‹ Les vieux arts du feuChapitre 13 sur 35 · I. Syrie · texte numérisé non relu

I. Syrie

a. Le fleuve Bélus.

les imitans me semblent avoir fait tel devoir qu'à peine pourroit plus aller sans l'aide de cest art, pour autant qu'on en fait encore, comme vous voyez, divinement belle. Et si est matière qui se teint avec odeur & substance des métaux en toute sorte de couleurs qu'on veiilt, satisfaisant & estant tant fort agréables à l'œil, que le jugement des praticiens bien expérimentez se trouve aucunes fois deceuz, tant fort son lustre est agréable. Et si par fortune avec l'aide de l'esprit on pouvoit trouver le moyen qu'il ne fust fragile & suget à rompre, il excederoit en beauté tout autre métal. Car en sa qualité il est pur, incorruptible & sans rouillure. Joint aussi qu'il ne rend odeur ou saveur mauvaise, si qu'en cest art la nature est surmontée. Et encores qu'elle ait produit le cristal, & les autres pierres excédans en beauté le voirre, si est-ce qu'elle n'a pu encores trouver le moyen d'en faire ce qu'on fait du voirre. »

Ainsi s'exprime le noble Siennois &, plus loin, il ajoute : « Certainement c'est une belle & utile invention entre toutes les autres, encores que la dépense y soit excessive, vous asseurant d'en avoir veu d'ouvrages si bien faits & les termes requis tant bien

observeZ; qu'un artisant eust eu plus grande peine à le former de cire, & si n'en feust sorti en si peu de temps. Vous assurant d'avoir veu une Méduse imprimée sur un vase de voirre, ayant ses cheveux tant proprement entortillez à l'entour de sa teste, avec les serpens, qu'on l'eust jugée estre totalement couverte d'iceux. Tellement que, à la voir ainsi on n'eust sceu qu'elle y fust esté formée, ains retouchée sans qu'on eust atteint à la totalité de sa perfection. Mais laissant à parler des anciens, lesquels furent les dieux des exercices, je suis content pour à ceste heure de tomber sur les modernes qui fabriquent le voirre, & lui donnent couleur outre l'ornement des peinctures, & embellissements d'esmail, tellement le rendant clair & luisant, qu'on le peut esgaler au propre & naturel cristal. Si que j'estime tous les métaux devoir quitter la place de beauté à luy. Et qu'il ne soit ainsi qu'on regarde les salières & vases, auxquels sont représentez les faces ou visages, on en appercevra qu'il démonstre avoir en soy un certain relièvement, & si sont unis semblablement. Je leur ai veu jeter en couleur de perle & taindre en vert & azur si proprement, & donnant autant de con-

lentement à l'œil, qu'eussent pu faire les ouvrages posés sur Tor, argent ou cuivre. Et d'advantage les maistres ouvriers accoustrent si bien le voirre, qu'ils en contrefont Témeraude, diamant; rubis & toutes autres pierres fines, leur faisant prendre la couleur qui leur est plus agréable. Et en ay veu de tant bien contrefaites, que les expérimentez lapidaires n'ont sceu avoir la cognoissance qu'elles feussent fausses, encores qu'ils les eussent au devant de leurs yeux. Tellement qu'à bien considérer les effets d'iceluy, on le doit avoir en admiration ^ »

Sous la protection de l'autorité l'art de la verrerie, qui est une des gloires nationales de Venise, s'étendit & se perfectionna longtemps dans les vingtquatre fabriques de Murano. On vit avec stupéfaction cette surprenante galère de verre, longue d'une brasse, armée de tous ses mâts & mâtereaux, bords & sabords, haubans à porter les mâts fermes en nef, hunes, têtes de maures, turpots aflutés & acclampés à la varengue, estraves & estambors; équibiens par où passent les amarres des ancres, gouvernail, virevaux & cabestans,

I. La Pyrotechnie du seigneur Vannuccio Bering uccio ^ traduction de nuistre Jacques Vincent, 15^6.

château, tillacs, écoutilles, câbles, bancs & coursie entre les bancs des forçats par où va l'argousin son nerf de bœut en main. Ce chef-d'œuvre de Francesco Balladino semblait vouloir cingler en haute mer, par le grand flot de Mars.

On connaît ces belles patenostres à rosettes & oldani dont les Vénitiennes entouraient leur cou de madone, à plusieurs rangs jusque sur la gorge ; ainsi que ces jolies perles imitées qu'Andréa Viadore parvint à fabriquer à la lampe d'émailleur en 1528 seulement, & que, de Palerme à Turin, les femmes de moyenne condition portaient aussi bravement que les patriciennes leurs vraies perles orientales. Car, de tous temps, en tous pays, « la piaffe des femmes est d'en faire grilloter à leurs aureilles à demie douzaine, dont on les appelle cymbales ou cliquetis. Elles dient que la perle à l'aureille est comme l'huissier au président, qui lui fait faire place parmi la presse^ ».

Ces perles recevaient un orient factice au moyen d'une couche intérieure de mercure. C'est plus de cent

Page 1