I. D'Arclais de Montamy
Il connaît un nombre infini d'expériences fort belles sur le fer, ami de tous les corps soufreux & corrosifs ; sur Tantimoine qui, mêlé avec quatre fois autant de borax, forme un verre de couleur jaune, mêlé avec huit fois, le forme de couleur verte. Il sait faire avec de Targent imbibé dans le vinaigre un azur admirable ; il sait que les sels alcalis joints aux corps soufreux donnent naissance à des couleurs rouges ; que les couleurs des métaux proviennent de leurs soufres, comme on disait alors, que le sel de Saturne distillé avec autant de vitriol de Mars donne une jolie teinte d'améthyste. Il sait pertinemment édulcorer les calcinations des métaux en les lavant avec de Teau de rivière dans laquelle il aura fait dissoudre un peu de sel de tartre qui emportera l'acrimonie des eaux fortes employées dans la dissolution. Il sait faire du bleu avec le bon safre de Venise; du vert marin avec le ferret d'Espagne, ou cuivre de trois cuites; du vert avec du crocus Martis, ou safran de Mars ; du violet avec le manganèse, du jaune avec de la cendre d'antimoine, du nitre & de la limaille de fer, ou bien avec de l'argent, ou Lune cornée, nous dirions chlorure d'argent. Poiu- le rouge, il a le
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secret des verriers^ & emploie le cuivre calciné. Il sait en obtenir un également avec la limaille de fer, qui se change au feu en safran de Mars, dont le nom moderne, moins pittoresque, est sesquioxyde de fer. Il sait tirer encore un très-beau safran de Mars du résidu de la distil* lation du vitriol que les apothicaires nomment colcotar de vitriol. Mais, par-dessus tout, il sait composer un émail blanc comme neige, qui est le fondement de son métier; car, alors, on ne le fait pas venir tout préparé de Venise aussi facilement qu'il adviendra plus tard. C'est pourquoi la calcination de Jupiter est une opération à laquelle l'excellent maître apporte tous ses soins.
Dans un récipient de terre, situé au-dessus du foyer d'un four spécial, il jette une livre d'étain & quatre ou cinq livres de plomb. Etain de Flandre, plomb d'Allemagne, c'est un proverbe qu'on connaît. Le feu s'allume de bon bois sec & s'entretient de charbon. Le métal ne tarde guère de fondre. Une cendre se forme, à la surface, semblable à une pellicule. Il l'écrase avec un petit ringard contre les parois du récipient, l'enlève & la recueille. C'est l'accord de l'étain, nous dirions, de nos jours, un stannate d'étain.