‹ Les vies des plus excellents peintres, sculpteurs, et architectesChapitre 33 sur 46 · II · texte numérisé non relu

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n'y avait presque aucun ouvrage de Raphaël qu'ils n'eussent reproduit, ils publièrent en dernier lieu les sujets que Jules Romain avait peints dans les Loges, d'après les dessins de Raphaël. Quelques-unes des premières estampes de Marco, signées M R, c'est-à-dire Marco Ravignano, et d'Agostino, signées A V (Agostino Veneziano), ont été répétées par d'autres, par exemple, la Création du monde, la Création des animaux, le Sacrifice de Caïn et d'Abel, la mort d'Abel, le sacrifice d'Abraham, l'Arche de Noé, le Déluge, la Sortie de l'Arche, le Passage de la Mer Rouge, Moïse apportant les lois du mont Sinaï, la Manne céleste, la Mort de Goliath déjà gravée par Marc Antonio, Salomon bâtissant le Temple, le Jugement de Salomon, la Visite de la Reine de Saba ; dans le Nouveau Testament, la Nativité du Christ, la Résurrection et la Descente du Saint-Esprit. Toutes ces estampes furent exécutées du vivant de Raphaël, après la mort duquel, Marco et Agostino s'étant séparés, le dernier grava pour Baccio Bandinelli, sculpteur florentin, des pièces d'anatomie sèches et des squelettes et ensuite une Cléopâtre. Encouragé par le succès qu'obtinrent ces ouvrages, Bandinelli dessina et fit graver le Massacre des Innocents, l'un des plus grands morceaux que l'on ait vus jusqu'alors.

Pendant ce temps Marc Antonio publia en petit format les douze Apôtres, de diverses manières, et plusieurs saints et saintes, afin que les pauvres peintres qui n'étaient pas forts dessinateurs pussent s'en aider dans leurs besoins. Il grava aussi un jeune homme nu retenant une grande bannière gonflée par le vent, et aux pieds duquel est un lion ; un autre appuyé sur une base, un petit saint Jérôme considérant une tête de mort dans laquelle il met un doigt, d'après un dessin de Raphaël. Il fit ensuite une Justice, d'après les tapisseries de la chapelle, les trois Grâces d'après l'antique, l'Aurore montée sur un char tiré par deux chevaux bridés par les Heures, et, enfin, une Vierge gravissant les degrés du temple.

Après ces oeuvres, Jules Romain, qui n'avait jamais voulu, par modestie, faire graver aucun de ses ouvrages du vivant de Raphaël, de peur que l'on ne crût qu'il songeait à lutter avec lui, fit graver, après la mort de celui-ci, par Marc-Antonio, deux magnifiques combats de cavaliers sur de grandes feuilles, les histoires de Vénus, d'Apollon, et d'Hyacinthe, qu'il avait peintes dans la salle de bains de la villa de Messer Baldassare Turini da Pescia, et, pareillement, les quatre sujets de la vie de la Madeleine, ainsi que les quatre Evangélistes de la voûte de la chapelle della Trinità, faits pour une courtisane, et appartenant aujourd'hui à Messer Agnolo Massimi. Il grava encore

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un très beau chapiteau antique, provenant de Marino, qui est aujourd'hui dans la cour de Saint-Pierre, et sur lequel est figuré une chasse au lion, puis un des bas-reliefs en marbre de l'Arc de Constantin, finalement plusieurs sujets que Raphaël avait dessinés pour la galerie et les loges du Vatican. Ces derniers morceaux furent plus tard gravés de nouveau par Tommaso Barlacchi, en même temps que les sujets des tapisseries du Consistoire.

Jules Romain fit ensuite graver par Marc Antonio vingt planches dont chacune représentait des hommes et des femmes couchés dans les postures les plus obscènes ; ce qui était plus grave, elles étaient accompagnées d'un sonnet analogue à la scène, composé par Messer Pietro Aretino, de sorte que je ne saurais décider lequel était le plus grossier: ou les dessins du peintre pour les yeux, ou les vers du poète pour les oreilles. Cette indignité fut vivement blâmée par Clément VII, et quand elle fut publiée, le pape n'aurait pas manqué de châtier rudement Jules Romain, si celui-ci n'eût été en sûreté à la cour de Mantoue. Ces dessins ayant été trouvés dans des endroits où on ne les aurait jamais soupçonnés, non seulement on les prohiba, mais encore on saisit Marc Antonio et on le jeta en prison (i). Si le cardinal de Médicis et Baccio Bandinelli, lequel était alors au service du pape, n'eussent obtenu sa grâce, Marc Antonio aurait probablement mal fini. N'est-ce pas, en vérité, un crime que d'employer les dons de Dieu à scandaliser le monde par des œuvres abominables ?

Sorti de prison, Marc Antonio acheva, pour Baccio Bandinelli, une grande planche du Martyre de saint Laurent, qu'il avait commencée avant son arrestation, et pleine de figures nues. Elle fut exécutée avec un soin incroyable, bien que Baccio Bandinelli allât dire au pape, pendant que Marc Antonio y travaillait, qu'il commettait beaucoup d'erreurs. Mais le Bandinelli rapporta toute la honte que méritait son peu de courtoisie, parce que Marc Antonio, instruit de ce qui s'était passé, termina sa planche à l'insu de Baccio, et montra au pape, grand amateur des arts du dessin, le dessin original de Bandinelli et lestampe qu'il en avait tirée. Le pape reconnut que Marc Antonio, loin d'avoir commis des erreurs, avait corrigé de lourdes balourdises du Bandinelli, et qu'il avait mieux opéré avec le burin que Baccio avec le crayon. Il ne lui épargna pas les éloges et le vit toujours depuis avec plaisir ; on croit même qu'il lui aurait fait beaucoup de bien, mais le sac de Rome étant survenu, Marc Antonio fut réduit presque à la

( 1 ) Ces planches ont été détruites ; on n'en connaît aucun exemplaire.

