‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 2 sur 46 · ANDREA MANTEGNA · texte numérisé non relu

ANDREA MANTEGNA

menant par la main un enfant qui pleure en montrant à sa mère avec des gestes pleins de grâce et de naturel, une épine qui lui est entrée dans le pied. Andrea eut une attention remarquable dans cette pemture ; ayant situé le plan sur lequel posent ses figures plus haut que l'œil du spectateur, il eut soin de poser les pieds des premiers personnages sur la première ligne du plan, et de faire fuir peu à peu et disparaître, autant que le demandait le point de vue qu'il avait adopté, les pieds et les jambes des personnages qui se trouvaient derrière ceux qui occupaient le plan le plus avancé. Il fit de même pour les vases et les autres ornements et instruments dont on n'aperçoit que le dessous. Cette œuvre donna à son auteur un telle renommée que le pape Innocent VIII, ayant appris l'excellence de ce peintre et les autres bonnes qualités dont il était merveilleusement doué, envoya vers lui, pour lui faire décorer de ses peintures, comme il faisait faire à plusieurs autres peintres, le bâtiment du Belvédère qui venait d'être terminé.

Andrea étant donc allé à Rome (i) où il fut fortement recommandé par le marquis qui, pour l'honorer davantage, le nomma chevalier, tut reçu avec beaucoup d'amitié par le pape, qui de suite lui donna à peindre une petite chapelle (2), dont il exécuta les peintures avec tant de soin, que les murs et la voûte semblent couverts de miniatures plutôt que de peintures. Les plus grandes figures, faites à fresque comme le reste, sont au-dessus de l'autel et représentent saint Jean, baptisant le Christ, au milieu d'une foule de gens qui, se déshabillant, paraissent vouloir se faire baptiser. Entre autres, on en voit un qui, voulant tirer ses chausses collées à ses jambes par la sueur^ les retourne et montre l'effort qu'il fait par l'expression de son visage et tout le mouvement de son corps. On raconte que le pape, à cause des nombreux travaux qu'il avait entrepris, ne donnait pas d'argent à Andrea, aussi souvent que celui-ci en aurait eu besoin. C'est pourquoi Andrea peignant dans cette œuvre et en camaïeu quelques Vertus, mit parmi celles-ci la Discrétion. Le pape, étant allé un jour voir le travail produit, lui demanda qu'elle était cette figure, et Andrea répondit : C'est la Discrétion. » Le pape ajouta alors: « Si tu veux qu'elle soit bien accompagnée, mets-y à côté la Patience. » Le peintre comprit ce que voulait dire le Saint Père et ne souffla plus mot. Le travail terminé, le pape

(1) En 1488.

(2) Détruite par Pie VI, quand on construisit le Braccio Nuovo du musée du Vatican.

LES VIES d'artistes

renvoya Andrea au duc (i), en le comblant d'honneurs et de présents,. Pendant son séjour à Rome, Andrea, outre la chapelle du Belvédère^, peignit dans un petit cadre la Vierge tenant l'Enfant Jésus endormi. Dans le fond, occupé par un montagne, il représenta quelques grottes, où l'on aperçoit des ouvriers extrayant des pierres pour divers travaux (2). Ce tableau est exécuté avec tant de patience et de finesse qu'il ne paraît pas possible de faire si bien avec la pointe du pinceau^ il est actuellement entre les mnins de don Francesco Mèdici, prince, de Florence, qui le conserve parmi ses choses les plus rares. Sur un dessin de sa main, terminé en clair obscur, il y a une Judith qui met la tête d'Holopherne dans un sac tenu par son esclave maure (3). Ce. dessin est fait d'un clair- obscur qui n'est plus usité, car Mantegna laissa, le blanc du papier, qui remplace le rehaussé à la céruse, si net qu'on voit les cheveux un par un, et d'autres finesses, non moins que si elles avaient été soigneusement tracées au pinceau. Aussi peut-on d'une certaine manière l'appeler plutôt une œuvre en couleur qu'un dessin sur papier.

