquefois donné à des supérieurs d'un moindre rang. Cet abbé général veillait exactement sur tous les monastères. Il les visitait fréquemment, et le faisait souvent par d'autres, à qui il confiait pour cela son autorité. Il écrivait aussi aux supérieurs et aux religieux particuliers selon qu'il le jugeait nécessaire, et on l'informait fidèlement de tout ce qui se passait dans les monastères. Nous avons, dans le Recueil des Règles de saint Benoît d'Aniane, quelques lettres de saint Pacôme, les unes adressées à Corneille, supérieur de Moncose, les autres à Syr, supérieur de Pachnum, et d'autres aux religieux en général, ou à quelques-uns en particulier. Il se sert dans celles qu'il adresse à Corneille ou à Syr d'un langage mystérieux dont nous avons déjà parlé.
L'abbé général tenait deux fois dans l'année une assemblée dans son grand monastère de Pabau ; l'une à Pâques, où tous les religieux étaient appelés ; l'autre, le 13 du mois d'août, à laquelle assistaient seulement les supérieurs des monastères, les prieurs des maisons ou familles, et ceux qui avaient ordre particulier d'y venir.
La première assemblée avait lieu afin que tous les religieux célébrassent ensemble la grande solennité de Pâques ; ils se rendaient à Pabau pour le mardi saint, et ne s'en retournaient qu'après l'octave de Pâques. Dans la seconde assemblée d'août, on rendait compte au grand économe de l'Ordre du travail et de la dépense de l'année. Chaque supérieur y recevait de l'abbé général les ordres dont il avait besoin. On établissait de nouveaux supérieurs et autres officiers selon qu'il était nécessaire. On y terminait tous les différends qui pouvaient s'élever entre les frères, afin qu'ils se pardonnassent mutuellement, et que la paix et la charité régnassent dans les cœurs ; d'où vient que saint Jérôme dit que ces jours de rémission et de pardon étaient une espèce de jubilé. Il y a dans le Recueil de saint Benoît d'Aniane deux lettres de saint Pacôme et une de saint Théodore pour ces
convocations. On peut remarquer particulièrement dans celle de saint Théodore qu'il y parle des catéchumènes des monastères qui devaient être baptisés la veille de Pâques et recevoir ensuite le corps et le sang de Jésus-Ghrist.
Il y avait pour chaque monastère un supérieur qu'on nommait chef, princeps, père, hégumène, rarement abbé, et d'autres fois économe, soit que l'économe fût quelquefois supérieur en même temps, soit qu'il le fût ordinairement au moins dans quelques monastères. Ce supérieur avait un vicaire qu'on nommait second, pour suppléer à son défaut.
Comme les monastères étaient composés de plusieurs maisons ou familles, chaque famille avait son chef qu'on appelait prieur ou prévôt, pvœpositus, et un second pour l'aider. Le supérieur du monastère rendait compte immédiatement à l'abbé général, et les prieurs des familles rendaient compte de leur charge au supérieur du monastère, dont ils recevaient la correction et la pénitence quand le cas l'exigeait.
Si l'on juge du cas qu'on faisait dans Tabenne de la charge de prieur, par les différents endroits de la règle où il est parlé de leurs obligations et de la conduite qu'ils doivent tenir, on reconnaîtra aisément qu'elle y passait pour une des plus importantes ; non par rapport au rang qu'elle y donnait, mais parce qu'elle influait essentiellement sur le soutien de l'observance régulière. Car si les supérieurs veillaient chacun sur leur monastère en général, chaque prieur ayant moins de religieux sous sa juridiction, il les observait de plus près et pouvait par conséquent mieux veiller sur la conduite bonne ou mauvaise des particuliers, que le supérieur du monastère. Aussi voit-on dans l'article 31 de la règle, que quand il s'agissait de permettre à un religieux de parler à ses parents, ou de faire un voyage, le supérieur s'informait du prieur de l'état de ce religieux, et concertait avec lui sur ce qui était à propos de lui permettre. Et sans doute il faisait la même chose dans d'autres cas de cette nature.