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mendicité ; outre qu'il y laissa toutes ses affaires, il dut payer une forte rançon pour sortir des mains des Espagnols, puis il quitta Rome pour ne plus y revenir. A dater de ce moment, il ne produisit plus que très peu d'ouvrages. Notre art doit conserver à Marc Antonio une grande reconnaissance pour avoir donné un début et un développement à la gravure en Italie, dont les autres artistes ont depuis profité, comme on le verra plus loin.

A cette époque, Agostino de Venise, dont nous avons déjà parlé, vint à Florence, dans l'espoir de s'associer avec Andrea del Sarto, qui, après Raphaël, était regardé comme l'un des meilleurs peintres de l'Italie. Andrea, ayant consenti à faire graver ses œuvres, dessina un Christ mort soutenu par trois anges ; mais, comme la gravure ne vint pas à son idée, il ne voulut plus laisser graver un seul de ses tableaux. Ce ne fut qu'après sa mort que l'on publia la Visitation de sainte Elisabeth et le saint Jean baptisant des fidèles, tirés de la série peinte en clair-obscur par lui, dans la cour dello Scalzo, à Florence.

Outre les œuvres qu'il exécuta en compagnie d'Agostino, Marco de Ravenne grava aussi, tout seul, de nombreuses planches que l'on reconnaît à sa marque, et qui sont toutes vraiment dignes de louanges. Bien d'autres sont venus après ceux-ci et ont excellemment travaillé la taille, en sorte que chaque pays a pu profiter et voir les œuvres remarquables des artistes excellents, et il n'en a pas manqué qui ont eu l'idée de graver sur bois des estampes qui paraissent coloriées au pinceau en clair-obscur, chose ingénieuse et difficile. Ainsi Ugo da Carpi, peintre médiocre, eut un esprit subtil dans les autres fantaisies. Il employait deux planches, dont l'une, gravée à la manière ordinaire, lui donnait les contours et les ombres, et l'autre donnait l'impression de la couleur ; les lumières étaient obtenues au moyen du blanc du papier que les tailles laissaient intact^ en sorte que la planche une fois tirée paraissait éclaircie à la céruse. Ugo exécuta de cette façon, d'après un dessin en clair-obscur de Raphaël, une Sibylle assise et lisant à la lueur d'une torche tenue par un enfant habillé. Encouragé par le succès, il imagina de faire des estampes sur bois en trois teintes : la première donnait les ombres, la seconde les demi-teintes, la troisième les clairs et les lumières du blanc du papier. Ce nouvel essai lui réussit, 'au point qu'il grava de cette manière Enée portant son père Anchise, pendant l'incendie de Troie, une Déposition de Croix et l'histoire de Simon le Magicien, dessinée par Raphaël pour les tapisseries de la chapelle. Il publia également David tuant Goliath et la Fuite des Philistins, d'après un dessin que Raphaël avait fait, pour le reproduire

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dans les loges du Vatican. Ugo fit encore une foule d'estampes en clairobscur, parmi lesquelles celle qui représente Vénus jouant avec des Amours. Comme nous avons dit plus haut que Ugo était peintre, je ne passerai pas sous silence qu'il fit à Rome, sur l'autel del Volto Santo, un tableau à l'huile qu'il peignit sans se servir du pinceau, partie avec ses doigts, partie avec des outils bizarres (i). Un matin que j'assistais à la messe avec Michel-Ange, devant l'autel del Volto Santo, je lus au bas du tableau d'Ugo qu'il avait été peint sans pinceau, et je montrai en riant cette inscription à Michel-Ange, qui me répondit : « Il aurait mieux valu qu'il se fût servi de pinceaux et qu'il eût fait quelque chose de moins mauvais. »

L'invention de la gravure sur bois en clair-obscur, à l'aide de deux planches, dont Ugo est l'auteur, fut cause que plusieurs, suivant ses traces, ont produit dans ce genre quantité de gravures très belles. Ainsi Baldassare Peruzzi, peintre siennois, fit en clair-obscur une belle estampe d'Hercule chassant l'Avarice chargée de vases d'or et d'argent, loin du mont Parnasse où sont les Muses dans diverses belles attitudes. Francesco Mazzuoli de Parme (2) grava de son côté un Diogène (3) en grand format, qui est supérieur à tout ce qui est jamais sorti des mains d'Ugo. Mazzuoli, ayant enseigné à Antonio da Trento la manière de tirer des épreuves avec trois planches, lui fit faire le Martyre de saint Pierre et de saint Paul, en clair-obscur ; il exécuta ensuite, avec deux planches seulement, la Sibylle Tiburtine, qui montre à l'empereur Octave le Christ venant de naître et porté par la Vierge ; puis un homme nu et assis, qui tourne le dos, dans une belle manière ; pareillement, dans un ovale, la Vierge couchée, et quantité d'autres pièces qui furent imprimées après sa mort par loannicolo de Vicence (4). Mais les plus belles estampes en clair-obscur ont été faites par Domenico Beccafumi de Sienne, après la mort du Parmigianino, comme nous le dirons dans la Vie de Domenico. On ne saurait encore trop louer l'invention de la gravure à l'eau forte, qui, si elle ne donne pas de résultats aussi nets que le burin, permet de travailler avec plus de facilité et de rapidité. Voici comment on opère : On étend sur une planche de cuivre une couche de cire, de vernis ou de couleur à l'huile, sur laquelle on dessine avec une pointe de fer très fine, de façon à

(1) Ce tableau existe encore, à Saint-Pierre, sacristie des Beneficiati ; signé : per Ugo Carpi, iniaiatore, falò senza penelo,

(2) Dit Parmigianino ou le Parmesan.

