PIERO DI COSIMO
nouvelle dans ce genre ; du reste, Florence peut se vanter de n'avoir jamais eu de rivales pour ces fêtes.
Revenant à l'art et aux œuvres de Piero, on lui commanda, pour la chapelle des Tebaldi, dans l'église des Servi, un tableau de la Vierge debout et entourée de plusieurs saints (i), Parmi les sujets peints sur la prédelle, il y en a un représentant sainte Marguerite qui sort du ventre d'un dragon, et tel que, dans ce genre de peintures de monstres, on ne saurait voir mieux. Il offrit au magnifique Giuliano de' Medici (2) un monstre marin de sa façon, qui était d'une difformité si extravagante qu'il paraît impossible que la nature ait mis tant d'horreur et d'étrangeté dans une de ses œuvres. Cette peinture (3) est maintenant dans la garde-robe du duc Cosme, qui possède, en outre, un recueil d'animaux fantastiques (4), dessinés à la plume par Piero avec un soin et une patience inimitables.
Il fit pareillement dans la maison de Francesco del Pugliese, tout autour d'une chambre, plusieurs sujets de petites figures (5), et l'on ne saurait exprimer la diversité des choses fantastiques qu'il se plut à y représenter, tant comme édifices, comme animaux que comme costumes et instruments divers, ainsi que d'autres fantaisies qu'il tirait des fables. Ces peintures ont été enlevées après la mort de Francesco et de ses fils, et je ne sais pas où elles sont actuellement. Il en est de même d'un tableau de Mars et de Vénus, avec les Amours et Vulcain, peint avec un grand art et une patience incroyable (6).
Pour Filippo Strozzi le Vieux, il fit un tableau de petites figures représentant Perséc qui délivre Andromède (7). C'est, de toutes les peintures de Piero, la plus gracieuse et la mieux terminée ; on ne saurait voir de monstre marin plus bizarre et original que celui qu'il y figura, il en est de même de la fière attitude de Persée, qui, s'apprête dans les airs à le frapper de son épée. La crainte et l'espérance agite la belle Andromède liée au rocher, et sur le devant du tableau sont groupés quantité de gens revêtus de costumes étranges, chantant et jouant des instruments, et dont plusieurs se réjouissent de voir la délivrance d'Andromède. Le paysage est très beau et d'un coloris doux et gracieux ;
(1) Actuellement atix Offices; la prédelle est perdue.
(2) Duc de Nemours.
(3) Œuvre perdue.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Œuvre perdue.
(7) Actuellement aux Offices, avec trois autres peintures de Piero, relatives également à Persée et à Andromède.
LES VIES d'artistes
enfin il exécuta cette œuvre avec un soin extrême, autant qu'on peut unir et fondre les couleurs.
Il fit encore un tableau renfermant les figures nues de Vénus et de Mars qui dort sur un gazon émaillé de fleurs (i) ; tout autour d'eux, une foule de petits Amours transportent çà et là son casque, ses brassards et ses autres armes. On y voit, en outre un bosquet de myrte, un Cupidon ayant peur d'un lapin, les colombes et les autres attributs de Vénus.
Le directeur de l'hôpital degli Innocenti, son grand ami, désirant avoir un tableau à l'entrée de son église, et à gauche, pour la chapelle del Pugliese, en chargea Piero qui l'acheva tout à son aise (2), mais après avoir fait désespérer le directeur, à qui il ne permit de voir son œuvre que terminée. Ce procédé lui paraissait étrange, tant à cause de leur amitié qu'à cause de l'argent qu'il fallait débourser chaque jour; aussi, au dernier paiement, il ne voulut pas s'exécuter sans voir la peinture. Piero l'ayant menacé de détruire tout ce qu'il avait fait, il céda et paya. Il y a de bonnes choses dans ce tableau.
La Vierge qu'il fit ensuite, pour San Pier Gattolini, est actuellement à San Friano, l'autre église ayant été détruite (3). Elle est aussi belle que le tableau de la Conception qu'on voit dans le transept de San Francesco, à Fiesole.
Pour Giovan Vespucci, qui demeurait en face de San Michele della Via de' Servi, aujourd'hui de Pier Salviati, il peignit quelques bacchanales tout autour d'une chambre (4), et y représenta des faunes, des satyres, des sylvains si étranges, avec des enfants et des bacchantes, que c'est une merveille de voir la diversité des peaux, des vêtements et la variété des têtes de boucs, tous objets rendus avec une grâce et une vérité extrêmes. Dans une de ces peintures, il 3^ a un Silène assis sur un âne, et entouré d'enfants dont les uns le soutiennent et les autres lui donnent à boire cette peinture est pleine d'une joie vive, rendue avec un grand talent.
Dans sa vieillesse, il devint paralytique et ses manies poussées aux dernières limites furent vraiment pitoyables. Il voulait encore peindre et, ne pouvant affermir sa main, il entrait en colère, laissant tomber l'appui et les pinceaux ; cela faisait peine à voir. Un jour de l'an 1521, il fut trouvé mort au pied d'un escalier, et fut enterré à San Pier
(1) Au Musée de Berlin.
(2) C'est une Vierge sur un trône, actuellement dans la sacristie de l'Hôpital.
(3) Pendant le siège de 1529 ; la Vierge est perdue, comme le tableau suivant.
(4) Peintures perdues.
BRAMANTE d'uRBIN
Maggiore. Ses élèves furent nombreux, entre autres, Andrea del Sarto, artiste du plus grand mérite.
Francesco da San Gallo nous a laissé le portrait de Piero dans sa vieillesse. Il était son ami intime, et possède de sa main une très belle tête de Cléopâtre, ayant un aspic enroulé autour du cou (i), et deux portraits frappants (2), l'un de Giuliano, son père, l'autre de Francesco Giamberti, son aïeul.