‹ Les vieux arts du feuChapitre 26 sur 35 · TOI · texte numérisé non relu

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C'est la matière de la couleur blanche. Il ne reste qu'à l'incorporer au fondant ou cristal incolore ; c'est ce qu'on obtient dans le four, au fond d'un creuset dûment chauffé.

Cependant un apprenti pile du fondant» ce que les potiers italiens nomment mar^acotto, ce que les nôtres appellent la marticuite. C'est du cristal, humeur minérale confite au froid. Il est composé de cendres du Levant. Les Vénitiens, ainsi que nous l'avons vu cidessus, l'expédient sous forme de roquette, ou rochetta, quelquefois môme sous forme de fritte ; mais le fondeur en refait le dosage pour l'avoir dans les proportions voulues de sel, de cendre & de sable, y ajoutant l'appoint nécessaire de bon borax d'Alexandrie qui lui communique une vertu de fusion au degré requis par l'art. On le réduit en poudre, on le lave, on le fond en beau cristal. Alors le maître expert en compose les couleurs variées en y incorporant les cendres fixes.

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Mais on entend un bruit d'enclume. Cest, en un coin retiré, quelque gaillard d'Auvergne qui bat vigoureusement, sur un tas d'acier, avec la marteline, du bon cuivre d'Allemagne qu'il emboutit adroitement, soit qu'il fasse des plaques menues ou grandes pour portraits, enseignes ou tableaux, soit qu'il façonne des aiguières, des bassins ou des coupes, à l'usage des princes ou, tout au moins, de la haute noblesse. Bien nettoyés, bien recrouis, ces objets passent dans une autre main qui les couvre d'émail sur les deux surfaces. Cette couverte, appliquée à l'envers, est le contreémail. Elle a pour but de contre-balancer l'effet que la couche de dessus produit sur le cuivre ' qui, sollicité dans un sens par la fusion & le refroidissement de

celle-ci; & dans un autre par les mêmes états produits par celle-là, demeure alors dans une immobilité relative.

L'ouvrier, pour coucher l'émail sur le métal, lui fait subir le traitement suivant : il brise quelques morceaux d'un beau noir brun obtenu par Tamalgame de rouges, de bleus, de violets, de verts ; il les pile dans un mortier où il a versé un peu d'eau, &, les triturant de plus en plus avec le pilon, il les réduit à un état de division considérable, en ayant soin de remplacer, de temps en temps, par de Teau propre, celle que blanchissent, pendant l'opération, des parcelles d'émail infinitésimales, ainsi que la délitescence des sels alcalins contenus dans la vitrification.

Quelques gouttes d'eau-forte s'emparent des impuretés de l'émail, qu'il ne cesse de broyer que pour le laver à grande eau en ne conservant qu'un sable mouillé composé de grains fort menus & à peu près égaux. Notre compagnon étend alors cet émail sur son cuivre soigneusement décapé ; cela au moyen de spatules en fer ou en laiton, d'une grosseur proportionnée au travail. Un linge propre, un peu usé, éponge l'eau

contenue dans l'émail qu'on unit en pressant légèrement) sur toute la surface qu'il recouvre^ à l'aide d'une spatule promenée dans tous les sens. Notre homme retourne alors sa pièce avec précaution pour opérer à Tenvers de la même façon. Il emploie de préférence l'émail incolore ou fondant, afin de laisser transparaître le métal dont le ton particulier sera ainsi conservé aux regards. Il introduit son objet dans sa moufle bien rouge; à cet effet il le pose sur une plaque en terre réfractaire qu'il a eu soin, préalablement, de couvrir d'ocre rouge délayée dans de l'eau, afin que l'émail» en fondant, n'adhère pas à la plaque de terre. Au bout de quelques minutes la cuisson est complète. Il retire Témail avec la plaque au moyen des instruments qui ont servi à l'enfournement, c'est-à-dire le fer à moustaches ou les pinces.

Ne croyez pas qu'une couche d'émail soit suffisante. Nous voyons recommencer toute cette série d'opérations, & l'objet, une fois dûment couvert, est passé, par le compagnon, à la ponce, remis au feu & enfin livré au maître.