(3) Gravé par Ugo da Carpi.

(4) De son vrai nom Giuseppe Vincentino.

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enlever sous le trait la couche d'enduit ; puis on verse sur la planche l'eau forte qui creuse le cuivre dans les endroits où il est à découvert, de façon qu'on n'a plus ensuite qu'à imprimer. Francesco Mazzuoli grava ainsi une foule de petits sujets très gracieux, et, entre autres, une Nativité de Jésus, les Maries pleurant le Christ mort, et l'une des tapisseries de la chapelle faites sur le dessin de Raphaël.

Après ces maîtres, Batista (i), peintre de Vicence, est l'auteur de cinquante paysages variés ; viennent ensuite Battista del Moro (2) de Vérone et Jérôme Cock (3), lequel grava en Flandre les Arts libéraux, et, à Rome, la Visitation peinte dans l'église della Pace par Fra Sebastiano de Venise, ainsi qu'une autre Visitation laissée dans l'oratoire della Misericordia par Francesco Salviati, la fête du Monte Testaccio et quantité d'oeuvres d'après des peintures de Battista Franco et autres, à Venise.

Pour revenir à la gravure au burin, après que Marc Antonio eut publié toutes les planches que nous avons mentionnées plus haut, le Rosso étant allé à Rome, Baviera lui persuada de faire graver quelques-unes de ses œuvres. Il donna alors à Gian Jacopo del Caraglio de Vérone (4), qui avait une très bonne main et cherchait le mieux possible à imiter Marc Antonio, une figure d'anatomie tenant une tête de mort et assise sur un serpent, à côté d'un cygne qui chante. Cette estampe fut si bien réussie, que le Rosso fit graver, en feuilles de moyenne grandeur, quelques-uns des travaux d'Hercule, à savoir : la Mort de l'Hydre, le Combat avec Cerbère, la Mort de Cacus, la Défaite d'Achéloûs transformé en taureau, la Bataille des Centaures et l'Enlèvement de Déjanire par Nessus. Ces estampes furent si bien réussies, elles ont une si belle taille, que le même Jacopo grava sur le dessin du Rosso l'Histoire des Piérides, qui, ayant osé défier les Muses et disputer avec elles le prix de la voix, furent changées en pies. Baviera ayant fait ensuite dessiner au Rosso, pour un livre, vingt Divinités placées dans des niches avec leurs attributs, Gian Jacopo Caraglio les grava avec beaucoup de grâce, et reproduisit ensuite leurs métamorphoses ; mais le Rosso, ayant eu quelques démêlés avec le Baviera, ne dessina que deux de ces derniers sujets. Baviera fit faire les dix autres par Ferino del Vaga. Les deux du Rosso furent l'Enlèvement de Proserpine et

(1) Giambattista Piitoni, né en i520 ; signé : h. p. v. f.

(2) Battista d'Agnolo, gendre et disciple de Torbido, dit II Moro.

(3) Né et mort à Anvers. Né en i5io (i'), mort en 1570.

(4) On connaît de lai soixante-quatre numéros signés du nom ou lA. V. Sa vie est inconnue. '

Philyre transformée en cheval (i) ; toutes ces estampes ont toujours été d'un haut prix. Caragha commença ensuite, pour le Rosso, l'Enlèvement des Sabines, qui aurait été une très belle gravure, mais qui ne fut pas achevé, à cause du sac de Rome. Rosso s'en alla, et toutes les estampes furent perdues. Si cette planche a été publiée plus tard, c'est fâcheux, parce qu'elle a été terminée par un ignorant qui ne pensait qu'au bénéfice à en retirer.

Le Caraglio grava ensuite, pour Francesco Parmigiano, le Mariage de la Vierge et quelques autres de ses œuvres ; pour Titien, une magnifique Nativité, d'après un des tableaux de celui-ci. Après avoir fait bon nombre d'estampes, Caraglio se mit à graver des camées et des cristaux avec un tel succès qu'il vint à mépriser son premier métier au point de ne vouloir plus s'occuper que de joyaux, de gravure en creux et d'architecture. Il s'attacha au service du roi de Pologne, dont les libéralités lui ont fourni les moyens de passer tranquillement sa vieillesse dans sa patrie, au milieu de ses disciples et de ses amis.

Après ceux-ci, nous avons un autre excellent graveur sur cuivre, appelé Lamberto Suave (2), de la main duquel nous avons le Christ et les douze Apôtres en treize feuilles d'une finesse de burin qui approche de la perfection. S'il avait eu un meilleur dessin, comme le travail, le soin et l'exécution sont bons chez lui, il aurait obtenu des résultats merveilleux, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par sa petite gravure de saint Paul qui écrit, et celle plus grande de la Résurrection de Lazare.

Giovambatista de Mantoue, élève de Jules Romain, a montré aussi beaucoup de talent comme graveur ; parmi ses œuvres, nous citerons la Vierge ayant la lune sous ^es pieds et tenant son Fils ; quelques tètes coiffées de casques antiques, fort belles ; deux feuilles représentant un capitaine à pied et un à cheval; Mars couvert de ses armes et assis sur un lit, pendant que Vénus regarde un Amour qu'elle allaite, planche qui a beaucoup de bon. Il y a encore de lui deux planches très originales représentant l'Incendie de Troie et faite avec une grâce, un dessin et une invention extraordinaires. Ces planches et beaucoup d'autres du même auteur sont signées de ces lettres : I. B. M.