A l'exemple du Pollaiodo, Andrea se plut à faire des gravures sur cuivre. Entre autres choses il représenta ainsi ses Triomphes; ces estampes lui firent beaucoup d'honneur, car on n'avait encore rien vu de mieux. L'une de ses dernières productions fut un tableau à détrempe, à Santa Maria della Vittoria, église construite sur ses dessins et sous sa direction par le marquis Francesco, en mémoire de la victoire qu'il remporta sur les Français auprès du Taro (4), quand il était général de l'armée vénitienne contre les Français. Sur ce tableau, peint en détrempe et placé au maître-autel (5), est représentée la Madone tenant TEnfant et assise sur un piédestal, au bas duquel se tiennent saint Michel, saint Anne et le petit saint Jean recommandant à la Vierge, qui étend sur lui sa main, le marquis peint au naturel, au point qu'il paraît vivant. Ce tableau, qui plut et plaît encore à quiconque le voit, causa tant de satisfaction au marquis qu'il récompensa magnifiquement le talent et les peines d'Andrea et le mit en état de soutenir dignement, jusqu'à la fin de sa vie, son rang de chevalier (6).

(0 Fin septembre 14^0.

(2) Actuellement aux Offices.

(3) Ce dessin est actuellement aux Offices, signé, daté février 1491.

(4) Bataille de Fornoue, le 6 juillet 1495.

(5) Actuellement au Louvre, signé et daté 1495.

(6) Il eut au contraire une vieillesse difficile, et mourut criblé de dettes.

FILIPPO LIPPI

Andrea bâtit à Mantoue une très belle maison (i) qu'il décora pour son usage et dans laquelle il habita le reste de sa vie. Finalement x lage de 66 ans, il mourut enisiy (2) et fut honorablemem enseveli a Sant Andrea, dans un tombeau surmonté de son buste en bronze (3).

Dans toutes ses actions, il montra des manières si courtoises et si louables que sa mémoire restera honorée non seulement dans sa patrie, mais dans le monde entier. Il mérita donc d'être justement célébré par l'Arioste, qui le compte parmi les plus illustres peintres deson temps, au commencement de son xxxiii^ (33^) chant, où il dit: Leonardo, Andrea Mantegna, Gian Bellino.

Il montra, avec une merveilleuse manière, comment on pouvait faire, en peinture, les raccourcis des figures, pris de bas en haut, ce qui fut, certes, une invention rare et originale. Il se plut, comme nous l'avons déjà dit, à graver ses figures sur cuivre, ce qui a été pour tous une commodité vraiment remarquable, en permettant de connaître non seulement la Bacchanale, la Bataille des Monstres marins, la Déposition de Croix, l'Ensevelissement du Christ et sa Résurrection entre Longin et saint André, toutes œuvres de Mantegna, mais encore la manière de tous les artistes qui ont existé.

Filippo LIPPI

Peintre florentin, né en 145^, mort en 1S04

A cette époque vécut à Florence un peintre d'un beau génie et d'une charmante invention, appelé Filippo (4), fils de Fra Filippo del Carmine (5) lequel, suivant dans la peinture les traces de son père mort, fut guidé et instruit, étant encore très jeune, par Sandro Botticello, bien que son père, en mourant, l'eût recommandé à Fra Diamante, son ami intime et pour ainsi dire son frère. Filippo eut un esprit si bien doué, avec une si riche invention dans la peinture, il fut si original et si neuf dans son ornementation, qu'il fut le premier à montrer aux modernes le mode nouveau de varier les costumes et à orner richement ses figures avec de

(1) En 1476. Il dut la vendre avant sa mort.

(2) Mort le i3 septembre i5o6.

(3) Existe encore; fondu peut-être par lui-même.

(4) Il signait Filippino pour se distinguer de son père.

(5) Et de Lucrezia Buti.

LES VIES d'artistes

simples draperies à l'antique. Il fut également le premier à se servir de grotesques imités de l'antique, dans des œuvres peintes en camaïeu ou dans des frises de couleur, avec plus de dessin et de grâce qu'on n'en avait montré avant lui. Ce fut une merveilleuse chose à voir que les étranges caprices qu'il exprima en peinture. Bien plus, jamais il ne travailla après aucune œuvre, dans laquelle il ne se servît adroitement d'antiquités romaines, telles que des armes, des trophées, des vases, des costumes et tant d'autres choses diverses et belles, en sorte qu'on lui doit avoir une reconnaissance infinie et éternelle pour avoir en cette partie ajouté de la beauté et de l'ornementation à l'art.