Lui-même, lui surtout, travaille dans son étude séparée de la pièce aux fours où Ton broie Témail, où on le lave, où on l'étend, où, continuellement, on passe au feu. Seul, respecté dans sa retraite où nul n'oserait le venir troubler, il fait les calques des travaux entrepris. Ce sont quelquefois des œuvres originales, mais souvent, nous l'avons vu, des traductions d'après les dessins de Vinci, du Primatice, du Rosso, d'après des ornements de Polidoro de Carayaggio, d'après des estampes de Marc-Ântoine, d'après les copies du divin Sanzio & de ses élèves Jules Romain, le Fattore, Pierino del Vago, Pellegrino da Modena. Souvent ce sont des portraits de ses rois, d'après Jean Perréal & Jean

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Clouet son confrère. Ce sont enfin cent types protoplastiques dont il s'inspire ou qu'il reproduit. Solidement établi devant sa table, le maître reporte, à l'aide d'un poncis ou d'un décalque léger^ les calques de ses dessins sur les surfaces à décorer. Sa bonne fenune^ qui veille au grain, lui dispense les paillons d'or & d'argent qu'elle tient serrés dans un coffre, sous une des clefs de son trousseau. Car, ainsi qu'ils disent en Espagne : de puer ta cevrada el diablo se torna, de porte fermée le diable se retire. Ces paillons sont de métal loyal, battu fort, comme pour les fourbisseurs, de bon or fin du titre de 14 carats, de bel argent pur du titre de 12 deniers. Des doigts agiles & délicats les vont découper en menues parties, d'après les modèles donnés, afin que, mis en place sur l'œuvre, ils la fassent étinceler des feux du rubis, du saphir, de l'éme* raude, de l'améthyste & de la topaze, comme s'ils infusaient quelque joyeux rayon de soleil ou quelque douce lueur de lune dans le cristal coloré dont le maître les recouvrira.

Au moyen d'un mucilage de pépins de coing, il applique bien exactement les paillons découpés dans

la forme que le calque prescrit; il ]es peint avec des couleurs qui doivent aller' sous fondant, c'est*à-dire assez peu fusibles pour qu'elles puissent résister aux cuissons nombreuses qui vont suivre & demeurer visibles sous les vitrifications de tons divers qui les recouvriront. Il peint donc les paillons , donnant à chacun la forme & TefFet qui lui conviennent, accentuant les ombres, les arêtes des bijoux, les plis des étoffes. Faisant sécher tout cela devant son four, il le pousse à l'intérieur, où quelques minutes suffisent pour le fixer sur l'excipient. Il revient à sa table & modèle, avec de beau blanc laiteux que le pinceau dépose, que la pointe unit en passant & repassant dans la pâte> les parties des vêtements qu'il entend, ainsi qu'il Ta fait pour les paillons^ recouvrir de colorations translucides. 11 a, sous la main, les outils tout préparés : un maigre pinceau long & mince, coupé carré du bout, un assortiment d'aiguilles fixées dans des hampes de bois, attirail fort simple & qu'il fabrique lui-même. 11 prend, dans un flacon, de l'émail blanc broyé trèsfin, il en jette la contenance d'un dé à coudre sur une palette de verre & le mouille avec quelques gouttes

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d'essence de spic^. Broyant le tout à la molette, il obtient une pâte semi-fluide qu'il verse dans une capsule à l'abri de toute poussière. Pour peindre avec ce blanc^ il le dépose sur les parties de son trait qui le demandent, à l'aide du pinceau &, l'étalant avec l'aiguille, ajoutant du blanc dans les clairs, l'unissant vivement dans les demi-teintes & dans les ombres qui résultent du plus ou moins d'épaisseur du blanc, laissant apercevoir plus ou moins, par transparence, le ton obscur de l'excipient, il fond le tout lestement dans un habile modelé. Cela, sans traîner, sans muser, car l'essence une fois évaporée, ce qui ne tarde guère, la pâte devient intraitable & ne se laisse plus conduire. Cette première couche de blanc, passée au feu, ne suffira point; le maître diligent doit recommencer l'opération par des repeints superposés & des cuissons nouvelles.

Cependant quelque jeune écolier, son fils peutêtre, qu'il dresse à son art, broie, lave & lui sert proprement, bien humectés dans de petites capsules,

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