Enea Vico (3), de Parme, ne fut inférieur à aucun des maîtres que nous venons de mentionner. Il grava sur cuivre, d'après le Rosso,

(1) Métamorphose inexacte. Rhée ayant surpris la nymphe Philyre et Saturne, celui-ci se transforma en cheval pour s'enfuir plus vite.

(2) De son vrai nom Lambert Sutermans.

(3) Ses gravures sont datées 1^41 à i56o; mort le 17 août 1567.

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l'Enlèvement d'Hélène et Vulcain dans sa forge, entouré d'Amours qui fabriquent des flèches, au milieu de Cyclopes, planche remarquable ; puis la Lèda de Michel-Ange ; une Annonciation, d'après un dessin de Titien ; l'histoire de Judith, tirée des fresques de Michel-Ange à la Sixtine ; le portrait du jeune duc Cosme de Médicis armé, d'après un dessin de Bandinelli ; le portrait de Bandinelli lui-même, enfin la Dispute de Cupidon et d'Apollon, en présence des Dieux. Enea aurait encore beaucoup travaillé pour le Bandinelli, si celui-ci eût voulu le rétribuer dignement de ses peines et lui en eût été reconnaissant.

Ensuite Francesco Salviati, peintre excellent de Florence, fit graver à Enea, aidé par la libéralité du duc Cosme, cette grande planche de la Conversion de saint Paul, pleine de chevaux et de soldats, qui fut trouvée fort belle, et qui acquit grand renom à Enea. Il fit après le portrait du seigneur Jean de Médicis, père du duc Cosme, avec un encadrement plein de figures, et le portrait de l'empereur Charles- Quint, environné de trophées. Sa Majesté récompensa largement Enea qui, bientôt après, publia une autre belle estampe représentant une victoire remportée par l'empereur, sur les bords de l'Elbe. Pour le Doni, il exécuta, en forme de médaillons et avec de beaux ornements, les portraits de Henri, roi de France, du cardinal Bembo, de Messer Lodovico Ariosto, du Florentin Cello, de Messer Lodovico Domenichi, de la signora Laura Terracina, de Messer Cipriano Morosino, et du Doni lui-même.

Il grava encore, pour don Giulio Clovio, habile miniaturiste, saint Georges combattant contre le dragon ; cette gravure, qu'il faut ranger parmi ses premières, n'en est pas moins savamment burinée. Ensuite, comme il avait l'esprit élevé, et qu'il était désireux d'aborder des travaux plus importants, plus glorieux, Enea se livra à l'étude des monuments de l'antiquité, et surtout des médailles, dont il pubUa un livre, où l'on trouve les véritables eflSgies d'une foule d'empereurs et d'impératrices, avec des inscriptions et des revers de tout genre, propres à jeter une vive lumière sur l'histoire. Il mérita ainsi d'être grandement loué, et ceux qui l'ont critiqué dans les livres traitant des médailles ont eu tort. Il dessina encore une série de cinquante costumes d'hommes et de femmes, de paysans et de citadins, empruntés à l'Italie, à la France, à l'Espagne, au Portugal, à l'Angleterre, à la Flandre et à d'autres pays. On lui doit aussi un arbre de tous les empereurs, de même que l'arbre généalogique des marquis et des ducs de la maison d'Esté, qu'il fit pour Alphonse II, duc de Ferrare, auprès duquel il est aujourd'hui en haute faveur. C'est pour ces travaux et biepn d'autres qu'il a exécutés,

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et qu'il exécute encore, que j'ai voulu faire de lui cette honorable mention, parmi tant d'artistes de talent.

La gravure au burin a été cultivée par beaucoup d'autres maîtres, qui, sans avoir atteint la perfection de ceux dont nous avons parlé plus haut, ont néanmoins puissamment contribué par leurs travaux à faire connaître les ouvrages des peintres fameux aux gens d'au delà des montagnes, et aux personnes qui ne pouvaient se transporter dans les villes où se trouvaient les originaux. Bien que beaucoup de ces estampes soient mal venues, à cause de l'avidité des imprimeurs, qui songeaient plus à l'argent qu'à l'honneur, il y en a quelques-unes cependant qui sont dignes d'éloges, comme, par exemple, le Jugement dernier de Michel-Ange Buonarroti, gravé par Giorgio de Mantoue (i); le Crucifiement de saint Pierre et la Conversion de saint Paul, gravés d'après les peintures de la chapelle Pauline, par Giovambatista de' Cavalieri, auquel on doit également la Méditation eie saint Jean-Baptiste, la Descente de Croix de Daniele Ricciarelli de Volterra, peinte dans l'église de la Trinité de Ro.me, une Vierge environnée d'anges et une infinité d'autres pièces.

Plusieurs gravures ont aussi été faites d'après Michel-Ange, pour le compte de Antonio Lanferri (2), qui a employé nombre de graveurs et d'imprimeurs à cet efî'et,et qui a publié des livres pleins de poissons de toute sorte, le Phaéton, le Titus, le Ganymède, les Tireurs d'arc, la Bacchanale, le Songe, la Pietà et le Crucifix, d'après les originaux exécutés par Michel-Ange pour la marquise de Pescara, et de plus les quatre Prophètes de la chapelle, et une foule d'autres sujets gravées et tirés si horriblement que je juge à propos de taire les noms des graveurs et des imprimeurs. Si je nomme Antonio Lanferri et Tommaso Barlacchi, c'est qu'ils ont employé bon nombre de jeunes gens à graver des grotesques, des temples antiques, des corniches, des bases, des chapiteaux et divers fragments d'architecture avec leurs mesures. Ces pitoyables ouvrages indignèrent Sebastiano Serlio, de Bologne, qui grava alors en bois et sur cuivre deux livres d'architecture dédiés à Henri, roi de France, et où l'on remarque, entre autres choses, trente portes d'ordre rustique, et vingt plus soignées. Pareillement Antonio Labacco a publié tous les antiques de Rome avec leurs mesures finement et habilement gravées par un artiste pérugin. Jacopo Barozzi da

(1) Giorgio Ghisi, né vers ibzo, mort en i582 ; soixante et onze numéros.

