‹ Les Vies des Pères des déserts d'OrientChapitre 55 sur 61 · SOLITAIRES DE NITR1E. — L'ABBÉ BENJAMIN, M · texte numérisé non relu

SOLITAIRES DE NITR1E. — L'ABBÉ BENJAMIN, M

service de leur église. Ce choix l'effraya, lui à qui son humilité dérobait la connaissance de son mérite, et craignant qu'on en vînt à l'exécution, il s'enfuit secrètement en Egypte, où il se tint caché dans un pré dont le foin était fort haut. Il s'y croyait en sûreté ; mais la Providence lui fit connaître, par la manière dont il fut découvert, que sa volonté était qu'il acquiesçât aux désirs de ses frères. En effet, quelques-uns d'entre eux ayant été envoyés après lui pour le ramener, et la nuit les ayant surpris auprès du champ où il était caché, l'âne qu'ils avaient entra dans le foin tandis qu'ils dormaient, et ils le trouvèrent le lendemain auprès de lui. Leur joie égala leur surprise. Ils le retinrent et voulurent le lier de peur qu'il ne leur échappât une seconde fois; mais il les pria de ne pas le faire, et leur dit que puisque Dieu leur avait découvert le lieu de sa retraite contre son attente, il était prêt à se soumettre, et s'en retourna avec eux à Scété.

Il reçut ainsi l'ordre de la prêtrise et l'exerça dans ce désert ; mais nous ignorons combien de temps il y demeura. Dans la suite, il vint au désert des Cellules, où il continua d'en faire les fonctions, et fut d'un grand secours par son zèle et par ses lumières aux religieux de cette solitude. Il avait tant de respect et de dévotion pour tout ce qui concernait le saint sacrifice, qu'il prenait de la cendre de l'encensoir dont il se servait à l'autel, et la mangeait avec son pain. Sur quoi l'on peut remarquer combien l'usage d'employer l'encens à l'autel est ancien.

Il paraît par quelques traits de sa vie qui nous restent, qu'il avait extrêmement à cœur que les solitaires se conservassent dans l'esprit de détachement et de pauvreté si conforme à leur état. Il remettait sans cesse pour cela devant les yeux de ses disciples, l'exemple des anciens qui les avaient précédés dans la solitude. Nous avons vu dans la Vie de saint Pambon ce qu'il disait en avoir appris ; savoir, qu'un religieux doit porter un habit si pauvre, qu'en le dépouillant il puisse l'exposer aux passants sans qu'il y ait à craindre qu'aucun pense à le ramasser. Il remarqua

hkh VIES DES PÈRES DES DÉSERTS.

dans une rencontre, que quelques frères avaient affecté de s'habiller un peu trop proprement; il leur dit avec un zèle enflammé d'une sainte colère : « Nos anciens, et entre autres l'abbé Pambon, n'allaient vêtus que très-pauvrement, et vous osez porter des habits de prix ! Retirez-vous d'ici, votre relâchement ferait déserter ce saint lieu. » Un solitaire s'avisa aussi d'entrer dans l'église des Cellules avec un petit capuce, qui paraissait par conséquent mieux fait que ceux des autres ; sur-le-champ l'abbé Isaac le fit sortir, en lui disant : « Il n'y a que des moines qui entrent en cette église, et vous êtes un séculier ; vous n'y sauriez être reçu. »

Il reprenait quelquefois ses disciples, qui étaient en grand nombre, avec sévérité, par le zèle qu'il avait de leur avancement dans les vertus religieuses, et il ne souffrait pas impunément qu'ils croupissent dans leurs défauts. Un jour qu'ils n'avaient pas apparemment bien profité de ses avis, comme ils partaient pour aller faire la moisson du blé selon leur coutume, il leur dit : « Je ne vous prescrirai plus rien désormais, puisque vous profitez si mal de ce que je vous ai dit. »

Il ne voulait pas qu'on souffrît rien dans l'église qui pût détourner les frères du recueillement qu'on doit apporter à la prière et à la célébration des saints mystères. C'est pour cela qu'il leur dit dans une rencontre : « Ne m'amenez pas ici des enfants ; car c'est à cause d'eux que les quatre églises 1 de Scété sont devenues presque désertes. »

L'abbé Abraham, qui demeurait avec lui, étant entré dans sa cellule, le surprit fondant en larmes, et il lui en demanda le sujet. « Hélas ! lui répondit-il, comment ne pleurerais-je pas! autrefois ce que nous gagnions du travail de nos mains suffisait à peine pour fournir aux voyages que nous faisions pour aller con-

*0n voit par là qu'il y avait quatre églises dans Le désert de Scété, pour la commodité des solitaires, ce Jésert s'étendant si loin qu'une seule n'aurait pas

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