Dans sa première jeunesse (i), il termina, dans l'église del Carmine, à Florence, la chapelle des Brancacci, commencée par Masolino et non entièrement achevée par Masaccio, à cause de sa mort. Filippo lui donna donc de sa main son entier achèvement et fit le reste d'une histoire qui manquait, dans laquelle saint Pierre et saint Paul ressuscitent le neveu de l'empereur. Dans la figure de l'enfant nu, il représenta Francesco Granacci, peintre, alors très jeune, et, entre autres personnages de l'époque, Antonio Pollaiolo et lui-même, aussi jeune qu'il était, ce qu'il ne fit plus jamais dans le reste de sa vie. Dans l'histoire suivante, il fit le portrait de Sandro Botticello, son maître.

Il peignit ensuite à détrempe, dans la chapelle de Francesco del Pugliese, à Campora, couvent des moines de la Badia situé hors de Florence, sur un tableau, un saint Bernard à qui apparaît la Vierge avec quelques anges, pendant qu'il écrit dans un bois. Ce tableau, qui fut jugé admirable pour la représentation des rochers, des livres, de la verdure et d'autres choses semblables, fut enlevé de sa place pendant le siège et mis, pour être préservé, dans la sacristie de la Badia de Florence (2). A Santo Spirito, il peignit un tableau (3) représentant la Vierge, avec saint Martin, saint Nicolas et sainte Catherine, pour Tanaï de' Nerli. On en voit un autre (4) dans la chapelle des Ruccellai, à San Brancazio, et à San Raffaello, une Crucifixion entre deux figures sur fond d'or (5). A San Francesco, hors de la Porta a San Miniato, il fit, devant la sacristie, un Dieu le Père avec beaucoup

(0 En 1484.

(2) Actuellement première chapelle à gauche, 1487.

(3) En place,

(4) A la Galerie nationale de Londres, depuis la suppression de l'église. Ce tableau représente une Vierge entre saint Jérôme et saint Dominique.

.(5) Au Musée de Berlin ; l'église de San Raffaelo a été supprimée.

FILIPPO LIPPI

d'enfants (i). A Prato, il fit diverses figures: une au Palco (2), couvent des Frères del Zoccolo, situé hors de la ville; une Vierge avec saint Étienne et saint Jean-Baptiste (3), dans la salle d'audience des Prieurs, et une fresque dans un tabernacle au coin, à Mercatale, vis à vis du monastère des religieuses de Santa Margherita, qui renferme une très belle Vierge entourée d'un chœur de séraphins sur un fond de lumière (4). Entre autres choses, il montra beaucoup d'art et d'esprit d'observation dans le dragon qui est sous les pieds de sainte Marguerite et qui est si étrange, si horrible, qu'il paraît lancer le venin, le feu et la mort. Le reste de cette œuvre est d'un coloris si vif et si frais qu'elle mérite d'être louée infiniment. A Lucques, il exécuta pareillement quelques œuvres, en particulier dans l'église San Ponziano (5), appartenant aux Frères de Monte Ofiveto, un tableau dans une chapelle au milieu de laquelle, dans une niche, est un saint Antoine très beau, en relief, de la main d'Andrea Sansovino, excellent sculpteur.

Filippo, sollicité d'aller en Hongrie, auprès du roi Mathias Corvin, ■s'y refusa ; mais, en échange, il exécuta à Florence, pour ce roi, deux tableaux fort beaux qui lui furent envoyés (6). Sur l'un deux, il reproduisit le roi, tel quille vit sur des médailles. Il envoya également diverses peintures à Gênes, et fit, à Bologne, dans l'église San Domenico, à côté de la chapelle du maître-autel et à main gauche, un saint Sebastien, tableau digne d'éloges (7). Pour Tanaï de' Nerli, il fit un autre tableau (8) à San Salvadore hors de Florence, et pour Piero del Pugliese, son ami, une peinture de petites figures exécutées avec tant d'art et de soin qu'un autre citoyen voulant un tabkau semblable, Filippo le lui refusa, disant qu'il était impossible de le refaire (9).

A la prière de Laurent l'Ancien de Médicis, il entreprit pour Olivieri Carafi'a, cardinal napolitain, son ami, une grande œuvre à Rome. En se rendant dans cette ville, il passa, suivant le désir de Laurent, par Spolète, pour faire élever, aux frais de celui-ci. un mausolée de marbre en l'honneur de son père. Fra Filippo, dont le corps avait été

(1) Peinture perdue. , , ... ,

(2) C'est une Vierge avec le Christ, actuellement à la Pinacothèque de Munich.

(3) Actuellement à la Galerie communale de Prato, i5oi.

(4) Cette fresque existe encore, datée mcccclxxxxviii.

(5) Église supprimée; ce tableau est inconnu.