(2) Antoine Lafrery, né en Franche-Comté, vers i5i2; marchand d'estampes comme Barlacchi.

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Vignola (i), architecte, ne s'est pas moins distingué en mettant au jour un livre orné de gravures sur cuivre, où il explique clairement les principes des proportions des cinq ordres et la manière de les amplifier et de les diminuer. Ce livre, par son utilité, a mérité à son auteur la reconnaissance des artistes qui doivent payer le même tribut à Jean Cousin de Paris pour ses gravures et ses traités d'architecture.

A Rome, Niccolo Beatricetto (2), de Lorraine, a gravé au burin, avec talent, deux combats de cavalerie, divers animaux très bien faits, et, d'après le dessin du peintre Girolamo Mosciano de Brescia, le Christ ressuscitant le fils delà veuve. Beatricetto a en outre gravé une Annonciation dessinée par Michel-Ange, et la Navicella que Giotto exécuta en mosaïque, sous le portique de Saint Pierre.

De Venise sont venues pareillement de nombreuses et magnifiques gravures en bois et sur cuivre ; parmi les premières nous citerons des paysages, une Nativité du Christ, un saint Jérôme et un saint François du Titien ; parmi les secondes, le Tantale, l'Adonis, et en un mot toutes les estampes exécutées par Giulio Bonasone de Bologne, d'après les dessins de Raphaël, de Jules Romain, du Parmigiano et des meilleurs maîtres, dont il a pu avoir des dessins. Battista Franco (3), Vénitien, a gravé partie au burin, partie à l'eau forte, d''après difi'érents peintres, la Nativité du Christ, l'Adoration des Mages, la Prédication de saint Pierre et maints sujets tirés des Actes des Apôtres et de l'Ancien Testament.

La gravure est aujourd'hui tellement en vogue, que ceux qui professent cet art ont continuellement en action des dessinateurs, qui reproduisent et gravent ce qui se fait de beau. C'est ainsi que nous avons vu arriver de France tout ce qu'on avait pu trouver de la main du Rosso, comme Clélie traversant un fleuve avec les Sabines, quelques mascarons faits pour le roi François et semblables aux Parques, une Annonciation originale, une Danse de dix femmes, et le roi François P'' entrant dans le Temple de Jupiter, et laissant derrière lui l'Ignorance et les Vices. Ces estampes furent gravées sur cuivre par René Boivin (4), du vivant du Rosso. Lorsque ce maître fut mort, on reproduisit un bien plus grand nombre encore de ses ouvrages, tels que l'histoire complète d'Ulysse, et, pour ne pas citer autre chose,

(1) Grand architecte, iSoy-iSyS.

(2) Nicolas Beautrizet, né à Lunéville vers iSoy; 108 numéros datés de 1540 à i562.

(3) Giambattista Franco, né à Udine en 1498; 107 numéros datés de i56i à i58o.

(4) Né à Angers vers i53o, mort à Rome en iSgS.

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des vases, des candélabres, des salières et une infinité de pièces d'argenterie qui avaient été exécutées d'après ses dessins.

Luca Penni (i) a publié deux Satyres qui donnent à boire à un Bacchus, une Lèda qui sort les flèches du carquois de Cupidon, une Suzanne au bain, et beaucoup d'autres estampes d'après ses propres dessins, et d'après ceux de Francesco Primaticcio, de Bologne, aujourd'hui abbé de Saint-Martin en France. Parmi les sujets que Luca Penni emprunta au Primaticcio, il y a le jugement de Paris, le Sacrifice d'Abraham, une Vierge, le Mariage mystique de sainte Catherine, Jupiter métamorphosant Calisto en ours, le Conseil des Dieux, et Pénélope travaillant avec ses femmes. Grâce à ces estampes, qui la plupart sont faites sur bois, et généralement au burin, on est arrivé à graver les plus petites figures avec une finesse qu'on ne saurait surpasser. Quel est celui qui pourrait voir sans étonnement les ouvrages de Francesco Marcolini da Forli ? Nous nous bornons à mentionner son Giardino de Pensieri (2) ; gravé sur bois, ce livre, qui présente au début une sphère d'astrologue et le portrait de l'auteur dessiné par Giuseppe Porta da Castelnuovo della Garfagnana, renferme des fantaisies variées, telles que la Destinée, l'Envie, la Calamité, la Timidité, la Louange, et d'autres choses semblables, qui furent très louées. On ne peut aussi qu'admirer les figures que l'imprimeur Gabriel Giolito mit dans ses éditions de L'Orlando Furiow et les onze morceaux anatomiques (3) dessinés pour Andrea Vessalio par le Flamand Jean de Calcar, et ensuite réduites à de moindres proportions et gravées sur cuivre par Valverde qui écrivit sur l'anatomie après Vessalio.

Parmi les nombreuses estampes publiées par les Flamands depuis dix ans, il y en a de fort belles, dessinées par un certain Michel (4), peintre, qui a travaillé pendant plusieurs années à Rome dans deux chapelles de l'église des Allemands. Ce sont les Israélites frappés de mort par les serpents, et trente-deux sujets de l'histoire de l'Amour et de Psyché, que l'on admire beaucoup.

