I. Improprement aspic, du latin spicns, lavande
les divers émaux translucides dont il veut colorer ses paillons^ ainsi que sa préparation en grisaille. Au moyen de spatules plus ou moins petites^ il étale ces émaux sur les parties destinées à les recevoir. Puis il en fait évaporer toute Teau &, avec une précaution infinie^ il introduit ce travail dans le four. C'est en le retirant qu'il voit sur les paillons ces érubescences fulgurantes^ ces jaunes que l'or sous-jacent porte à une puissance triple^ ces azurs, ces violets d'une profondeur magique, ces verts étranges & ce beau bleu marin qui, chatoyant sur le paillon d'argent, semble la nacrure précieuse de quelque fantastique coquillage. Mais si les figures de sa composition sont drapées, chaussées & coiffées, elles n'ont ni mains, ni pieds, ni visage. 11 doit entreprendre les chairs, portion délicate de son œuvre. De nouveau il décalque les portions de corps humain qu'il doit exécuter ou toute autre partie de son œuvre qui doit rester blanche, &, les travaillant en grisaille avec le pinceau & l'aiguille, il revient dessus deux ou trois fois par deux ou trois couches nouvelles, conséquemment avec deux ou trois feux, accusant toujours davantage les lumières & les fon-
sto LES VIEUX ARTS DU FEU.
dant habilement avec les ombres par la transition des demi-teintes.
C'est alors qu'il peint légèrement les carnations avec un rouge que lui donne le crocus de Mars. Enfin il borde de subtils linéaments d'or les vêtements, les architectures, modelant plus pleinement avec ce métal les paysages & maintes petites parties ornementales qui se font par ce procédé. Il emploie, pour ce faire, des coquilles d'or moulu avec salpêtre & gonune sur une pierre de porphyre pour les enlumineurs. Puis, remettant son œuvre dans le foyer, après un solennel signe de croix, il la retire d'une main tremblante d'émotion... Vive monseigneur saint Martial! D'un coup d'oeil il a vu qu'elle était réussie. Toute la maisonnée accourt, se penche curieuse sur le beau travail triomphant qui montre, en se refroidissant, les splendeurs de son coloris. Chacun relève la tête en poussant un soupir de satisfaction & d'allégeance, car on risque gros dans la fournaise. Chacun remercie Dieu dévotement, & félicite l'heureux maître qui paye le vin de l'ouvrier.
Un tel labeur n'est pas l'afFaire d^in seul jour, & la semaine entière c'est ainsi. Le travail semble être la divinité du logis. Petits & grands, tous s*y livrent ; mais cela n'exclut pas la joie, les bons devis, les gais propos. Jamais Gaulois ne sut se taire; s'il ne parle, c'est qu'il chante, & nous allons entendre q[uelque vieux refrain du Limousin, cette antique chanson peut-être :
FialOj fialo toun couteu Per coupas lou cô d'Isabeu.
ce Afiîle, affile ton couteau, pour couper le cou d'Isabeau. » Car ceux de Limoges se souviennent des Anglais repoussés par leur courage, & ils n'ont point
pardonné à la méchante Isabeau de Bavière sa connivence avec l'ennemi, ses coupables intrigues & ses complots.
Bien nous prend, toutefois, d'aller ainsi chez des ombres; sans cela nous serions outrageusement battus ! C'est que chacun a ses secrets dont il est jaloux à merveille. Mais il est grand temps de nous rendre dans le duché d'Urbin, où se font les beaux vases de terre.
N désigne sous le nom de majolique cette terre façonnée, émaillée, peinte, que l'Italie travailla, pendant plus d'un siècle, avec tant d'amour ; c'est comme si l'on disait œuvre de Majorque, Majorica, par euphémisme MajoUca.
Il est donc à présumer que cet art vient des Sarrasins. Quand les Pisans, vainqueurs des pirates de Majorque, eurent défait leur roi Nâser-ed-dîn & pris sa ville, en m 5, on prétend qu'ils rapportèrent, comme trophées de leur victoire, de grands ouvrages de terre fabriqués dans cette île. C'étaient de larges terrines vertes & jaunes , dont ils ornèrent la façade de leurs églises. Cependant M. Drury Fortnum a constaté que ces disques émaillés étaient le produit d'une industrie locale, &, d'après Albert Jacquemart, un seul fragment de l'église Sainte-Cécile, à Pise, serait d'origine persane. Ebn Batoudah, voyageur arabe qui visita l'Espagne vers ijÇo, parle avec éloge de la belle poterie de Malaga qu'on exportait, dit-il, dans les contrées les plus éloignées ^ Un siècle encore après, la céramique des Baléares avait, sous le nom de Majorica, un très-grand débit en Italie *.
C'est toujours la grande source des invasions humaines, la vieille Asie, qui féconde l'Occident sous