(6) Terminés en 1488; ces tableaux ont disparu. „„,,,pp,«, flor

(7) C'est un mariage mystique de sainte Catherine, signe : opvs PmUPPmr plor.

IJ^Qu^TrSire double emploi avec celui de San Francesco, la même église portant ces deux noms.

(9) Peinture non retrouvée.

LES VIES d'artistes

refusé par les habitants à Laurent qui voulait le transporter à Florence, Il dessina dans un beau style ce tombeau (i), et Laurent le fit élever sur ce dessin, comme on l'a dit autre part, d'une façon belle et coûteuse. Arrivé à Rome, Filippo peignit, pour le cardinal Caraffa, une chapelle dans l'église de la Minerva (2) ; il y représenta différentes scènes de la vie de saint Thomas d'Aquin et quelques sujets poétiques, très ingénieusement trouvés, l'inspiration lui ayant toujours été propice. On y voit la Foi faisant prisonnière l'Infidélité, ainsi que les hérétiques et les non croyants. De même que le Désespoir est sous l'Espérance, de même d'autres Vertus subjuguent les Vices qui leur sont contraires. Dans la Discussion, saint Thomas, assis dans une chaire, défend l'Église contre une troupe d'hérétiques ; à ses pieds se tiennent, vaincus Sabellius, Arius, Averrhoès et autres, revêtus de charmants costumes. On voit encore saint Thomas priant, lorsque le Crucifix lui dit : Bene scriptisti de me, Thoma ; le compagnon du saint reste saisi de stupéfaction et presque hors de lui en entendant le Crucifix parler ainsi. Le tableau (3) de l'autel représente l'Annonciation, et, sur le revers, l'Assomption de la Vierge et les douze Apôtres entourant son tombeau. Cette œuvre est regardée comme excellente et comme un parfait travail à fresque. Il y représenta au naturel Olivieri Caraffa, cardinal et évêque d'Ostie, dont le corps fut déposé dans cette chapelle, l'an 15 II (4), et ensuite transporté dans l'évêché de Naples.

De retour à Florence, Filippo se chargea de faire, tout à son aise, la chapelle de Filippo Strozzi l'ancien, à Santa Maria Novella (5) et la commença. Lorsqu'il eut terminé la voûte, il fut obligé de retourner à Rome où il fit, en stuc, le tombeau du cardinal Olivieri et la décoration d'une petite chapelle de la même église en bas-reliefs de plâtre et avec des statues, travail qui lui fut payé 2.000 ducats d'or, sans compter les couleurs d'outremer et les gages des apprentis. Dès qu'il eut touché cette somme, Filippo revint à Florence, où il termina la chapelle Strozzi. Elle fut exécutée avec tant d'art et de dessin qu'elle remplit d'admiration quiconque la voit, à cause de la nouveauté et de la variété des originalités qui y sont. Dans la Résurrection de Drusiana par saint Jean l'évangéliste (6), on voit, admirablement rendu,

(1) Qui existe encore.

(2) Ces peintures existent encore en partie. 1489.

(3) En place.

(4) Mort le 20 janvier i55i, à 80 ans.

(5) Contrat du 21 avril [487. Ces fresques existent encore; terminées en i5o2.

(6) Signée: a. s. mcccccii. philippinus de lippis faciebat.

FILIPPO LIPPI

létonnement qu éprouvent les assistants de voir un homme rendre la viea une -orte par un simple signe de croix. Le plus étonn de ^^^^^ e un prêtre ou phdosophe, qui tient un vase à la main et qui " vetu a lantique. Pareillement dans cette fresque, au miheu d plusieurs femm^^ enfant, effrayé ar un