Jérôme Cock, autre Flamand, a gravé, d'après un dessin de l'invention de Martin Hemskerk, une grande planche qui représente Dalila coupant les cheveux de Samson, non loin duquel on aperçoit les Philistins écrasés sous les décombres de leur temple. Il a fait, en

(1) Frère de Gianfrancesco Penni, dit II Fattore, disciple de Raphaël.

(2) Publié en 1540.

(3) Anatomie de Vésale, première édition, Bàie i543 ; Jean, né Kalkar i5oo, mort à Naples en 1546.

(4) Coxcie, né à Malines en 1497, mort à Anvers en iSga.

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trois feuilles plus petites, la Création d'Adam et d'Ève, leur Désobéissance et leur Expulsion du Paradis ; puis, en quatre feuilles de la même grandeur, le Démon peignant dans le cœur de l'homme l'Avarice, l'Ambition et les passions qui suivent celles-ci. On voit encore, de la main du même, vingt-sept sujets de la même grandeur, tirés de l'Ancien Testament, à commencer de l'Expulsion d'Adam du Paradis terrestre, dessinés par Martin avec une hardiesse et une vigueur remarquables, et ressemblant beaucoup à la manière italienne. Jérôme grava ensuite l'Histoire de Suzanne en six médaillons, et vingt-trois sujets de l'Ancien Testament : six de ces sujets appartiennent à l'histoire de David, huit à celle de Salomon, quatre à celle de Balaam, et cinq à celle» de Judith et de Suzanne. 11 publia aussi vingt-neuf sujets du Nouveau Testament, qui partent de l'Annonciation de la Vierge, et comprennent toute la Passion et la Mort du Christ. Jérôme Cockfit en outre, d'après Martin Hemskerk, les sept œuvres de Miséricorde, l'Histoire de Lazare riche et de Lazare pauvre, la Parabole du Samaritain en quatre feuilles, et également en quatre feuilles celles des Talents, telle qu'elle est décrite dans saint Mathieu, chapitre dix-huit.

Lie Frynck (i) exécuta dix morceaux de la Vie et de la Mort de saint Jean-Baptiste (2), en concurrence de Jérôme Cock ; mais, pendant ce temps, celui-ci grava les douze Tribus en autant de feuilles, où il figure Ruben avec un pourceau, pour désigner la luxure ; Siméon avec une épée, pour rappeler l'homicide, et enfin les chefs de toutes les tribus avec les symboles de leurs caractères.

Jérôme Cock grava ensuite plus finement, en dix feuilles, l'Histoire de David, depuis son sacre par Samuel jusqu'à son entrevue avec Saiil, et en six feuilles, Amon s'éprenant de sa sœur Thamar, l'inceste et la mort d'Amon. Peu après, il publia, dans la même grandeur, dix sujets de l'histoire de Job, et tira des treize chapitres des Proverbes de Salomon cinq feuilles de la même sorte. Il fit encore l'Histoire des Mages, la Parabole de la robe nuptiale en six feuilles, d'après saint Mathieu, chapitre douze, et en six feuilles de la même grandeur quelques sujets des Actes des Apôtres ; puis hait feuilles semblables contenant huit femmes de parfaite bonté de l'Ancien Testament : Jaël, Ruth, Abigail, Judith, Esther et Suzanne; et deux du Nouveau Testament: la Vierge Marie, mère du Christ, et Marie-Madeleine.

Il grava ensuite, en six feuilles^ les Triomphes de la Patience, avec

(1) De Leyde,

(2) Sur les dessins de Frans Floris; il vivait à Anvers entre 1540 et i58o.

diverses fantaisies. Le premier représente la Patience montée sur un char et tenant un étendard sur lequel est une rose entourée d'épines. Dans le deuxième, on voit, sur une enclume, un cœur ardent frappé par trois marteaux : le char est traîné par le Désir, dont les épaules sont garnies d'ailes, et par l'Espérance, qui porte une ancre ; derrière le char marche, captive, la Fortune avec sa roue brisée. Le troisième Triomphe montre le Christ armé de l'étendard de la croix et de sa Passion ; sur les côtés sont les Evangélistes personnifiés par des animaux : ce char est tiré par deux agneaux et, derrière lui, marchent quatre prisonniers, savoir : le Démon, le Monde ou la Chair, le Péché et la Mort. Isaac nu, monté sur un chameau^ et tenant une bannière couverte de chaînes de prisonniers, tel est le sujet du quatrième Triomphe; derrière Isaac, on aperçoit l'autel avec le bélier, le couteau du sacrifice et le feu. Dans le cinquième Triomphe, Joseph, monté sur un bœuf couronné d'épis et de fruits, tient un étendard orné d'une ruche d'abeilles ; il est suivi de la Colère et de l'Envie, occupées à dévorer un cœur. Dans le sixième Triomphe, on reconnaît David monté sur un lion et tenant une harpe et un étendard où est figuré un frein ; derrière David s'avancent Saul et Semei, avec la langue hors de la bouche. Le septième Triomphe est celui de Tobie,dont la monture est un âne; sur son étendard est une fontaine et, derrière lui, la Pauvreté et la Cécité sont enchaînées, comme des prisonniers. Dans le dernier Triomphe, saint Etienne, protomartyr, est porté par un éléphant ; sur son étendard est représentée la Charité, et les captifs qui le suivent sont ses persécuteurs. Toutes ces ingénieuses fantaisies ont été gravées par Jérôme Cock, dont la main est aussi ferme que hardie. Il grava encore avec talent la Fraude et l'Avarice, une belle Bacchanale avec des enfants qui dansent, et Moïse passant la mer Rouge, comme l'avait peint le Florentin Agnolo Bronzino (i), dans la chapelle supérieure du palais du duc de Florence. En concurrence de lui, Giorgio de Mantoue exécuta une très belle Nativité du Christ, d'après le dessin du Bronzino. A peu de temps de là, Jérôme Cock grava, pour celui qui les avait composées, douze planches contenant des victoires, des batailles et des faits d'armes de l'empereur Charles-Quint. Il publia ensuite vingt feuilles de divers édifices pour le Verese (2), peintre et perspectiviste habile ; pour Jérôme Bosch, un saint xMartin avec une barque pleine de démons fantastiques, et l'Histoire d'un alchimiste qui, ayant jeté tout son avoir

(1) Cette peinture existe encore dans le Palais de la Seigneurie.

