BERNARDINO PINTURICCHIO
professionnelle et sut se faire aider par quantité d élèves dans ses peintures. Après avoir exécuté, dans sa première jeunesse, une foule d'ouvrages avec son maître Pietro Perugino (i) qui lui abandonnait le tiers des profits, Pinturicchio fut appelé, à Sienne, par le cardinal Francesco Piccolomini pour peindre la Librairie (2) qui avait été élevée par le pape Pie II, dans le Dôme de cette ville. Il est vrai que les esquisses et les cartons de toutes les histoires qu'il y peignit furent de la main de Raphaël d'Urbin, alors très jeune, qui avait été son compagnon et condisciple chez Pietro, dont il avait parfaitement appris la manière. Beaucoup d'élèves de l'école de Pietro aidèrent Piftturicchio dans ce travail qu'il répartit en dix panneaux. Dans le premier (3) on voit la naissance du pape Pie II, fils de Silvio Piccolomini et de Vittoria (4) et appelé Aeneas, l'an 1405, dans le val d'Orcia, au château de Corsignano qui aujourd'hui s'appelle Pienza de son nom, ce pape l'ayant embelli et transformé en ville. Dans ce panneau, Silvio et Vittoria sont représentés au naturel, et de plus on y voit Aeneas, avec Domenico, cardinal de Capranica, traversant les Alpes couvertes de neige et de glace, pour se rendre au Concile de Bâle. Le deuxième panneau montre le Concile envoyant Aeneas en ambassade, trois fois, à Strasbourg, à Trente, à Constance, à Francfort et en Savoie. Dans le troisième, Aeneas est envoyé par l'antipape Félix auprès de Frédéric III, qu'il sut si bien gagner par son éloquence et les charmes de son esprit, que cet empereur lui décerna la couronne poétique, le nomma protonotaire, le reçut au nombre de ses amis et le choisit pour son premier secrétaire. Dans le quatrième, Aeneas est envoyé par l'empereur Frédéric à Eugène IV, qui le nomme évêque de Trieste et ensuite archevêque de Sienne, sa patrie (5). Le cinquième représente Frédéric qui, voulant venir en Italie pour recevoir la couronne impériale, charge Aeneas de se rendre à Telamone, port des Siennois, pour recevoir Leonora, sa femme qui arrivait de Portugal. Dans le sixième, Aeneas va comme envoyé de l'empereur auprès de Calixte III, pour le décider à combattre les Turcs ; le pape se sert d'Aeneas pour éteindre la guerre allumée, à Sienne, par le comte de Pitigliano et d'autres seigneurs, sur l'instigation d'Alphonse,
U ) Né seulement huit ans avant lui.
(2) Élevée par le même cardinal Francesco ; les peintures furent commandées le 29 juin i502, pour 700 ducats d'or. Pinturicchio en fut payé le 18 janvier 1509.
(3) Vasari a commis quelques inexactitudes dans la description de ces fresques.
(4) Forteguerri.
(5) En 1449; nommé non par Eugène IV, mais par Nicolas V, son successeur. L'évêché de Sienne ne fut transformé en archevêché qu'en 1459 par Pie II.
LES VIES d'artistes
roi de Naples. La paix conclue, on décide la guerre contre les Orientaux ; Aeneas, de retour à Rome, est fait cardinal par le pape (i). Le septième renferme l'exaltation d'Aeneas à la papauté, sous le nom de Pie II, après la mort de Calixte. Dans le huitième, le pape va au Concile de Mantoue, assemblé à cause de la guerre contre les Turcs ; le marquis de Lodovico le reçoit avec un splendide apparat et une magnificence incroyable. Dans le neuvième, le pape canonise Catherine de Sienne, religieuse et sainte femme, de l'ordre des Frères Prêcheurs. Dans le dixième et dernier tableau, on voit Pie II mourant à Ancóne, après avoir rassemblé, avec l'aide de tous les princes chrétiens, une puissante armée contre les Turcs. Un saint ermîte camaldule aperçoit, comme on le raconte, l'âme du pape portée au ciel par des anges, au moment précis de sa mort. On voit dans le même panneau la translation du corps de Pie II d'Ancóne à Rome, au milieu d'une foule de prélats et de seigneurs qui pleurent la mort de ce grand homme, de ce rare et saint pontife. Cet ouvrage est plein de portraits de personnages du temps, dont il serait trop long de citer les noms. Il fut exécuté avec des couleurs d'une finesse et d'un éclat merveilleux et orné de riches dorures. Au bas de chaque panneau est une inscription latine qui en explique le sujet.
Le cardinal Francesco Piccolomini, neveu de Pie II, plaça au milieu de la Librairie le groupe en marbre des Trois Grâces (2), ancien et très beau, le premier antique qui, dans ce temps, fut estimé de grand prix. Cette Librairie, dans laquelle sont tous les livres que laissa Pie II, était à peine terminée lorsque le cardinal Francesco fut créé pape, sous le nom de Pie III, qu'il voulut prendre en mémoire de son oncle. Pinturicchio peignit, dans une grande histoire, au-dessus de la porte de la Librairie qui donne dans la cathédrale, le Couronnement du pape Pie III (3) : je dis une grande histoire, parce qu'elle tient toute la largeur de la paroi. Du temps du pape Sixte, Pinturicchio avait travaillé cà Rome, quand il y était avec Pietro Perugino et où il s'était mis au service de Domenico della Rovere, cardinal de San Clemente. Ce cardinal, ayant fait construire un fort beau palais, dans le Borgo Vecchio, voulut que Pinturicchio le peignît en entier et fît sur la façade les armes du pape Sixte, soutenues par deux enfants. Il peignit, de même, quelques œuvres pour Sciarra de Colonna, dans le
(1) Nicolas Y, en 1454.
(2) Actuellement au Musée du Dôme de Sienne.
(3) Existe encore.