Saint Pacôme regardait cette charge de prieur comme si importante, qu'il s'étend plus particulièrement et fort au long dans sa règle sur les qualités que le prieur doit avoir. Il veut, quant à ses dispositions intérieures, qu'il soit établi dans l'humilité; qu'il soit éclairé dans la science des saints; qu'il soit mortifié dans ses passions ; qu'il soit grand observateur de la loi de Dieu et des préceptes des anciens ; qu'il aime la vérité et déteste l'injustice ; qu'il soit fervent et non pas négligent dans ses devoirs ; qu'il ne redoute point la peine ni même la mort ; mais qu'il craigne Dieu, etc. Quant à sa conduite extérieure, il veut qu'il soit un modèle de gravité religieuse, de retenue, de modestie, de tempérance, de régularité, de mortification ; qu'il ne s'amuse pas à parler inutilement, ni à rire avec les jeunes gens, ni à écouter de vaines plaisanteries. Qu'il ne recherche pas la bonne chère, une couche différente et plus commode que celle des autres, dos habits plus propres, etc. Quant à la conduite qu'il doit garder envers les frères qui sont sous ses soins, le Saint veut qu'il ne dépasse pas envers eux les bornes de son autorité ; qu'il ne les gouverne pas avec dureté ; qu'il ne leur parie pas avec hauteur ; qu'il prenne garde qu'il ne se glisse pas clans son âme des sentiments d'orgueil et de vanité lorsqu'il est obligé de leur faire la correction, mais qu'il la fasse sans préjudice de la vérité qu'il doit soutenir, et de l'humilité qu'il doit toujours conserver dans son cœur. Il lui recommande de suivre toujours fidèlement les règles de la vérité, de la justice et de la charité, ne se laissant point séduire par les flatteries., ni corrompre par les présents, ni ébranler par la considération des personnes. Il leur recommande surtout ce dernier point, et de bien se donner de garde d'abandonner jamais la vérité pour la crainte de ce que diront les créatures, de se mettre au-dessus de leur jugement, et de n'avoir que la crainte du Seigneur. Il ne veut pourtant pas que, sous prétexte de défendre la vérité, ils soient fermes jusqu'à la durcfé, et ne consultent que la justice rigoureuse aux dépens de la misé-
ricorde ; car il recommande celle-ci spécialement, et on peut dire que l'humilité et la douceur sont les deux principales vertus qu'il exige d'eux, sans pourtant qu'ils négligent les autres.
Quand le Saint dit dans sa règle que les prieurs ne doivent pas passer les bornes de leur autorité, il fait sentir qu'elle était bornée, et qu'ils ne l'avaient pas si étendue sur leurs familles, que l'avait le supérieur sur tout le monastère. Elle consistait principalement à veiller sur les frères commis à leurs soins, afin qu'ils observassent fidèlement la règle et toute la discipline du monastère. Elle consistait à les dresser à tous les usages et les cérémonies du chœur, du réfectoire, des autres assemblées régulières ; elle consistait à marcher toujours à leur tête, lorsqu'ils allaient au travail, ou à quelqu' autre exercice ; à parler pour eux et en leur place, quand les lois du silence et de la discipline ne permettaient pas aux particuliers de parler ou de répondre. Elle consistait à les avertir, et à leur faire la correction, lorsqu'ils manquaient en quelque point de l'observance, à les instruire et à les éclairer dans leurs doutes, et à être toujours prêts à entendre leurs difficultés, leurs tentations, leurs peines intérieures, et à leur répondre là-dessus à propos. C'est pour cela que ces prieurs devaient être des gens instruits dans la vie spirituelle et dans la science du salut, et versés dans les Écritures.
Mais, d'ailleurs, lorsqu'il s'agissait de quelque chose de plus que de l'infraction des règles et d'un manquement contre la discipline, les prieurs devaient en avertir le supérieur du monastère, sans quoi ils étaient réprimandés eux-mêmes, et quelquefois mis en pénitence, comme ayant connivé par leur silence au péché de leur frère, trahi son âme et la leur propre.
Il était ordonné aux prieurs de consoler les frères de leur famille qui étaient dans la peine et dans la tentation, et de s'informer d'eux du sujet de leur tristesse lorsqu'elle paraissait sur leur visage ; et s'ils négligeaient de le faire, soit par défaut de compassion, ou par mépris de leur frère affligé, ou par hauteur,
30/j VIES DES PÈRES DES DÉSERTS.
ou s'il arrivait que le prieur eût causé i ui-mème cette tristesse à ce frère par quelque acte d'injustice, il était déposé de sa charge jusqu'à ce qu'il eût appris dans son humiliation à avoir plus d'éruité et plus de charité.
De plus, les prieurs faisaient une instruction trois fois la semaine aux frères de leur famille, et ils leur faisaient aussi rendre compte de ce qu'ils avaient retenu des instructions du supérieur du monastère, lorsque celui-ci en avait fait.
(Iliaque famille avait ses bâtiments à part. Ceux qui faisaient le même métier étaient réunis dans la même famille. Ainsi tous ordonniers étaient dans la même famille; les serruriers, les tanneurs, etc. , formaient aussi une même famille ; et ils allaient tous ensemble à leurs ouvrages, ayant toujours leur prieur à leur tête, ou son second à son défaut.