(2) Nom altéré ; peintre inconnu. Peut-être est-ce Jan Cornélius Vermeyen?

LES VIES d'artistes

au vent, est réduit à aller à l'hôpital avec sa femme et ses enfants. Cette dernière composition lui fut dessinée par un peintre qui lui fit graver les sept Péchés mortels, sous la forme de démons grotesques, * le Jugement dernier, un vieillard tenant une lanterne et cherchant en vain le repos parmi les choses du monde, un grand poisson dévorant du fretin, un Carnaval godaillant avec ses amis et chassant le Carême, le Carnaval chassé à son tour par le Carême, et enfin une foule de capricieuses inventions dont l'énumération serait trop longue.

Beaucoup d'autres Flamands ont imité la manière d'Albert Diirer avec un soin extraordinaire, comme on le voit dans leurs estampes, et particulièrement dans celles d'Albert Aldegrever (i), auteur de la Création d'Adam en quatre feuilles, des quatre de l'Histoire d'Abraham et de Loth, des quatre autres de Suzanne, qui sont fort belles. Pareillement, G. P. (2) a gravé, en sept petits médaillons, les sept Œuvres de miséricorde, et, de plus, huit sujets empruntés au Livre des Rois, le supplice de Régulus mis dans un tonneau plein de clous, qui est une gravure admirable. I. B. (3) a fait quatre Evangélistes si petits qu'ils étaient presque impossibles à exécuter. On lui doit en outre cinq planches, dont la première représente une vierge conduite toute jeune par la Mort à la fosse, la seconde Adam, la troisième un paysan, la quatrième un évêque et la cinquième un cardinal : chacun de ces personnages est conduit au tombeau par la Mort (4). I. B. a publié encore plusieurs estampes dont les unes renferment quelques Satyres et les autres des Allemands se divertissant avec leurs femmes. Mentionnons aussi quatre Evangélistes gravés avec soin par *** (5), non moins beaux que les douze sujets de l'Histoire de l'Enfant prodigue, burinés par M. (6).

Dernièrement, Franck Floris (7), peintre très réputé dans son pays, a fait quantité de dessins et de peintures dont Jérôme Cock a gravé la plus grande partie, comme les Travaux d'Hercule en dix feuilles ; puis séparément, sur de grandes feuilles, toutes les actions de la Vie humaine, le Combat des Horaces et des Curiaces, le Jugement de Salo-

(1) De Soest, né en i5o2, mort vers i562. Près de trois cents numéros. Disciple de Durer.

(2) Georges Pencz, de Nuremberg, cent vingt numéios.

(3) Jean Sebalt Beham, de Nuremberg, né en i5oo, mort en i55o ; trois cents numéros.

(4) Gravures inconnues; peut-être celles de Holbein?

(5) Auteur inconnu.

(6) Martin Treu, qui travaillait de 1540 à i545 ; quarante-deux numéros.

(7) Franz de Vriendt, né à Anvers en i52o.

ANTONIO DA SAN GALLO

mon, le Combat livré par les Pygmées à Hercule, Abel tué par Caïn et pleuré par ses parents, le Sacrifice d'Abraham et quantité d'autres que nous passons sous silence, car on ne peut vraiment se défendre d'un profond étonnement lorsqu'un songe à tout ce qui a été fait sur cuivre et sur bois. Enfin, qu'il nous suffise de citer les portraits de notre livre, dessinés par Giorgio Vasari et ses élèves^ et gravés par Maestro Cristofano Coriolano (i), lequel ne cesse de produire, à Venise, des ouvrages dignes de mémoire.

Si, grâce aux estampes, les gens d'au delà des montagnes ont connu les peintures de l'Italie, et si les Italiens ont connu celles des pays étrangers, ils en sont redevables principalement à Marc Antonio, qui, comme nous l'avons déjà dit, a grandement aidé aux progrès de la gravure, et n'a encore été surpassé par personne, bien que certains artistes, peu nombreux d'ailleurs, l'aient égalé en quelques points.

Marc Antonio mourut à Bologne (2), peu de temps après son départ de Rome. Il a été introduit, étant encore jeune, par Raphaël, dans sa fresque d'Héliodore, sous la figure d'un des estafiers qui portent le pape Jules IL

En terminant cette notice relative à Marc Antonio de Bologne et à d'autres graveurs, je dirai que j'ai voulu faire ce récit, long, mais nécessaire, afin de satisfliire non seulement ceux qui étudient nos arts, mais encore tous ceux qui en sont amateurs.

Antonio da SAN GALLO

Architecte florentin, né en 14S5, inurt en 1546

Antonio (3), fils de Bartolomeo Picconi, tonnelier à Mugello, apprit dans son enfance le métier de menuisier ; mais il quitta Florence, ayant appris que Giuliano da San Gallo, son oncle, était occupé à Rome, avec Antonio, son frère. S'étant donc mis de grand cœur à étudier l'architecture et travaillant avec ses oncles, il annonçait les grandes espérances qu'il tint dans son âge mûr et dont nous voyons les preuves dans les monuments qu'il construisit par toute Tltalie. Or il arriva que Giuliano, ne pouvant plus travailler, à cause de sa maladie de la

(1) On manque de renseignements sur son compte.

