BACCIO DA MONTELUPO ET RAFFAELLO
Ayant pris en aversion le séjour de cette ville, il alla à Lacques, où il laissa quelques ouvrages de sculpture, mais surtout d'architecture, particulièrement le temple de San Paulino, patron des Lucquois, si bien entendu à l'intérieur comme à l'extérieur et si richement orné. Il demeura donc dans cette ville et y mourut à l'âge de 88 ans (i) ; on lui donna une honorable sépulture à San Paulino.
Agostino Busti (2), sculpteur milanais très estimé, fut le contemporain de Baccio. Il commença, dans l'église de Santa Marta, à Milan, le tombeau de Mgr de Foix, qui est resté inachevé (3) ; on voit encore maintenant plusieurs grandes figures terminées et quelques-unes ébauchées, destinées à ce monument, ainsi qu une foule de sujets en demi-relief de feuillages et de trophées. Il fit encore, pour les Biraghi (4), un autre tombeau, qui fut terminé et édifié à San Francesco, avec six grandes figures, un soubassement historié et d'autres beaux ornements qui t^ moignent de l'habileté et du talent de ce valeureux artiste.
Baccio, après sa mort, laissa plusieurs fils, et, entre autres, Raffaello (5), qui s'adonna à la sculpture, et non seulement égala son père^ mais encore le surpassa de beaucoup. Dès sa jeunesse, il travailla la terre, la cire et le bronze, et acquit la réputation d'un excellent sculpteur ; aussi Antonio da San Gallo l'appela-t-il avec d'autres à Loreto pour achever l'ornementation de la Santa Casa, suivant le plan laissé par Andrea Sansavino. Raffaello y termina complètement le Mariage de la Vierge, commencé par Sansavino, tant d'après les ébauches de ce maître que d'après sa propre inspiration. Cette œuvre terminée, Michel-Ange l'employa dans les travaux de la sacristie neuve et de la bibliothèque de San Lorenzo, qu'il conduisit à fin par l'ordre de Clément VIL Entre autres choses, il le chargea de sculpter, d'après le modèle que lui-même avait fait, le saint Damien en marbre qui est actuellement dans cette sacristie (6). Après la mort du pape Clément, Raffaello, qui s'était mis au service du duc Alexandre de
(1) Il était déjà mort en i536, puisqu'à cette date sa femme, Lucrezia, se dit veuve.
(2) Dit le ZarabajH ou B imbaja.
(3) La statue de Gast on de Foix est au Musée archéologique de Milan.
(4) Commandé par Daniele di Francesco Birago, mort en 1509. L'église est transformée en bâtiment militaiie. Tombeau en place.
(5) Né après i5o4 ; à cette date, il n'est pas porté sur la déclaration de son père il l'Fstimo.
(6) A gauche de la Vierge de Médicis.
LES VIES d'artistes
Médicis, alors en train de construire la forteresse de Prato, fit en pierre grise, à l'encoignure extérieure du boulevard principal de cette citadelle, les armes de l'empereur Charles-Quint soutenues par deux Victoires nues et de grandeur naturelle (i). Au coin d'un autre boulevard^ c'est à dire au midi, du côté de la ville, il plaça les armes du duc Alexandre, supportées également par deux figures (2).
Peu de temps après, il fit un grand crucifix en bois pour les religieuses de Sant' Apollonia, et, pour Alexandre Antinori, noble et riche marchand florentin, qui mariait une de ses filles, un splendide apparat avec des statues, des sujets et d'autres ornements très beaux. Étant allé ensuite à Rome, Michel-Ange lui donna à sculpter deux statues en marbre, hautes de cinq brasses (3), pour le tombeau de Jules II, à San Pietro in Vincula, que Michel-Ange était en train de terminer et d'édifier. Mais Raffaello, étant tombé malade, ne put consacrer son application accoutumée à ces figures dont Michel-Ange fut très peu satisfait. Ayant été appelé ensuite à Orvieto, il fit en marbre, dans une chapelle (où Mosca, sculpteur excellent, avait fait auparavant plusieurs ornements très beaux en demi-relief) l'épisode des rois Mages, qui fut très bien réussie, tant pour la variété des figures que pour le beau style dont il fit preuve. Etant retourné ensuite à Rome, il devint architecte du château Saint-Ange, grâce à Tiberio Crispo, châtelain de cet important édifice. Il y fit de nombreuses réparations, et orna plusieurs chambres de sculptures en pierres et en marbres variés, pour les cheminées, les fenêtres et les portes. En outre, il fit une statue en marbre, haute de cinq brasses, représentant l'Ange du château, qui est au sommet de la tour carrée du milieu, sur laquelle est le drapeau, et qu'il fit en similitude de l'Ange qui apparut à saint Grégoire, quand ce pontife, supplié par le peuple, accablé par une peste effroyable, le vit remettre son épée au fourreau (4). Peu de temps après, il fut chargé par le très révérend cardinal Salviati et par Messer Baldassare Turini da Pescia d'exécuter la statue de Léon X qui est aujourd'hui à la Minerva de Rome, sur le tombeau de ce pape (5); lorsqu'il eut
(1) N'exitent plus.
(2) En mauvais état.
(3) Michel-Ange lui donne trois statues à terminer, pour le tombeau de Jules II, le 27 février 1542, pour 400 écus. Il fit un Prophète et une Sibylle sur les dessins de Michel-Ange.
(4) Cette statue, mutilée et maintes fois frappée par la foudre, fut remplacée, au xviiio siècle, par une autre en bronze, due au fondeur Giardoni.
(5) Existe encore.