La première famille était de ceux qu'on appelait les moindres économes, ou économes du second rang, qui avaient soin de la table et de la cuisine. La seconde était celle des infirmiers, la troisième des portiers. On choisissait pour ceux-ci des personnages graves et édifiants, pleins de charité, et en état de recevoir les hôtes chacun selon leur qualité. Ils avaient aussi le soin d'instruire ceux qui se présentaient pour entrer dans l'Ordre jusqu'à ce qu'on leur eût donné l'habit religieux. Les prieurs de ces trois familles donnaient tour à tour de leurs religieux pour servir tes frères, et on les changeait toutes les semaines ; celui des moindreéconomes commençant la première semaine, et ensuite celui des infirmiers et des portiers. Saint Pacôme avait aussi établi des procureurs pour le dehors, qui étaient chargés d'aller acheter ce qui était nécessaire pour le service de la communauté. Cha< or communauté avait son prieur et son économe. Celui-ci quelquefois le supérieur même du monastère, eoiiimT nous l'avons dit ci-dessus. 11 donnait au procureur l'argent nécessaire pour la dépense, et à son retour le procureur lui rendait ce qu'il avait de reste, ne le gardant jamais dans sa cellule, non pas même une seule nuit.
l Outre les économes de chaque monastère, il y avait à Pabau le grand économe de l'Ordre, et le procureur général destiné pour aller vendre les ouvrages des frères et acheter la matière nécessaire pour en faire d'autre, que l'économe faisait ensuite distribuer aux différents monastères. De sorte que l'économe de Pabau avait inspection sur les ouvrages de tous les monastères, dont il tenait un compte exact, qu'il rendait dans l'assemblée du mois d'août, après que chaque supérieur y avait rendu les siens.
On avait deux bateaux pour le service de tout l'Ordre, destinés pour porter les marchandises à Alexandrie et ailleurs, et en apporter des provisions. Nous avons vu qu'Apollonius, prieur de Moncose, voulut avoir un bateau particulier pour son monastère, du temps du gouvernement d'Orsise, et le schisme que cela faillit causer dans l'Ordre; car saint Pacôme voulait que le bien fût commun à tous les monastères, pour rendre l'union des différents membres de sa congrégation plus étroite et mieux cimentée.
Enfin tout était parfaitement bien ordonné dans l'ordre de Tabenne tant pour le spirituel que pour le temporel, et cette belle harmonie était établie uniquement pour faciliter la sanctification des frères. Ainsi quant au spirituel, ils ne manquaient d'aucun moyen pour acquérir la perfection religieuse, et ils en avaient même en abondance : instructions, lectures, corrections, oraisons, sacrements, bons exemples, tout était employé par la règle et la vigilance des supérieurs pour les rendre saints. Quant au temporel, les choses étaient réglées de telle sorte qu'ils n'eussent aucune sollicitude de ce côté-là qui pût tant soit peu les détourner du soin de leur avancement dans la piété, et qu'au contraire elles servissent plutôt à les y aider.
La règle de l'ange, selon que Pallade le rapporte, ordonne de diviser tous les solitaires en vingt-quatre troupes selon le nombre des vingt-quatre lettres grecques, et de donner à chaque troupe le nom d'une de ces lettres en commençant par Y alpha, et finissant par X oméga; en sorte qu'on accommodât cet arrangement
selon l'humeur et l'inclination d'un chacun, et qu'on donnât, pa? exemple, aux plus innocents et aux plus simples, le nom de ïota, qui est la plus petite et la plus simple lettre de l'alphabet, et le nom de xi à ceux qui étaient d'une humeur fâcheuse et difficile, assez bien désignée par la figure bizarre et irrégulière de cette lettre. Par ce moyen lorsque le supérieur voulait s'informer de l'humeur de quelqu'un de ses solitaires, il pouvait aisément comprendre quel il était, quand on lui marquait la lettre sous laquelle on l'avait mis. Mais cela était un mystère dans l'Ordre qui n'était connu que de ceux à qui l'intelligence en était donnée pour le gouvernement.
Bulteau, parlant de ceci, dit que chaque bande ou maison de religieux, c'est-à-dire ce que nous avons appelé les familles, devait être marquée par une lettre de l'alphabet des Grecs; et il ajoute qu'on mettait d'ordinaire dans la même maison les religieux qui travaillaient aux mêmes ouvrages. Mais ceci souffre bien de la difficulté; car cette division selon les lettres de l'alphabet grec était établie pour désigner l'humeur de chaque particulier, plutôt que pour marquer les différentes familles. De sorte que, si elle servait pour marquer les familles, il eût fallu que tous ceux qui étaient d'une humeur candide et innocente eussent été de la même famille, ce qui n'aurait pas été d'un grand inconvénient pour ceux-là, mais c'en aurait été un très-grand si on avait mis dans la même famille ceux qui étaient d'une humeur fâcheuse et difficile, désignée par la lettre xi; plusieurs personnages de ce caractère ne pouvant guère compatir longtemps ensemble.
