‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 12 sur 46 · PIERO DI COSIMO · texte numérisé non relu

PIERO DI COSIMO

agréable, qui a laissé beaucoup de peintures à Milan, sa patrie. On voit à la Chartreuse de Pavie, un grand tableau de l'Assomption de la Vierge (i) que la mort l'a empêché d'achever, et qui montre combien ce peintre était habile et aimait les difficultés de son art.

PIERO di COSIMO

Peintre florentin, né en 1462, mort en i52 1

Piero, fils d'un orfèvre nommé Lorenzo (2), fut toujours appelé Piero di Cosimo, parce qu'il fut élève de Cosimo Rosselli, et qu'en vérité nous ne devons pas avoir moins d'obligation à celui qui nous a enseigné la vertu et qui nous donne de quoi vivre, qu'à celui qui nous a engendrés. Lorenzo, qui reconnaissait dans son fils une vive intelligence et du goût pour le dessin, le confia à Cosimo qui l'aima en véritable fils et le regarda toujours comme tel. Assidu au travail, il n'écoutait pas ce qu'on disait autour de lui, et, grand amateur de la solitude, il n'avait d'autre plaisir que de s'en aller au loin, plongé dans sa rêverie et faisant des projets en l'air. Cosimo, qui l'employait souvent dans les parties d'importance de ses ouvrages, reconnaissant qu'il avait une plus belle manière et plus de jugement que lui, l'emmena à Rome quand il fut appelé par le pape Sixte à faire des peintures dans la chapelle papale ; dans une de ces fresques (3), Piero exécuta un paysage très beau, et comme il faisait très bien le portrait d'après l'original, il fit à Rome plusieurs portraits de personnages de marque, entre autres ceux de Virginio Orsino et de Roberto Sanseverino, qu'il introduisit dansces peintures. Il fit également le portrait du duc de Valentinois^ fils du pape Alexandre VI, mais je ne sais pas où se trouve aujourd'hui cette peinture (4).

Il fit, à Florence, quantité de tableaux qui sont dans les maisons bourgeoises, ou ailleurs, et j'en ai vu d'excellents. Au noviciat de San Marco, il y a un tableau à l'huile (5), représentant une Vierge

[i] Terminé par Bernardino Campi; placé dans la nouvelle sacristie de la Chartreuse.

(2) Lorenzo di Piero d'A ntonio, qui était viillier. Il déclare au Catasto de 1480: Piero suo figlio islà al dipinlore e non a salavo. Riparasi in bottega di Cosimo a S.- Maria in Campo. Le 25 janvier i3o4, Piero est appelé, avec d'autres maîtres, à donner son avis sur la meilleure place à choisir pour le David de Michel-Ange.

(3) Représentant le sermon sur le lac de Tibériade.

(4) Tous ces portraits ont disparu.

(5) Tableau perdu.

debout et tenant son Fils dans ses bras, et dans l'église de Santo Spirito, il fit, dans la chapelle de Gino Capponi, une Visitation de la Vierge entre deux saints (i). Après la mort de Cosimo, il montra toute la bizarrerie de son imagination, travaillant continuellement enfermé, et ne voulant pas qu'on s'occupât ni de ses chambres, ni de son jardin.

Dans sa jeunesse, à cause de ses idées extravagantes et originales, il fut très employé dans les mascarades du carnaval et les jeunes nobles florentins l'aimaient beaucoup parce qu'il avait augmenté la richesse et l'invention de ce genre de divertissements. Parmi ces fêtes, je veux succinctement en signaler une qui fut conduite par Piero, déjà sur le retour de l'âge (2), et qui fut remarquable, non par sa gaieté, mais par tout ce qu'elle avait d'horrible et d'inattendu. Ce fut un char de la Mort, qu'il avait secrètement édifié, dans la salle du Pape (3) ; rien n'en avait transpiré, on l'apprit et on le vit en même temps. Sur un char énorme, tiré par des buffles, tout noir, semé d'ossements et de croix blanches, se tenait une Mort, très grande, la faux à la main, et entourée de tombeaux fermés. A chaque station où le cortège s'arrêtait pour chanter, les tombeaux s'ouvraient, et l'on en voyait sortir des personnages couverts d'une toile sombre sur laquelle étaient peintes toutes les parties du squelette en blanc sur fond noir. Puis, apparaissaient de loin des masques à tête de mort, armés de torches, dont la pâle lueur était non moins horrible ni épouvantable à voir. Tous ces morts, au son de trompettes sourdes et rauques, sortaient de leurs sépulcres, et, s'asseyant sur le bord, chantaient, d'une voix triste et languissante, cette chanson aujourd'hui si réputée : Dolor, pianto e penitenza. Devant et derrière le char, s'avançaient un grand nombre de morts sur certains chevaux choisis avec soin parmi les plus maigres et les plus décharnés qu'on eût pu trouver, et couverts de housses noires avec des croix blanches. Chacun avait quatre estafiers, couverts de linceuls, avec des torches noires et une grande bannière noire semée de croix et d'ossements. Derrière le cortège s'avançaient dix bannières noires, et, pendant toute la marche, la procession chantait, en mesure et d'une voix tremblante, le psaume Miserere. Ce rude spectacle remplit la ville de terreur et d'admiration, tant par sa sévérité que par sa nouveauté, et Piero, qui en était l'auteur, en tira une grande renommée. Il fut cause que, depuis, chaque année voit éclore une invention

(1) Tableau perdu.

(2) Pendant le carnaval de i5ii.

(3) A Santa Maria Novella, édifiée en 14 18, pour y recevoir Martin V.

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