‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 4 sur 46 · BERNARDINO PINTURICCHIO · texte numérisé non relu

BERNARDINO PINTURICCHIO

palais de Sant'Apostolo (i). Peu de temps après, c'est-à-dire l'an 1484, Innocent VIII, de Gênes, lui fit peindre quelques salles et loges dans le palais du Belvédère (2) ; entre autres choses et comme le voulut le pape, il orna de paysages toute une loge, parmi lesquels il introduisit les vues de Rome, de Milan, de Gènes, de Florence, de Venise, de Naples, à la manière des Flamands, ce qui plut par sa nouveauté. Dans le même endroit, il fit à fresque une Vierge, à l'entrée principale. A Saint-Pierre, dans la chapelle où l'on conserve la lance qui perça le côté du Christ, il peignit, sur un tableau en détrempe et pour le pape Innocent VIII, une Vierge plus grande que nature (3)- A Santa Maria del Popolo, il peignit deux chapelles, l'une (4) pour Domenico della Rovere et l'autre pour Innocenzio Cibo ; ces deux cardinaux sont enterrés dans leurs chapelles et y ont leurs portraits, de la main de Pinturicchio. Dans le palais du pape, il peignit quelques chambres qui donnent sur la cour Saint-Pierre, dont les plafonds et les peintures ont été renouvelées, il n'y a pas longtemps, par le pape Pie IV. Alexandre VI lui fit peindre aussi tous les appartements qu'il occupait dans le palais papal (5), ainsi que la tour Borgia. Dans une salle de cette tour, il figura les Arts libéraux et couvrit les voûtes de stucs et de dorures. Comme on ne connaissait pas alors les procédés que l'on emploie aujourd'hui pour travailler le stuc, la plupart ces ornements sont en très mauvais état. Au-dessus d'une porte, il représenta la signora Giula Farnèse sous les traits de la Vierge, devant laquelle est en adoration le pape Alexandre.

Il se servit beaucoup dans ses peintures d'ornements dorés en relief pour satisfaire ceux qui ne s'entendaient pas aux choses de l'art, et donner à ses œuvres une apparence plus éclatante, ce qui est absurde en peinture. Ainsi, ayant fait dans ces salles une histoire de sainte Catherine, il mit en relief les arcs de Rome, il peignit les figures, de sorte que ces monuments, au lieu de fuir sur le dernier plan, viennent plus en avant que les figures peintes derrière lesquelles ils se trouvent, ce qui est une grande hérésie dans notre art. Il couvrit de grotesques une foule de salles du château Saint-Ange (6), et dans la grosse tour du jardin il peignit divers sujets tirés de la vie du pape Alexandre.

(0 Ces peintures n'existent plus.

(2) Plafond du Musée Pio dementino.

(3) Ces deux Vierges n'existent plus.

(4) Existe encore; les peintures de la chapelle O 0 ^^-^^^^^^ ,,,,,,

(5) Toutes ces fresques existent encore, 1493-1498- P^turiccnio peig deux fresques dans la chapelle Sixtine.

(6) Ces peintures n'existent plus. •*

LES VIES d'artistes

On y voit une quantité de portraits, entre autres ceux de César Borgia et de ses sœurs.

A Monte Oliveto de Naples, dons la chapelle de Paulo Tolosa, il y a une Assomption de sa main (i). Il fit une quantité d'autres œuvres (2) par toute l'Italie, que je passe sous silence car ce sont des œuvres de métier et non pas d'art. Il avait coutume de dire que le plus grand relief qu'un peintre puisse donner à ses figures est de s'inspirer de lui-même, et non pas de s'astreindre aux principes, ou d'étudier les autres maîtres. Il travailla aussi à Pérouse, mais peu. Dans l'église d'Ara Cœli, il peignitla chapelle de San Bernardino (3), et à Santa Maria del Popolo, oìe il décora les deux chapelles dont nous avons déjà parlé, il figura lesquatre Docteurs de l'Église sur la voûte de la grande chapelle (4).