11 semble donc que cette division des religieux de Tabenne sekm les vingt-quatre lettres de l'alphabet, n'était pas pour distinguer les maisons ou familles, mais seulement pour distinguer les caractères des religieux, et que dans le rôle que le supérieur avait de leurs noms, ils étaient partagés en vingt-quatre classes, selon le nombre de ces lettres, ('(placés chacun sous une de ces lettres qui désignait son caractère. Nous pouvons croire aussi
qu'on se servait des lettres de l'alphabet grec pour distinguer les familles, en les marquant chacune par une lettre ; et en cela il l'y a aucun inconvénient; on en trouve même quelque indice Jans la règle.
Tel était donc le gouvernement de l'ordre de Tabenne considéré en général. Il faut entrer à présent dans le détail de la discipline.
Quoique les moines de Tabenne fussent en aussi grand nombre que nous l'avons dit, il ne s'ensuit pas qu'on admît parmi eux sans choix et sans épreuve tous ceux qui demandaient à être reçus. Quand quelqu'un se présentait pour cela à la porte du monastère, on ne l'introduisait pas d'abord dans l'intérieur, mais après en avoir donné avis au supérieur, on le laissait dehors pendant quelques jours, pour s'assurer de sa bonne volonté par sa persévérance. Cassien dit que c'était tout au moins pendant dix jours, et que durant tout ce temps le prétendant était obligé de se prosterner aux pieds des frères qui passaient, et que ceuxci le rebutaient avec des reproches humiliants et des paroles rudes, tant pour éprouver si son désir était sincère, que pour voir s'il serait humble, patient et ferme contre la tentation.
Pendant cette première épreuve on examinait avec soin quel motif l'amenait à la religion. S'il n'était point dans quelque cas qui fût un obstacle à sa réception, comme s'il était esclave et en puissance de maître, ou dans un âge qui exigeât absolument le consentement des parents, ou engagé dans des devoirs contraires à l'état qu'il voulait embrasser. On lui demandait s'il était bien résolu à quitter sa famille, ses amis, ses biens, et tout ce qui était du monde. On lui apprenait l'Oraison dominicale et un certain nombre de psaumes, ou autant qu'il en pouvait apprendre, avec deux épîtres de saint Paul, ou quelqu' autre partie de la sainte Écriture ; et lorsqu'on le voyait propre pour l'Ordre, on l'instruisait des règles et des usages du monastère, et généralement de tout ce qu'il y aurait à faire ; afin qu'il ne s'engageât pas sans être instruit de ses obligations.
C'étaient les portiers qui étaient chargés de lui donner ces premières instructions. Ensuite, on le revêtait de l'habit de novice, et le supérieur mettait en dépôt ceux qu'il quittait dans un endroit destiné pour cela, afin qu'on pût les lui rendre s'il ne persévérait pas, ou qu'on les distribuât aux pauvres, si Dieu lui faisait la grâce de persévérer. Cassien dit que cette cérémonie se faisait dans l'assemblée des frères. Il y a apparence qu'il ne veut pas parler là de l'usage particulier de Tabenne, mais de l'usage assez commun dans les monastères d'Egypte ; car, à Tabenne, on n'introduisait pas le novice dans l'intérieur, qu'il n'eût l'habit religieux.
Le même auteur remarque qu'on examinait avec attention si le novice ne conservait point dans son cœur de l'affection pour les biens qu'il quittait, et s'il ne se réservait rien. Il dit qu'on ne recevait aucun argent de lui, non pas même pour être appliqué au profit commun du monastère, et cela pour deux raisons ; la première de peur qu'il ne voulût se prévaloir du don qu'il aurait fait, ou ne dédaignât, par esprit d'orgueil, d'être au niveau des autres frères plus pauvres que lui ; la seconde, afin que s'il venait à perdre l'esprit de son état par ce défaut d'humilité, et à vouloir quitter l'habit, l'Ordre n'eût point d'intérêts temporels à démêler avec lui, à l'occasion de ce qu'il en aurait reçu, ce qui pouvait occasionner du scandale ou du trouble.
Mais bien que, selon Cassien, on se fît une loi dans Tabenne de ne rien recevoir des novices, il y eut des exemples du contraire, même du temps de saint Pacôme, qui reçut la famille entière de Psénèbe, père de Pétronne, avec tout son bien; mais c'est ici un cas singulier qui doit être regardé comme une exception de la règle; d'autant mieux que Psénène ne donna son bien qu'à mesure que toute sa famille entra dans l'Ordre, et que ce fut proprement pour fonder un nouveau monastère. Ainsi il y a bien de la différence entre recevoir de l'argent des novices et agréer la fondation d'une nouvelle maison.