petit epagneul tacheté de rouge qui tient sa robe avec les dents court vers sa mere et se cache dans ses vêtements, paraissant avoi; aussi peur d être mordu par le chien que sa mère est épouvantée et pleine dune certame horreur en voyant la résurrection de Drusiana. Dans la fresque suivante, qui représente saint Jean condamné à bouillir dans 1 huile on voit la colère du juge qui ordonne d'augmenter la violence du feu et la réverbération des flammes sur le visage de celui qui souffle. Sur l'autre paroi est saint Phihppe, dans le temple de Mars, qui fait sortir de dessous l'autel le serpent dont la puanteur fait mourir le fils du roi. Dans l'escalier où est pratiqué le trou par où sort le serpent, le peintre représenta si bien la rupture d'une marche, qu'un soir un des élèves de Filippo courut toute en hâte pour y mettre je ne sais quel objet qu'il voulait dérober à la vue d'un visiteur qui frappait à la porte, et ne s'aperçut qu'alors de son erreur. Le serpent qui jette du venin, du feu et de la puanteur, paraît également plutôt vivant que peint. On admire encore beaucoup le Crucifiement de saint Philippe. Le peintre imagina, par ce que l'on en voit, que le saint fut étendu sur la croix posée à terre et que celle-ci fut ensuite dressée à l'aide de câbles qui s'enroulent autour de pilastres et de fragments de ruines antiques, et sont tirés par les bourreaux. Un autre enfourche la croix avec une échelle, pour la soutenir, et un autre se sert d'un énorme pieu, en guise de levier, pour la pousser dans le trou en terre destiné à la recevoir. Cette fresque, dont le dessin et l'invention ne laissent rien à désirer, est entourée de grotesques et d'autres choses peintes en couleur de marbre très originales, très belles de dessin et d'invention. Filippo fit aussi pour les moines Scopetini, à San Donato hors de Florence, couvent aujourd'hui détruit, un tableau représentant l'Adoration des Mages (i), dans laquelle il reproduisit les traits de plusieurs membres de la famille Médicis ainsi que des Maures, des Indiens, des costumes bizarrement arrangés et une cabane très singulière. Au Poggio à Caiano, il commença, dans une loggia, pour Laurent de Médicis, un Sacrifice, peint à fresque (2), qui resta inachevé. Pour

(1) Aux Offices, signé au revers en rouge : Filippus me pinsil de Lipis Floreniiniis, addi 29 di marzo 1496.

(2) N'existe plus.

LES VIES d'artistes

les religieuses de San leronimo, sur la côte à San Giorgio de Florence, il commença le tableau du maître-autel, qui fut terminé par d'autres peintres. Dans le Palais de la Seigneurie, il fit le tableau (i) de la salle où se tiennent les Huit, et le dessin d'un autre grand tableau (2), avec son cadre, pour la salle du Conseil. Ce dessin ne fut pas mis à exécution, à cause de sa mort. Il fit, pour l'église de la Badia de Florence, un saint Jérôme très beau (3) et commença, pour le maîtreautel des Frères della Nunziata, une Déposition de Croix (4), dont il ne termina que les figures de la moitié supérieure^ parce que, saisi d'une fièvre violente et de cette maladie qu'on appelle vulgairement une angine, il mouriît en peu de jours, à l'âge de quarante-cinq ans (5).

Comme il avait toujours été courtois, alfable et aimable, il fut regretté de tous ceux qui l'avaient connu et particulièrement par la jeunesse de sa noble patrie qui, dans les fêtes publiques, les mascarades et autres spectacles, eut toujours recours au talent et à l'imagination de Filippo, car dans cette sorte de choses il n'avait pas son égal. Il parvint ainsi à effacer la tache, quelle qu'elle soit, de sa naissance, non pas par l'excellence de son art, dans lequel il ne fut inférieur à personne de son temps, mais par son mode de vivre, modeste et civil, surtout par l'amabilité et la courtoisie de ses manières. Ses fils (6) l'ensevelirent à San Michele Bisdomini, le 13 avril 1505 (7) et lorsqu'on porta son corps à l'église, toutes les boutiques de la Via de' Servi se fermèrent, comme on a coutume de le faire quelquefois pour les obsèques des grands hommes.

Bernardino PINTURICCHIO

Peintre pérugin, né en 1454, mort en i5 13

Pinturicchio (8), de Pérouse, obtint une renommée plus grande que ses œuvres ne méritaient. Toutefois, il eut une grande habileté

(1) C'est une Vierge, datée 1485 ; actuellement aux Offices, (i:) Commandé le 28 mai 1498.

(3) Peinture perdue.

^(4) Terminée en i5o5 par Pietro Perugino. Commandée en i5o3, pour 200 écus d'or ; actuellement à l'Académie des Beaux-Arts.

(5) Le 18 avril 1504. à 47 ans.

(6) Il eut trois fils de sa femme Maddalena Monti, qu'il avait épousée en 1497.

(7) Le 20 avril 1504. On lit dans le livre des peintres, dit II libro rosso : Filippo di frate Filippo da Prato mori addi 18 d'aprile 1504. e sotterossi in Samichele Visdomini Idio gli perdoni.

(8) Fils de Benedetto di Biagio: immatriculé au Collège des Peintres de Pérouse, €n i5oo.

Page 1