Enfin, parvenu à l'âge de cinquante-neuf ans, il eut à faire une Nativité de la Vierge (5), pour les religieux de San Francesco de Sienne, qui lui donnèrent une chambre que, sur sa demande, ils débarrassèrent de tous les meubles qui s'y trouvaient, à l'exception d'un cofî're vieux et de grandes dimensions, qui leur parut trop incommode à déplacer. Mais Pinturicchio, en homme étrange et fantasque qu'il était, fit tant de bruit et si souvent que les Frères, en désespoir de cause, se décidèrent à le transporter ailleurs. Leur bonheur voulut qu'en le sortant, une planche se brisât qui laissa voir cinq cents ducats d'or- Pinturicchia en eut tant de chagrin, ne pouvant supporter la bonne aubaine qui survenait à ces pauvres moines, qu'il en eut l'esprit tout obsédé, et qu'il en mourut (6). Ses peintures datent de l'an 15 13 environ.

Il eut pour compagnon et ami, quoique plus âgé, Benedetto Buonfiglio, peintre pérugin qui travailla au Vatican. A Pérouse, il peignit dans la chapelle de la Seigneurie divers traits de la vie de San Ercolano, évêque et protecteur de la ville, et quelques miracles opérés par saint Louis (7). A San Domenico, il fit en détrempe une Adoration des^ Mages et un tableau représentant différents saints (8). En somme,

(1) Au musée de Naples.

(2) Entre autres les fresques de la cathédrale de Spello.

(3) Chapelle Bufalini, existe encore, 1497-1500.

(4) Un couronnement de la Vierge, les quatre Docteurs, les Évangélistes et les Sibylles. Existent encore.

(5j Détruite dans l'incendie du 24 août i655.

(6) Un contemporain, Sigismondo Tizio, curé de la paroisse où habitait Pinturicchio, raconte au contraire qu'étant malade il fut enfermé par sa femme Grania^ et mourut de faim le 1 1 décembre i5i3.

(7) Existe encore en mauvais état.

(8) Tous deux à la Pinacothèque de Pérouse.

FRANCESCO FRANCIA

il fut très estimé dans sa patrie, avant que Pietro Perugino fut connu (i). ^

Dans le même temps, il y eut un excellent peintre à Foligno appelé Niccolo Alunno (2). La peinture à l'huile étant encore peu en usage avant Pietro Perugino, Niccolo passa pour excellent, ainsi que d'autres dont la renommée ne subsista pas. Bien qu'il ne travaillât qu'à la détrempe, il obtint un grand succès par l'animation qu'il sut donner aux têtes de ses personnages qu'il copiait d'après nature avec tant de soin qu'elles paraissaient vivantes. A Sant' Agostino de Foligno, il y a de sa main un tableau représentant la Nativité du Christ et une prédelle couverte de petites figures (3). Il laissa également des oeuvres importantes à Assise, dans l'église de San Francesco et dans la cathédrale.

Terminons en disant que Pinturicchio (4) gagna la faveur d'une foule de princes et de seigneurs, en leur donnant rapidement terminées les œuvres qu'ils désiraient, mais certainement moins bonnes que s'il leur avait consacré plus de temps et plus de soin.

Francesco FRANCIA

Peintre et orfèvre bolonais, né en J45o, mort en i5ij

Francesco Francia (5), qui naquit à Bologne l'an 1450 d'artisans honnêtes et bien élevés, fut mis, dès son enfance, au métier d'orfèvre (6) ; tout en s'y appliquant de toute la force de son esprit, il devint, en grandissant, si bien proportionné dans sa personne et sa tournure, il eut dans la conversation un parler si doux et si agréable, qu'il devint capable de tenir en joie et sans préoccupations l'être le plus mélancolique, rien qu'en causant avec lui, ce qui lui valut l'amitié non seulement de tous ceux qui le connurent, mais encore de beaucoup de princes italiens et d'autres seigneurs. Cultivant donc le dessin, tandis qu'il exerçait son métier, il s'y attacha au point que, son esprit

(1) II mourut en 1496.

(2) i^3o-i5o2; un tableau de lui au Louvre.

(3) Actuellement à San Niccolo, peints en 1492.

(4) Le 7 mai i5i3, il fait son testament corpore languens,et meurt le 1 1 décembre i5i3. Enterré dans l'Oratoire della Contrada deli' Istrice.

(5) Francesco di Marco di Giacomi Paibolini. [Francia, abréviation de Francesco.]

(6) Immatriculé le 10 décembre 1482 à l'Art des Orfèvres; il fut massier de cet art toute sa vie.

Page 1