ANTONIO DA CORREGGIO
à l'huile, dans l'un desquels on voit un Christ mort, qui fut couvert d'éloges (i). Dans le baptistère de Parme, il peignit à fresque une tribune, où il représenta la Vierge montant au ciel, entourée d'une quantité immense d'anges et de bienheureux (2) ; il paraît vraiment impossible qu'il ait pu exécuter ou même imaginer une pareille œuvre, remarquable par la beauté des draperies et le caractère des figures. L'Annonciation qu'il peignit à fresque, dans l'église des Franciscains (3) de la même ville, est si belle, que les frères, voulant restaurer le bâtiment qui tombait en ruines, entourèrent la muraille de bois armés de fers et la coupèrent peu à peu, sauvant ainsi la peinture qui fut fixée ensuite dans un lieu plus sûr du même couvent.
Il peignit encore, sur une porte de la ville, une Vierge tenant l'Enfant Jésus dans ses bras (4), fresque qui comble d'étonnement les étrangers qui n'ont pas vu ses autres ouvrages. A Sant' Antonio, il y a de lui un tableau représentant la Vierge, sainte Marie Madeleine, et, auprès d'eux, un enfant (5), semblable à un petit ange, qui tient un livre et rit si naturellement qu'il égaie qui le regarde, et rendrait joyeuse une personne même mélancolique. On y voit encore un saint Jérôme d'une couleur étonnante. Antonio fit également des tableaux et d'autres peintures pour plusieurs seigneurs de Lombardie, entre autres deux tableaux, à Mantoue, pour le duc Frédéric II qui les envoya à l'empereur. L'un d'eux représente une Lèda nue (6), et l'autre une Vénus ; les chairs ont une souplesse et un modelé dans les ombres qui les rendent semblables à la nature même. A Modène, il peignit une Vierge (7) que tous les peintres estiment beaucoup et considèrent comme la meilleure peinture de cette ville. A Bologne, il y a de sa main, dans la maison degli Ercolani, un Christ qui apparaît à Marie-Madeleine dans le jardin (8), œuvre vraiment admirable, et, à Reggio, un tableau
(1) Et l'autre, le Martyre de sainte Placide et de sainte Flavie ; ces deux tableaux sont à la Pinacothèque de Parme.
(2) Erreur ; ce sujet est peint sur la coupole de la cathédrale. Dans le baptistère était représenté le Couronnement de la Vierge, exécuté de i52o à i525 et payé 472 sequins d'or. Actuellement à la Bibliothèque de Parme.
(3) Erreur ; dans l'église della S. S. Annunziata a Capo di Ponte ; en mauvais état
(4) C'est la Madonna della Scala, actuellement à la Pinacothèque de Parme.
(5) Commandé en (523 par Briseide Colla, veuve d'Orazio Bergonzi, et payé 400 lires impériales. Actuellement à la Pinacothèque de Parme.
(6i Au Musée de Berlin. La Vénus, qui est plutôt une Danaé, est dans la galerie Borghése à Rome.
(7) C'est peut-être le Mariage mystique de sainte Catherine, qui est au Louvre.
(8) Actuellement dans la sacristie de l'Escurial.
LES VIES d'artiste^
représentant la Nativité du Christ (i). La lumière qui émane de la personne de l'Enfant Jésus éclaire les bergers et les autres figures qui les contemplent ; entre autres particularités, il y a une femme qui, voulant regarder iixement le Christ, ses yeux mortels ne pouvant supporter la splendeur de sa divinité, se met la main devant les yeux. Au-dessus de la cabane, un chœur d'anges chantant est si bien rendu que ces derniers paraissent plutôt descendus du ciel que créés par la main d'un peintre.
Dans la même ville, il y a un petit tableau de la grandeur d'un pied qui est la chose la plus rare et la plus belle qu'ait produite Correggio ; il représente, en figures de petites dimensions, le Christ au jardin des Oliviers, la nuit (2). Jésus est éclairé par les flots de lumière émanant de l'ange qui lui apparaît ; on voit, au pied de la montagne, les trois Apôtres qui dorment, et la montagne jette sur eux une ombre qui leur donne une force et une vigueur inexprimables. Dans le lointain du paysage, l'aurore commence à paraître, et l'on voit venir quelques soldats avec Judas. Cette peinture, dans sa petitesse, est si bien entendue que patience ni travail ne pourraient rien produire de comparable.
On pourrait dire beaucoup de ses œuvres, mais comme toutes ses productions sont considérées par les meilleurs peintres comme des choses divines, je m'en tiens là. En vérité, il ne s'estimait pas à sa juste valeur, et ne crut jamais être arrivé à- la perfection qu'il désirait dans l'art dont il connaissait toutes les difficultés, se contentant de peu et vivant en très bon chrétien. Comme il était chargé d'une nombreuse famille, il était tourmenté du désir d'épargner, et devint si avare, qu'il n'aurait pu l'être davantage. On raconte qu'après avoir reçu à Parme un payement de soixante écus en quatrini, il voulut porter à Correggio cet argent dont il avait besoin, et partit à pied avec cette charge par un soleil brûlant. A son arrivée, harassé de fatigue et de chaleur, il but de l'eau fraîche, et, s'étant mis au lit avec une fièvre très violente, il ne s'en releva pas (3).
Il avait 40 ans environ quand il mourut. Ses œuvres datent à peu près de 15 12.
A la même époque, vivait Andrea del Gobbo (4), Milanais, coloriste
(1) Ce tableau, appelé la Nuit, est au Musée de Dresde.
(2) Collection du duc de Wellington, à Aspley-House. — Une copie ancienne est à la Galerie nationale de Londres.
(3) D'après le livre des Morts de l'église San Francesco de Correggio, il fut enterré le 6 mars 1534.
(4) Solario, né vers 1458, mort après j5o8.