(2) A une date inconnue.

(3) Né en 1483, suivant la déclaration à l'Estimo de son père, Bartolommeo d'Antonio. Son nom de famille était Gordiani.

LES VIES d'artistes

pierre, fut forcé de retourner à Florence. Antonio se fit alors connaître de Bramante qui, étant vieux et paralysé des mains, ne pouvait plus produire comme autrefois, et se fit aider par Antonio dans l'établissement des plans qui se faisaient alors. Antonio les exécuta avec tant de soin et de fini que Bramante, l'estimant son égal dans une certaine proportion, lui laissa le soin de veiller sur quantité de travaux dont il était chargé, se contentant de lui donner l'idée première et de lui indiquer toutes les inventions et compositions qu'il avait à mettre en œuvre. Ainsi, l'an 1512, il le chargea de bâtir la galerie qui conduisait aux fossés du château Saint-Ange^ entreprise pour laquelle Antonio reçut pour la première fois une provision de dix écus par mois, mais qui resta inachevée, à cause de la mort de Jules II.

Comme Antonio avait acquis la réputation d'un homme savant en architecture, et qu'il avait une excellente manière dans la construction, le cardinal Alexandre Farnèse, depuis pape sous le nom de Paul III, eut l'idée de faire restaurer son vieux palais de Campo di Fiore, qu'il habitait avec sa famille. Antonio, désireux de gagner en réputation, présenta plusieurs projets assez difi'érents, parmi lesquels l'un comportait une distribution en deux appartements, et qui plut au cardinal, car il avait deux fils, les seigneurs Pier Luigi et Ranuccio, qu'il pensait devoir s'accommoder, après lui, de cette disposition. Le projet fut mis aussitôt à exécution, et chaque année on en fit une partie.

A la même époque, comme on construisait une église sous le vocable de Santa Maria di Loreto (i), au Macello de' Corbi, à Rome, près de la colonne Trajane, elle fut conduite à bonne fin par Antonio avec une magnifique ornementation. Peu de temps après il alla à Gradoli, sur les domaines du révérendissime cardinal Farnèse, où il fit construire pour celui-ci un palais magnifique et commode (2). Ce voyage fut d'une grande utilité, car Antonio donna le dessin de la forteresse de Capraruola et restaura celle de Capo di Monte, qu'il entoura de murailles basses et solides. Le cardinal Farnèse, se voyant si bien servi par Antonio, lui voua une profonde amitié et lui accorda sa faveur dans toutes ses entreprises.

Le cardinal Alborense, voulant laisser un souvenir de soi dans l'église de sa nation, fit construire et terminer par Antonio son tombeau et une chapelle de marbre à San Jacopo degli Spagnuoli. Pellegrino de Modène couvrit de peintures toutes les parois entre les pilastres de

(1) Commencée en 1507.

(2) Existe encore.

ANTONIO DA SAN GALLO

cette chapelle, et sur l'autel on mit une belle statue de saint Jacques, sculptée en marbre par Jacopo del Sansovino. L'architecture de cette chapelle est très estimée, surtout à cause de la voûte de marbre qui est divisée en compartiments octogones, très beaux.

Il ne se passa pas beaucoup de temps que Messer Bartolomeo Ferratino, pour sa commodité, l'agrément de ses amis et pour laisser un souvenir perpétuel de lui, fit construire par Antonio, sur la place d'Amelia, un palais remarquable (i), dont Antonio ne retira pas peu d'honneur ni de profit. Puis Antonio di Monte, cardinal de Santa Prassedia, qui était alors à Rome, voulut qu'il bâtît un palais (2) qu'il nabita, et qui donne sur la place Agone, où est la statue de Maestro Pasquino. Au milieu de la façade qui donne sur la place, Antonio éleva une tour à trois étages, percée de fenêtres et ornée de pilastres, sur laquelle Francesco dell' Indaco peignit en clair-obscur une foule de sujets et de figures, à l'intérieur et à l'extérieur. Comme Antonio s'était mis étroitement au service du cardinal d'Arimini, celui-ci lui fit construire, à Tolentino della Marca, un palais pour lequel, non content de l'avoir richement récompensé, il lui témoigna toute sa vie une grande reconnaissance.

Pendant que, grâce à ces travaux, la renommée d'Antonio se répandait au loin, il advint que la vieillesse et les infirmités envoyèrent Bramante dans l'autre monde. Le pape Léon X établit immédiatement, comme architectes de la construction de Saint-Pierre, Raphaël d'Urbin, Giuliano da San Gallo, oncle d'Antonio, et Fra Giocondo de Vérone. Ce dernier quitta bientôt Rome (3), et Giuliano, étant vieux, obtint la permission de pouvoir retourner à Florence. Aussitôt Antonio pria i instamment le cardinnl Farnèse, son protecteur, de supplier le pape de lui accorder ht place de son oncle Giuliano, ce qui fut facile à obtenir, d'abord à cause du talent d'Antonio, qui était digne de ce poste, et par suite du bienveillant accord qui régnait entre le pape et le cardinal. Antonio resta donc chargé, avec Raphaël, de cette entreprise qui se continua très lentement (4).

Le pape étant ensuite allé à Civita Vecchia, pour la fortifier en compagnie d'une foule de seigneurs, parmi lesquels se trouvaient Giovan Paolo Baglioni et Vitelli, Pietro Na varrà en personne et

(1) Dans la Contrada Porcelli.

(2) Existe encore.

(3) Erreur; il y mourut le i" juillet i5i5.

(^) Nommé le 22 janvier iSiy, avec douze ducats 1/2 par mois. A partir du I" mai i5i8, il reçoit quinze ducats jusqu'à sa mort.

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