Après que le postulant avait été revêtu de l'habit de novice, le portier le gardait auprès de lui jusqu'à l'heure de la prière, et alors il le conduisait à l'assemblée des frères, et lai montrait la c„s place où il devait être, jusqu'à ce que celui qui devait en avoir inst,c soin vînt l'y prendre. Gassien dit qu'il n'était pas pour cela d'abord admis dans la société des frères ; mais qu'il demeurait un an entier sous la conduite du portier, pour s'exercer à l'humilité et à la patience, en servant sous lui les hôtes et les étrangers, et que, l'année étant finie, il passait sous la direction d'un doyen ou chef de dix jeunes frères, sous lequel il s'exerçait dans les vertus religieuses ; mais comme on ne trouve point qu'il soit parlé de ces doyens dans les Vies ni dans les règles des religieux de Tabenne, peut-être a-t-il pris les maisons ou familles dont nous avons parlé plus haut pour des compagnies composées régulièrement de dix personnes, en quoi il se serait trompé. C'est la remarque de Tillemont.
Saint Pacôme ne recommandait rien tant aux novices que le renoncement à leur volonté et la pratique de l'obéissance ; et c'était là-dessus qu'insistaient perpétuellement ceux qui étaient chargés de leur éducation. On les avertissait d'écouter les ordres des supérieurs avec le même respect, et de les exécuter avec la même promptitude que si Dieu les leur avait donnés. On ne voulait point qu'ils raisonnassent dans leur esprit sur ce qu'on leur commandait ; mais qu'ils renonçassent à leurs propres lumières pour ne se conduire que par celles des supérieurs, et c'était pour les accoutumer à cette obéissance aveugle qu'on combattait en tout leurs désirs et leurs inclinations, et qu'on leur commandait quelquefois des choses qui choquaient la raison en apparence, mais qui leur servaient à acquérir la sagesse évangélique.
Il ne leur était pas permis d'aller en aucun endroit sans la permission, ou au moins à l'insu de celui qui était chargé de leur conduite. Il leur était aussi très-fort recommandé de lui ma-
nifester leurs tentations et tout ce qui se passait dans leur intérieur, soit pour leur faciliter le moyen d'acquérir l'humilité et une parfaite dépendance, soit afin d'empêcher que le démon ne les trompât par quelque secrète illusion; et on les avertissait que c'était un des plus dangereux artifices du démon de les détourner de cette salutaire pratique.
On obligeait encore les nouveaux religieux à apprendre à lire, s'ils ne l'avaient pas appris avant que d'entrer. C'est ce qui est expressément porté par l'article 80 de la règle.
Il y a un article dans la règle de l'ange, telle qu'on la trouve dans la version de Denis le Petit, où il est dit que celui qui entre dans le monastère ne pourra s'y occuper durant les trois premières années aux études plus sacrées , studiis sacratioribus ; ce qu'Arnaud a traduit par l'étude de la sainte Écriture ; mais qu'il travaillerait seulement avec simplicité aux ouvrages qui lui seraient ordonnés, et qu'après cela il entrera dans la carrière des combats spirituels; mais cela signifie seulement qu'on ne permettait pas aux jeunes religieux dans les trois premières années de s'appliquer à rechercher le sens le plus profond et le plus mystérieux de l'Écriture ; car cela était au-dessus de leur portée, et que leur principale étude devait être dans ce temps-là de s'exercer à des actes d'humilité, d'obéissance, et à d'autres pratiques qu'on leur prescrivait.
Il semble même que cet endroit de la règle de l'ange, tel qu'il est rapporté dans Pallade, signifie seulement que, pendant ces trois ans, les novices ne seraient pas dans la compagnie des autres frères, étant, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans les Ordres religieux, sous la dépendauce d'un père, maître ou supérieur particulier, qui veille de plus près sur eux.
L'âge n'était pas un obstacle pour être reçu dans Tabenne. On y recevait des vieillards et des enfants. Ceux-ci sans doute, avec le consentement des parents, comme il paraît par l'article 26 de la règle. Il est souvent parlé de ces enfants qu'on élevait dans
le monastère de Tabenne, tant dans la Vie de saint Pacôme, que
dans sa règle. Ce Saint avait un grand zèle pour leur éducation
dans la piété, par la compassion qu'il portait à la tendresse de bu v. s.
leur âge, et pour le bien qu'on pouvait leur procurer en les éle- n. ia'
vant dès lors dans le service de Dieu.
Il disait qu'à cet âge ils pouvaient facilement acquérir l'heu- iwa. c. i, reuse habitude de marcher en la présence de Dieu, et faire par de pieux efforts de grands progrès qui les faisaient parvenir à une haute perfection, à l'exemple de Samuel. Il les comparait à une terre qui produit à proportion des cultures qu'on y fait, et qui ne produit que des ronces lorsqu'on l'abandonne, ou même qu'on la néglige après y avoir jeté une bonne semence, de sorte que si l'on veut ensuite revenir pour la faire porter du bon grain, il coûte extrêmement delà défricher, quand même on s'y mettrait plusieurs ensemble.
Il voulait qu'on leur accordât du relâche, et qu'on les nourrît selon leur besoin, étant persuadé que, sans ces adoucissements, ils ne pouvaient guère, dans un âge si faible, se soutenir dans la vertu. Ils mangeaient au réfectoire et travaillaient avec les frères ; mais la règle défendait absolument aux religieux de s'amuser à rire ou à badiner avec eux, sous peine, après une troisième admonition, d'être punis très-sévèrement. Il est dit aussi dans la règle que s'ils étaient trop adonnés au jeu et à la paresse, le chef de la famille les avertirait et leur ferait la correction durant trente jours ; mais si, après ce temps-là, ils persistaient dans le même défaut, ou tombaient dans quelque faute plus grave, le chef de la famille en avertirait le supérieur du monastère sous >eine, s'il y manquait, d'être puni lui-même à proportion de la grandeur de la faute dont les enfants seraient coupables. La règle ajoute que si on s'aperçoit que quelqu'un d'eux soit insensible aux remontrances qu'on lui fait, et qu'au lieu d'en être touché il montre plutôt de l'impudence par un défaut de crainte de Dieu, en ce cas les paroles ne suffisant pas pour le corriger,
on emploiera les verges jusqu'à ce qu'il montre plus de crainte et de docilité.
L'habit des religieux deTabennne était, selon Sozomène, différent de celui des autres solitaires d'Egypte. 11 consistait en premier lieu en une tunique de gros lin faite à peu près comme un sac, qui pendait jusqu'aux genoux, et n'avait point de manches, ou au moins n'en avait que jusqu'aux coudes. Ils l'appelaient le léviton, et ne le quittaient ni le jour ni la nuit, non plus qu'une ceinture dont ils se serraient. En second lieu, ils portaient pardessus une peau corroyée de cuir de chèvre, qui leur couvrait les épaules depuis le cou, et descendait par derrière aussi bas que le léviton ; c'est ce qu'on appelait la melote, d'autres l'appellent le froc et l'aumusse, et peut-être que c'en est l'origine. En troisième lieu, ils avaient sur la tête un capuce de laine sans poil, et qui n'allait que jusqu'au haut des épaules ; ce capuce était séparé du froc. Il y avait dessus la marque du monastère et de la famille dont le religieux était. Pallade dit qu'on y mettait aussi une croix de couleur de pourpre. Sozomène et Cassien ajoutent à cela l'anobole ou le scapulaire. Ils portaient aussi quelquefois un manteau différent du froc ou de l'aumusse. Cassien en parle, et il en est aussi parlé en plus d'un endroit de la règle. 11 est dit à l'article 35, que lorsqu'ils iront au travail, ils ne porteront point leur petit manteau sans la permission de leur supérieur. \ Saint Jérôme dit qu'ils portaient des galoches, et cela parait encore tant parce qu'ils avaient des cordonniers dans le monastère, qui en faisaient pour leur usage, que parce qu'ils en fournissaient à leurs religieuses, dont l'habit n'était presque poim différent du leur. Ils ne s'en servaient pourtant pas toujours ; d'où vient qu'ils avaient des instruments pour ôter Les épines des pieds. Nous avons vu dans la Vie de saint Pacome, qulëtattt encore sous la discipline de saint Pal émon, il allait nu-piecfe dans le désert. Il semble aussi que saint Théodore ei quelques autres marchaient de la même manière, comme on peut le conjecturer
par certains traits de la vie de ce Saint. Enfin, ils avaient tous un bâton dans le voyage, et Gassien en parle d'une manière à faire croire qu'ils le portaient partout ; mais cela ne doit pas se prendre dans un sens rigoureux. Il était défendu très-expressément par la règle, de rien ajouter à l'habit qui pût servir à l'orner.
Sozomène et Cassien donnent une explication morale de l'habit de Tabenne. « Ils portent, dit ce dernier, jour et nuit, un petit capuce qui descend de la tête sur le haut des épaules, et qui couvre seulement leur tête, afin qu'ils se souviennent continuellement d'imiter l'innocence et la simplicité des enfants, en portant le même habit et le même voile qu'eux. Ils ont de petites tuniques de lin, dont les manches viennent à peine jusqu'au coude et leur laissent le reste du bras nu, pour leur apprendre qu'ils doivent retrancher d'eux toutes les actions et toutes les œuvres du siècle. De plus, ce vêtement leur apprend à mourir à tout et à écouter cette leçon de l'Apôtre : Mortifiez vos membres qui sont sur la terre; et cette autre : Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec cobss. 3, Jésus-Christ en Dieu. Ils ont deux petites bandes de laine qui descendent du haut des épaules, se divisent ensuite, et viennent se rejoindre sur l'estomac en serrant l'habit et le pressant sur le corps, pour leur rendre ainsi les bras libres à toute sorte de travail, afin qu'ils puissent dire avec l'Apôtre : J'ai travaillé de mes mains, non-seulement pour me nourrir, mais pour nourrir amsi ceux qui 'étaient avec moi. Ils ont un petit manteau parlessus la tunique et le scapulaire ; et il marque tant par sa forme, jui est étroite et serrée, que par la matière, qui est vile et grosdère, qu'ils recherchent autant l'humilité que la pauvreté. Ils )nt le froc de peau de chèvre à l'imitation de ceux de l' Ancien- Testament, qui ont tracé la vie des anachorètes, et dont parle saint Paul aux Hébreux (c. 11, v. 38) , et ce froc leur marque qu'ils doivent mortifier tous les mouvements des passions charnelles, sans permettre qu'il reste rien en eux des emportements de leur jeunesse et de leur légèreté passée.
31/l VIES DES PÈRES DES DÉSERTS.
c. •.'. « Ils portent un bâton à l'exemple d'Elisée, pour les avertir
qu'ils ne doivent jamais marcher sans armes au milieu de tant <Je vices et d'esprits de malice, qui sont comme autant de chiens
c io. qui aboient sans cesse après eux. Enfin ils ne portent point de souliers, mais se servent seulement de sandales dans le besoin, pour leur apprendre que si, tant que nous sommes en ce monde, nous ne pouvons nous dégager entièrement des inquiétudes du corps, il ne faut pas souffrir que les pieds, pour ainsi parler, de notre âme, qui doivent être toujours prêts à courir dans la carrière spirituelle, soient jamais couverts et enveloppés par les soins du siècle, comme par de peaux de bêtes mortes, et que nous ne nous devons jamais mettre en peine de ce qui ne nous est pas absolument nécessaire, et de ce qui ne regarde qu'un plaisir inutile, qui ne nous peut être que dangereux. »
La règle de l'ange, selon quelle est rapportée dans la version de Denis le Petit, marquait qu'on ferait douze prières durant le jour, autant à vêpres et autant la nuit. Pallade, Sozomène, Nicé- .1.3, phore et Calixte en ajoute trois à none ou à l'heure du souper. C'était là tout l'office des religieux de Tabenne ; et comme saint Pacôme trouvait que c'était bien peu pour des solitaires, l'ange lui dit qu'il ne lui prescrivait que cela, afin que les faibles le pussent observer sans peine; les parfaits n'ayant pas besoin de cette règle, parce qu'étant retirés dans leurs cellules, et vivant dans une grande pureté de cœur, ils se nourrissaient de la contemplation, et priaient continuellement.
Les vêpres, etapparemment les complies, se disaient par chaque famille en particulier ; mais tout le monastère s'assemblait poui les autres prières, tout au moins celles du commencement du jour et de none, et on les faisait dans l'église ou chapelle du monastère.
ibid. *.-2. On assemblait les religieux au son du cornet ou d'une trompette. Il paraît pourtant que cela regardait plus quelques offices du jour que celui de la nuit, où il y a apparence qu'on frappait
v PP. 1. 8 c. 3S
Se C.13
aux portes des cellules pour avertir les religieux de se rendre à la prière; c'était un semainier qui faisait cette fonction.
Personne ne pouvait se dispenser sans permission d'assister aux prières. Ceux qui étaient dans des occupations qui ne leur permettaient pas de s'y rendre, ou qui voyageaient, devaient les faire en leur particulier à l'heure ordinaire. Nous avons vu dans la Vie de saint Théodore, que, lorsqu'il conduisait plusieurs religieux à la montagne pour y couper du bois pendant quelques jours, ils observaient de dire les prières aux mêmes heures qu'on les disait dans le monastère.
Chacun était obligé de sortir de sa cellule et d'obéir promptement au signe qui appelait à la prière.
Il y avait des pénitences marquées dans la règle pour les paresseux. Si quelqu'un arrivait à l'office du jour après la première prière, il était réprimandé par le supérieur dans l'église, et se tenait ensuite debout au réfectoire, durant le repas. On était plus indulgent pour l' office de la nuit, ayant égard à la faiblesse humaine, ainsi on ne mettait en pénitence que ceux qui arrivaient après la troisième prière.
On devait observer partout une modestie religieuse ; mais pour peu qu'on y manquât durant l'office, ce n'était pas impunément. Si quelqu'un avait osé rire., ou parler, ou marmotter entre les dents pendant la prière, il devait sortir sur-le-champ de sa place, ôter sa ceinture et s'aller prosterner devant l'autel. Là le supérieur lui faisait une correction proportionnée à sa faute ; et il faisait la même chose au réfectoire en présence des frères assemblés pour le repas. Personne ne pouvait sortir de la prière sans demander la permission du supérieur, et lui avoir dit pourquoi il avait besoin de sortir. Lorsqu'un religieux venait de dehors dans le temps que les frères faisaient la prière, on ne l'obligeait pas d'y aller s'il était fatigué.
On offrait le saint sacrifice de la messe le samedi et le dimanche ; les frères y communiaient selon leur rang de profession.
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Ils en approchaient les pieds nus, sans ceinture, ni froc ou manteau de peau; la règle de l'ange le marque expressément. L'humilité de saint Pacôme ne lui ayant pas permis de recevoir les ordres sacrés, bien que Sérapion, évêque de Tentyre, l'en jugeât très-digne, il ne voulut pas non plus qu'aucun de ses religieux fût élevé à la cléricature, afin d'éviter tout sentiment d'ambition, tout désir de prééminence, d'où naissent ensuite, disait-il, des contestations, des jalousies et des divisions dans les monastères.
Lors donc qu'il fallait célébrer les saints mystères, il envoyait prier un prêtre des autres monastères, ou des églises voisines.
Quoique saint Pacôme ne voulût point que ses religieux aspi- ' "' rassent aux ordres sacrés, il ne refusait pas d'admettre dans sa congrégation les ecclésiastiques qui s'y présentaient pour recevoir l'habit monastique. Il leur faisait rendre l'honneur -qui était dû à leur caractère, mais il voulait qu'ils fussent soumis à la règle de la communauté tout comme les autres religieux.
Les religieux de Tabenne ajoutaient l'oraison mentale à la prière vocale, et comme remarque fort bien le commentateur de Cassien, l'usage en était si familier aux moines, qu'il semble que c'était principalement à cause de cet exercice qu'on les appelait ascètes ou exercitants. Il était défendu aux religieux de faire l'oraison mentale la tête couverte, par respect sans doute pour la présence de Dieu.
Les occupations extérieures n'interrompaient pas leur méditation ; et comme, selon la remarque de Cassien, ils n'étaient jamais oisifs , ainsi n'étaient-ils jamais sans méditer.
Pour leur faciliter l'usage de la méditation, en ayant toujours des sujets prêts à servir à leurs réflexions pieuses, on les obligeait à apprendre par cœur ce qu'ils pouvaient de la sainte Écriture ; tout au moins les psaumes, les livres sapientiaux, et le Nouveau Testament, dans lequel ils pussent étudier la vie et les divines maximes de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
La lecture spirituelle était aussi expressément recommandée' dans Tabenne. Il y avait dans le monastère une bibliothèque formée, où les livres étaient arrangés en bon ordre, et dont l'économe et son second étaient chargés. Ils distribuaient chaque jour aux religieux le livre dont chacun avait besoin, et le retiraient le soir; personne ne pouvant le garder inutilement dans sa cellule. 11 était ordonné d'en avoir grand soin ; jusque-là que la règle défend lorsqu'on va à l'office ou au réfectoire, de laisser son livre ouvert dans la cellule.
Il fallait que leur bibliothèque fût considérable, puisque le nombre des religieux à qui on fournissait des livres était si grand dans chaque monastère, outre ceux qui restaient dans la iffl>Kctl.èque.
C'est la remarque que fait dom Mabillon dans son Traité des ■ ides monastiques : ils avaient aussi des livres pour le service u chœur, comme il paraîtpar l'article H 4 de la règle. D'ailleurs il y avait parmi eux, selon Pallade, comme nous le verrons ailleurs, des religieux destinés à copier et à transcrire des livres
Leur principale étude était celle de la sainte Écriture Ils la ..éditaient non-seulement le jour, mais une grande partie de la mut, pmsqu'après l'office de minuit, ils ne se couchaient pointmais ds attendaient celui du matin en travaillant pour s'empêl cher de dormir, et en repassant dans leur esprit quelque passage des Livres saints. Lorsqu'ils étaient arrêtés par quelque passage obscur, ou qu'ils n'entendaient pas bien, ils s'adressaient au supérieur du monastère ou au prieur de la famille pour en avoir l'explication. Nous voyons dans la Vie de saint Pacôme et dans celle de saint Théodore, qu'ils les expliquaient souvent ; et il est recommandé dans la doctrine d'Orsise, que les supérieurs soient en état de résoudre les difficultés des frères, lorsqu'ils leur en proposeront. Cela fait voir qu'ils devaient être versés dans les saintes Ecritures, et en état d'en développer les sacrés mystères Oatre les Livres saints, Us lisaient aussi les livres des saints
Pères, ou les ouvrages ascétiques. Mais autant que saint Pacôme voulait qu'on puisât la doctrine spirituelle dans les auteurs ecclésiastiques qui étaient orthodoxes, autant défendait-il de lire les livres d'Origène, ou des autres écrivains qui avaient donné dans l'erreur ; et il prenait un soin particulier d'écarter de ses monastères tout ouvrage qui eût pu corrompre la foi de ses religieux.